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Conseil d'État, 4ème chambre jugeant seule, 16 juillet 2026, n° 506833

Rejet PAPC Publication : D ECLI : ECLI:FR:CECHS:2026:506833.20260716

Synthèse de la décision

Question juridique

L'obligation de reclassement de l'employeur est-elle satisfaite lorsque des offres personnalisées sont adressées au salarié sans préciser les critères de départage en cas de candidatures multiples ?

Principe retenu

Pour satisfaire à son obligation de reclassement, l'employeur doit proposer des offres précises et accessibles, incluant les critères de départage en cas de candidatures multiples. Une recherche sérieuse de reclassement doit être effectuée, et les offres doivent mentionner la catégorie professionnelle ou renvoyer à un document contenant cette information.

Faits clés

  • Mme B... a été licenciée pour motif économique par la société H&M C... D...
  • L'inspectrice du travail a refusé d'autoriser le licenciement le 4 juillet 2022.
  • Le ministre du travail a annulé cette décision et autorisé le licenciement le 28 novembre 2022.
  • Le tribunal administratif a rejeté la demande de Mme B... le 9 juillet 2024.
  • La cour administrative d'appel de Paris a annulé le jugement et la décision ministérielle le 3 juin 2025.

Articles cités

article L. 1233-4 du code du travail article L. 822-1 du code de justice administrative article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Mme A... B... a demandé au tribunal administratif de Montreuil d’annuler pour excès de pouvoir la décision du 28 novembre 2022 par laquelle le ministre du travail, du plein emploi et de l’insertion, après avoir annulé la décision du 4 juillet 2022 par laquelle l’inspectrice du travail de l’unité de contrôle n° 2 de l’unité départementale de Seine-Saint-Denis de la direction régionale et interdépartementale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités d’Ile de-France a refusé d’autoriser la société H&M C... D... à la licencier pour motif économique, a autorisé ce licenciement. Par un jugement n° 2301007 du 9 juillet 2024, le tribunal administratif a rejeté sa demande. Par un arrêt n° 24PA03519 du 3 juin 2025, la cour administrative d’appel de Paris a, sur appel de Mme B..., annulé ce jugement et la décision du 28 novembre 2022 du ministre du travail, du plein emploi et de l’insertion. Par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 1er août et 31 octobre 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, la société H&M C... D... demande au Conseil d’Etat : 1°) d’annuler cet arrêt ; 2°) réglant l’affaire au fond, de rejeter l’appel de Mme B... ; 3°) de mettre à la charge de Mme B... la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code du travail ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de Mme Anne Villette, maîtresse des requêtes, - les conclusions de M. Jean-François de Montgolfier, rapporteur public ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SARL Matuchansky, Poupot, Valdelièvre, Rameix, avocat de la société H&M C... D... ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes de l’article L. 822-1 du code de justice administrative : « Le pourvoi en cassation devant le Conseil d’Etat fait l’objet d’une procédure préalable d’admission. L’admission est refusée par décision juridictionnelle si le pourvoi est irrecevable ou n’est fondé sur aucun moyen sérieux. » 2. Pour demander l’annulation de l’arrêt de la cour administrative d’appel de Paris qu’elle attaque, la société H&M C... D... soutient qu’il est entaché : - d’erreur de droit et d’inexacte qualification juridique des faits en ce qu’il juge que, pour satisfaire à son obligation de reclassement, elle a diffusé auprès des salariés une liste des postes disponibles au sens de l’article L. 1233-4 du code du travail, laquelle doit préciser les critères de départage entre salariés en cas de candidatures multiples sur un même poste, alors qu’elle a adressé des offres de manière personnalisée à Mme B... ; - d’inexacte qualification juridique des faits et de dénaturation des pièces du dossier en ce qu’il retient que les critères de départage des candidatures multiples à une même offre de reclassement n’étaient pas aisément accessibles aux salariés ; - d’erreur de droit, d’inexacte qualification juridique des faits et de dénaturation des pièces du dossier en ce qu’il retient que les offres de reclassement transmises à la salariée étaient insuffisamment précises faute de mentionner la catégorie professionnelle des postes concernés ou de renvoyer vers un document contenant cette information ; - d’erreur de droit en ce que la cour n’a pas procédé à une analyse globale de ses efforts de reclassement et de dénaturation des pièces du dossier en ce qu’elle estime qu’elle n’a pas procédé à une recherche sérieuse des possibilités de reclassement de la salariée. 3. Aucun de ces moyens n’est de nature à permettre l’admission du pourvoi. D E C I D E : -------------- Article 1er : Le pourvoi de la société H&M C... D... n’est pas admis. Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société H&M C... D.... Copie en sera adressée à Mme A... B... et au ministre du travail et des solidarités. Délibéré à l'issue de la séance du 2 juillet 2026 où siégeaient : Mme Anne Courrèges, présidente de chambre, présidant ; M. Raphaël Chambon, conseiller d'Etat et Mme Anne Villette, maîtresse des requêtes-rapporteure. Rendu le 16 juillet 2026 La présidente : Signé : Mme Anne Courrèges La rapporteure : Signé : Mme Anne Villette La secrétaire : Signé : Mme Laureen Le Bras La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision. Pour expédition conforme, Pour la secrétaire du contentieux, par délégation : 1 3

Questions fréquentes

Quelles sont les obligations de l'employeur en matière de reclassement lors d'un licenciement économique ?
L'employeur doit proposer des offres de reclassement précises et accessibles, en tenant compte des critères de départage en cas de candidatures multiples, et effectuer une recherche sérieuse des possibilités de reclassement.
Que doit contenir une offre de reclassement pour être valable ?
Une offre de reclassement doit être précise, notamment en mentionnant la catégorie professionnelle du poste ou en renvoyant à un document contenant cette information, et doit inclure les critères de départage en cas de candidatures multiples.
Un employeur peut-il adresser des offres personnalisées au lieu d'une liste générale ?
Oui, mais ces offres doivent être suffisamment précises et accessibles, et doivent permettre au salarié de connaître les critères de départage en cas de candidatures multiples.
Quels sont les recours possibles contre une autorisation de licenciement économique ?
Le salarié peut demander l'annulation pour excès de pouvoir de la décision administrative autorisant le licenciement devant le tribunal administratif, puis en appel et en cassation.
Quel est le rôle de l'inspecteur du travail dans un licenciement économique ?
L'inspecteur du travail vérifie que l'employeur a respecté ses obligations, notamment en matière de reclassement, avant d'autoriser le licenciement d'un salarié protégé.
Que se passe-t-il si l'employeur ne respecte pas son obligation de reclassement ?
L'autorisation de licenciement peut être refusée ou annulée, et le licenciement peut être jugé sans cause réelle et sérieuse, ouvrant droit à des dommages-intérêts.

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