Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite
← Conseil d'État

Conseil d'État, Juge des référés, 17 septembre 2025, n° 508023

Rejet Publication : C ECLI : ECLI:FR:CEORD:2025:508023.20250917

Synthèse de la décision

Question juridique

Le Schéma national des violences urbaines, en tant que guide opérationnel, porte-t-il une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales justifiant sa suspension en référé ?

Principe retenu

Un document à vocation opérationnelle qui n'ajoute pas à l'état du droit, ne crée pas d'infraction, ne déroge pas aux conditions légales d'usage de la force et ne comporte pas de prescriptions à l'égard de l'autorité judiciaire ne peut être regardé comme portant atteinte aux libertés fondamentales. La seule circonstance qu'il constate que les violences urbaines sont le fait de groupes jeunes ne constitue pas une discrimination.

Faits clés

  • Diffusion le 31 juillet 2025 d'un 'Schéma national des violences urbaines' par instruction commune du DGPN et du préfet de police.
  • Requête en référé suspension déposée par des syndicats de journalistes et des personnes physiques.
  • Le ministre de l'intérieur indique que le schéma a été remplacé par un 'Guide opérationnel des violences urbaines' sans mention relative aux journalistes.
  • Le document contesté est un guide opérationnel pour les forces de police.
  • Le juge des référés constate que le document n'ajoute rien à l'état du droit et ne porte pas atteinte aux libertés invoquées.

Articles cités

article L. 521-2 du code de justice administrative article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Par une requête et un nouveau mémoire, enregistrés les 8 et 9 septembre 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, le Syndicat national des journalistes CGT, l'Union syndicale Solidaires, M. C A et Mme D B demandent au juge des référés du Conseil d'Etat, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : 1°) de suspendre l'exécution du " Schéma national des violences urbaines " diffusé le 31 juillet 2025 par instruction commune du directeur général de la police nationale et du préfet de police ; 2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ils soutiennent que : - leur requête est recevable ; - le schéma contesté est entaché d'incompétence en ce que la définition d'un cadre juridique propre aux violences urbaines, se distinguant de celui relatif au maintien de l'ordre, et les restrictions à l'exercice des libertés publiques qu'il implique relèvent du domaine de la loi ; - la condition d'urgence est satisfaite dès lors, d'une part, que le schéma contesté porte manifestement atteinte à des libertés fondamentales et, d'autre part, qu'il retient une définition imprécise des violences urbaines, susceptible de justifier des mesures plus répressives que celles découlant du cadre juridique relatif aux attroupements, dans le cadre du mouvement social du 10 septembre 2025 ; - il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'expression, à la liberté d'informer, au droit d'être informé, à la liberté de la presse, à l'égalité des armes et à la liberté de manifester ; - la mesure contestée n'est pas justifiée par la nécessité de préserver l'ordre public et est manifestement disproportionnée, en ce qu'elle instaure une interdiction générale et absolue pour les journalistes d'être présents lors de violences urbaines ; - la présence, que prévoit le schéma, d'un magistrat au centre d'information et de commandement constitue une ingérence dans la justice constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'informer et à l'égalité des armes ; - la possibilité, prévue par le schéma contesté, d'emploi d'unités spéciales telles que le RAID ou la BRI-PP porte atteinte à la liberté de manifester et au droit à la vie ; - en ce qu'il définit les violences urbaines comme des actes violents commis à force ouverte contre des personnes ou des biens par un groupe généralement jeune, le schéma contesté institue une discrimination à l'égard des jeunes dans l'exercice du droit de manifester. Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2025, le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête. Il indique que le " Schéma national des violences urbaines " a été remplacé par un " Guide opérationnel des violences urbaines ", en cours de diffusion à l'ensemble des forces de police, qui ne comporte plus aucune mention relative aux journalistes. Il soutient que la condition d'urgence n'est pas satisfaite et que les moyens soulevés ne sont pas fondés. Par des mémoires en intervention, enregistrés les 10 et 11 septembre 2025, l'Union fédérale des journalistes CFDT et la fédération " Communication Conseil Culture " F3C CFDT, l'association Reporters sans frontières et la Confédération générale du travail (CGT) demandent que le juge des référés du Conseil d'Etat fasse droit aux conclusions de la requête du syndicat national des journalistes CGT et autres. Ils soutiennent que leur intervention est recevable et s'associent aux moyens de la requête. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - la Constitution, et notamment son Préambule ; - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; - le code pénal ; - le code de la sécurité intérieure ; - le code de justice administrative ; Après avoir convoqué à une audience publique, d'une part, le Syndicat national des journalistes CGT et autres et, d'autre part, le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur ainsi que l'Union fédérale des journalistes CFDT, la fédération " Communication Conseil Culture " F3C CFDT, l'association Reporters sans frontières et la Confédération générale du travail (CGT) ; Ont été entendus lors de l'audience publique du 11 septembre 2025, à 11 heures 30 : - Me Descorps-Declere, avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, avocat du Syndicat national des journalistes CGT et autres ; - les représentants du Syndicat national des journalistes CGT et autres ; - les représentants du ministre d'Etat, ministre de l'intérieur ; - Me Coudray, avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, avocat de l'Union fédérale des journalistes CFDT et de la fédération " Communication Conseil Culture " ; - la représentante de l'Union fédérale des journalistes CFDT ; à l'issue de laquelle le juge des référés a clôturé l'instruction ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ". 2. Le Syndicat national des journalistes CGT et autres demandent au juge des référés du Conseil d'Etat, statuant sur le fondement de ces dispositions, d'ordonner la suspension de l'exécution du document intitulé " Schéma national des violences urbaines " diffusé à l'ensemble des forces de police par une instruction commune du directeur général de la police nationale et du préfet de police du 31 juillet 2025. Sur les interventions : 3. L'Union fédérale des journalistes CFDT, la fédération " Communication Conseil Culture " F3C CFDT, la Confédération générale du travail (CGT) et l'association Reporters sans frontière justifient d'un intérêt suffisant à la suspension de l'exécution du document attaqué. Par suite, leurs interventions sont recevables. Sur l'étendue du litige : 4. Dans ses écritures en défense, le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur indique qu'une nouvelle version du " Schéma national des violences urbaines " a été substituée, sous l'intitulé " Guide opérationnel des violences urbaines ", au document dont la suspension est demandée, qui reprend intégralement celui-ci, à l'exclusion du dernier alinéa de son paragraphe 1.4.1, relatif à la prise en compte du statut des journalistes dans un contexte de violences urbaines. 5. Il en résulte qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la demande du Syndicat national des journalistes CGT et autres, en tant qu'elle tend à la suspension de l'exécution du dernier alinéa du paragraphe 1.4.1 du document contesté, dans sa version diffusée le 31 juillet 2025. Sur le surplus des conclusions de la demande : 6. Il résulte de l'instruction que le document intitulé successivement " Schéma national des violences urbaines " puis " Guide opérationnel des violences urbaines " a pour vocation de tirer les enseignements d'épisodes de violences urbaines survenus ces dernières années, notamment en 2005 et en 2023, en diffusant auprès des forces de police des préconisations, issues de " retours d'expérience ", quant à la manière de faire face à de tels évènements. 7.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un référé suspension ?
C'est une procédure d'urgence devant le juge administratif pour suspendre l'exécution d'une décision administrative lorsque l'urgence le justifie et qu'il existe un doute sérieux sur sa légalité.
Un document comme un schéma national peut-il être attaqué en référé ?
Oui, s'il fait grief et produit des effets juridiques. En l'espèce, le juge a estimé que le guide opérationnel n'ajoutait rien au droit existant et ne portait pas atteinte aux libertés.
Qu'est-ce qu'une liberté fondamentale ?
Ce sont des libertés reconnues par la Constitution, les conventions internationales et la loi, comme la liberté d'expression, la liberté de manifester, le droit à la vie.
Les journalistes peuvent-ils être empêchés de couvrir des violences urbaines ?
En principe, la liberté d'informer s'applique, mais des restrictions peuvent être justifiées par l'ordre public. Le juge a jugé que le guide ne contenait pas d'interdiction générale.
Qu'est-ce qu'une atteinte grave et manifestement illégale ?
C'est une violation évidente d'une liberté fondamentale, sans justification valable, qui doit être démontrée pour obtenir une suspension en référé.

Décisions liées

💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision du Conseil d'État à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé.