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Conseil d'État, Juge des référés, 22 août 2025, n° 507186

Rejet - incompétence Publication : C ECLI : ECLI:FR:CEORD:2025:507186.20250822

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge des référés du Conseil d'État est-il compétent pour connaître d'une demande de suspension d'une mesure de détention ?

Principe retenu

Le juge des référés du Conseil d'État ne peut être régulièrement saisi d'une requête tendant à la mise en œuvre des procédures d'urgence que si le litige principal auquel se rattache la mesure d'urgence ressortit à la compétence directe du Conseil d'État. Une demande de suspension d'une mesure de détention ne relève pas de la compétence du juge administratif, mais de l'autorité judiciaire. Par suite, une telle requête est manifestement irrecevable et doit être rejetée.

Faits clés

  • M. A a été placé en détention et a entamé une grève de la faim depuis le 25 juillet 2025.
  • Il a saisi le juge des référés du Conseil d'État sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative pour demander la suspension de la mesure de détention.
  • Il invoque une carence manifeste des autorités judiciaires, une atteinte grave à son droit à la sûreté, un défaut de notification, un conflit d'intérêt, un acte falsifié et une méconnaissance du contradictoire.
  • Le juge des référés a constaté que la demande ne relevait pas de la compétence de la juridiction administrative.
  • La requête a été rejetée par ordonnance en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Articles cités

article L. 521-2 du code de justice administrative article L. 522-3 du code de justice administrative article R. 522-8-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Par une requête, enregistrée le 11 août 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, M. B A demande au juge des référés du Conseil d'Etat, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la mesure de détention dont il fait l'objet. Il soutient que : - la condition d'urgence est satisfaite dès lors que, d'une part, il est actuellement incarcéré dans le contexte de " carence manifeste des autorités judiciaires " et, d'autre part, il a commencé une grève de la faim depuis le 25 juillet 2025 ; - il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à la sûreté ; - la décision contestée ne lui a pas été régulièrement notifiée ; - un conflit d'intérêt est constaté dans son dossier ; - la décision contestée repose sur un acte falsifié et méconnaît le principe du contradictoire. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - la Constitution, notamment son Préambule ; - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; - le code de justice administrative ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ". En vertu de l'article L. 522 3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée. 2. Le juge des référés du Conseil d'Etat ne peut être régulièrement saisi, en premier et dernier ressort, d'une requête tendant à la mise en œuvre de l'une des procédures régies par le livre V du code de justice administrative que pour autant que le litige principal auquel se rattache ou est susceptible de se rattacher la mesure d'urgence qu'il lui est demandé de prendre ressortit lui-même à la compétence directe du Conseil d'Etat. L'article R. 522-8-1 du même code prévoit que, par dérogation aux dispositions du titre V du livre III relatif au règlement des questions de compétence au sein de la juridiction administrative, le juge des référés qui entend décliner la compétence de la juridiction rejette les conclusions dont il est saisi par voie d'ordonnance. 3. M. A demande au juge des référés du Conseil d'Etat, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la mesure de détention dont il fait l'objet. Toutefois, il n'appartient pas au juge des référés du Conseil d'Etat de connaître d'une telle demande. 4. Il résulte de ce qui précède qu'il est manifeste que la demande de M. A ne peut être accueillie. Par suite, sa requête doit être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative. O R D O N N E : ------------------ Article 1er : La requête de M. A est rejetée. Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A. Fait à Paris, le 22 août 2025 Signé : Christophe Chantepy

Questions fréquentes

Puis-je demander au juge administratif de suspendre une mesure de détention ?
Non, le juge administratif n'est pas compétent pour connaître des mesures de détention, qui relèvent de l'autorité judiciaire. La demande doit être portée devant le juge judiciaire.
Quel juge est compétent pour contester une détention ?
La contestation d'une mesure de détention relève de la compétence du juge judiciaire, notamment le juge des libertés et de la détention.
Comment saisir le juge des référés du Conseil d'État ?
Le juge des référés du Conseil d'État ne peut être saisi que si le litige principal relève de la compétence directe du Conseil d'État. Pour les autres litiges, il faut saisir le tribunal administratif ou la cour administrative d'appel.
Qu'est-ce qu'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ?
C'est une violation évidente et sérieuse d'une liberté fondamentale (comme la liberté individuelle) commise par une autorité administrative dans l'exercice de ses pouvoirs, justifiant une intervention en référé.
Quelle est la procédure d'urgence en matière de liberté individuelle ?
La procédure de référé liberté (article L. 521-2 du CJA) permet au juge administratif d'ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale en cas d'urgence et d'atteinte grave et manifestement illégale.
Le juge administratif peut-il ordonner la libération d'une personne détenue ?
Non, le juge administratif ne peut pas ordonner la libération d'une personne détenue, car cela relève de la compétence exclusive de l'autorité judiciaire.

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