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Conseil d'État, 4ème chambre jugeant seule, 25 février 2026, n° 506842

Rejet ECLI : ECLI:FR:CECHS:2026:506842.20260225

Synthèse de la décision

Question juridique

L'arrêté fixant la liste des titres ou diplômes reconnus comme équivalents au master en droit pour l'accès à la profession d'avocat est-il légal en ce qu'il n'inclut pas les diplômes d'un établissement privé d'enseignement supérieur classés au niveau 7 du RNCP ?

Principe retenu

Les ministres compétents peuvent, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, ne pas reconnaître comme équivalents au master en droit des diplômes délivrés par un établissement privé, même classés au niveau 7 du RNCP, dès lors que le corps enseignant ne comprend qu'un très faible nombre d'enseignants-chercheurs, condition essentielle pour garantir le niveau des études juridiques.

Faits clés

  • L'Ecole des hautes études appliquées du droit est un établissement privé d'enseignement supérieur dispensant des formations juridiques.
  • L'arrêté du 31 décembre 2024 fixe la liste des titres ou diplômes reconnus comme équivalents au master en droit pour l'accès à la profession d'avocat.
  • Cet arrêté ne mentionne pas les diplômes délivrés par l'école requérante.
  • Les diplômes de l'école sont classés au niveau 7 du répertoire national des certifications professionnelles (RNCP).
  • L'école a formé un recours gracieux, rejeté implicitement par les ministres.

Articles cités

article 11 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 article 12 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 article 49 de la loi n° 2023-1059 du 20 novembre 2023 article D. 6113-19 du code du travail article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 1er août et 15 décembre 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, l’Ecole des hautes études appliquées du droit demande au Conseil d’Etat : 1°) d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté du 31 décembre 2024 fixant la liste des titres ou diplômes reconnus comme équivalents aux soixante premiers crédits d’un master en droit pour être admis à se présenter à l'examen d'accès au centre régional de formation professionnelle et comme équivalents à un master en droit pour accéder à la profession d'avocat, ainsi que la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le ministre d’État, garde des sceaux, ministre de la justice et le ministre chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche sur son recours gracieux ; 2°) d’enjoindre au ministre d’État, garde des sceaux, ministre de la justice et au ministre chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche de modifier l’arrêté du 31 décembre 2024 pour faire figurer dans la liste qu’il fixe, à titre principal, le diplôme qu’elle délivre, et à titre subsidiaire, les titres et diplômes classés au niveau 7 dans le répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) ; 3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : -le code du travail ; -la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 ; -la loi n° 2023-1059 du 20 novembre 2023 ; -le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de Mme Caroline Azar, maîtresse des requêtes en service extraordinaire, - les conclusions de M. Cyrille Beaufils, rapporteur public ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes de l’article 11 de la loi du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques, dans sa rédaction issue de l’article 49 de la loi du 20 novembre 2023 d’orientation et de programmation du ministère de la justice 2023-2027 : « Nul ne peut accéder à la profession d'avocat s'il ne remplit les conditions suivantes : (…) / 2° Etre titulaire (…) d'au moins un master en droit ou de titres ou diplômes reconnus comme équivalents pour l'exercice de la profession par arrêté conjoint du garde des sceaux, ministre de la justice, et du ministre chargé des universités ; / 3° Etre titulaire du certificat d'aptitude à la profession d'avocat, sous réserve des dispositions réglementaires mentionnées au 2°, ou, dans le cadre de la réciprocité, de l'examen prévu au dernier alinéa du présent article (….) ». Aux termes du premier alinéa de l’article 12 de la même loi : « (…) la formation professionnelle exigée pour l'exercice de la profession d'avocat est subordonnée à la réussite à un examen d'accès à un centre régional de formation professionnelle et comprend une formation théorique et pratique d'une durée d'au moins dix-huit mois, sanctionnée par le certificat d'aptitude à la profession d'avocat. Pour être admis à se présenter à l'examen d'accès au centre régional de formation professionnelle, les candidats doivent justifier de l'obtention des soixante premiers crédits d'un master en droit ou de l'un des titres ou diplômes reconnus comme équivalents par arrêté conjoint du ministre de la justice et du ministre chargé des universités. » 2. Pour l’application de ces dispositions, l’article 1er de l’arrêté du 31 décembre 2024 fixant la liste des titres ou diplômes reconnus comme équivalents aux soixante premiers crédits d’un master en droit pour être admis à se présenter à l'examen d'accès au centre régional de formation professionnelle et comme équivalents à un master en droit pour accéder à la profession d'avocat dispose que : « Sont reconnus comme équivalents aux soixante premiers crédits d'un master en droit pour être admis à se présenter à l'examen d'accès au centre régional de formation professionnelle et comme équivalents à un master en droit pour accéder à la profession d'avocat : /1° Le doctorat en droit ; / 2° Tout diplôme national de master dans une mention en droit ; / 3° Tout diplôme conférant le grade de master et sanctionnant, à titre principal, des études dans les disciplines juridiques encadrées majoritairement par des enseignants-chercheurs ; / 4° Le titre d'ancien greffier en chef stagiaire ou d'ancien directeur des services judiciaires stagiaire ayant suivi avec succès le cycle de formation initiale dispensé par l'Ecole nationale des greffes ; / 5° Tout titre ou diplôme universitaire étranger exigé pour accéder à la profession d'avocat dans l'Etat où ce titre ou ce diplôme a été délivré. » L’Ecole des hautes études appliquées du droit, établissement privé d’enseignement supérieur dispensant des formations juridiques, doit être regardée comme demandant l’annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté en tant que n’y figurent pas les diplômes qu’elle délivre, ainsi que de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le ministre d’État, garde des sceaux, ministre de la justice et le ministre chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche sur son recours gracieux. 3. Aux termes de l’article D. 6113-19 du code du travail, le niveau 7 du cadre national des certifications professionnelles « atteste la capacité à élaborer et mettre en œuvre des stratégies alternatives pour le développement de l'activité professionnelle dans des contextes professionnels complexes, ainsi qu'à évaluer les risques et les conséquences de son activité » et si « les diplômes conférant le grade de master sont classés à ce niveau ». Il ressort des pièces du dossier qu’en n’inscrivant pas les diplômes délivrés par l’Ecole des hautes études appliquées du droit sur la liste des diplômes reconnus comme équivalents à un master en droit pour accéder à la profession d'avocat, notamment au regard du très faible nombre d’enseignants-chercheurs parmi le corps enseignant de cet établissement et alors même que ces diplômes sont classés au niveau 7 du cadre national des certifications professionnelles, les ministres concernés n’ont ni méconnu les dispositions des articles 11 et 12 de la loi du 31 décembre 1971, cités au point 1, ni entaché l’arrêté litigieux d’erreur manifeste d’appréciation. 4. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par l’Ecole des hautes études appliquées du droit doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. D E C I D E : -------------- Article 1er : La requête de l’Ecole des hautes études appliquées du droit est rejetée. Article 2 : La présente décision sera notifiée à l’Ecole des hautes études appliquées du droit, au garde des sceaux, ministre de la justice et au ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace.

Questions fréquentes

Mon diplôme d'une école privée de droit est-il reconnu pour devenir avocat ?
Non, sauf s'il figure sur la liste fixée par arrêté conjoint du garde des sceaux et du ministre chargé de l'enseignement supérieur. L'arrêté du 31 décembre 2024 ne reconnaît que certains diplômes, notamment les doctorats en droit, les masters en droit, et les diplômes conférant le grade de master avec une majorité d'enseignants-chercheurs.
Quels diplômes sont équivalents au master en droit pour l'examen d'accès au CRFPA ?
Selon l'arrêté du 31 décembre 2024, sont équivalents : le doctorat en droit, tout diplôme national de master en droit, tout diplôme conférant le grade de master avec des études juridiques encadrées majoritairement par des enseignants-chercheurs, le titre d'ancien greffier en chef stagiaire ou directeur des services judiciaires stagiaire, et certains diplômes étrangers.
Pourquoi mon diplôme classé au RNCP n'est-il pas accepté pour l'accès à la profession d'avocat ?
Le classement au RNCP ne suffit pas. L'arrêté exige notamment que le diplôme soit délivré par un établissement dont les enseignants-chercheurs sont majoritaires, ce qui n'est pas le cas de certaines écoles privées. Les ministres peuvent légalement refuser l'équivalence si cette condition n'est pas remplie.
Puis-je contester un arrêté qui ne reconnaît pas mon diplôme ?
Oui, vous pouvez former un recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d'État dans les deux mois suivant la publication de l'arrêté ou la décision de rejet de votre recours gracieux. Toutefois, le juge vérifie que les ministres n'ont pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
Un doctorat en droit est-il équivalent au master pour devenir avocat ?
Oui, le doctorat en droit est expressément reconnu comme équivalent au master en droit pour l'accès à la profession d'avocat, selon l'arrêté du 31 décembre 2024.
Les diplômes de master en droit sont-ils tous reconnus pour l'accès à la profession d'avocat ?
Oui, tout diplôme national de master dans une mention en droit est reconnu comme équivalent, ainsi que les diplômes conférant le grade de master avec des études juridiques encadrées majoritairement par des enseignants-chercheurs.

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