Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite
← Conseil d'État

Conseil d'État, 10ème chambre jugeant seule, 20 mars 2026, n° 508193

Rejet PAPC Publication : D ECLI : ECLI:FR:CECHS:2026:508193.20260320

Synthèse de la décision

Question juridique

L'administration pénitentiaire a-t-elle commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'État en raison du suicide d'un détenu au quartier disciplinaire, compte tenu des informations dont elle disposait sur le risque suicidaire ?

Principe retenu

Le pourvoi en cassation devant le Conseil d'État fait l'objet d'une procédure préalable d'admission. L'admission est refusée si le pourvoi est irrecevable ou n'est fondé sur aucun moyen sérieux. En l'espèce, les moyens soulevés par le ministre de la justice, tirés de l'erreur de qualification juridique des faits, de la dénaturation des pièces du dossier et de l'erreur de droit, n'ont pas été jugés de nature à permettre l'admission du pourvoi.

Faits clés

  • M. D... C... est décédé par suicide au cours de sa détention au quartier disciplinaire du centre pénitentiaire de Ducos (Martinique).
  • Ses ayants droit ont demandé au tribunal administratif de la Martinique la condamnation de l'État à leur verser des indemnités.
  • Le tribunal administratif a rejeté leur demande par jugement du 23 février 2023.
  • La cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé ce jugement et condamné l'État à verser 15 000 euros à Mme C... et 8 000 euros à M. E... C... par arrêt du 10 juillet 2025.
  • Le garde des sceaux, ministre de la justice, s'est pourvu en cassation contre cet arrêt.

Articles cités

article L.822-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Mme F... C..., M. E... C... et M. A... B... ont demandé au tribunal administratif de la Martinique de condamner l’Etat à leur verser des indemnités d’un montant total de 69 000 euros en réparation des préjudices qu’ils estiment avoir subis en raison du décès par suicide de M. D... C..., survenu au cours de sa détention au quartier disciplinaire du centre pénitentiaire de Ducos (Martinique). Par un jugement n° 2200077 du 23 février 2023, le tribunal a rejeté leur demande. Par un arrêt n° 23BX00878 du 10 juillet 2025, la cour administrative d’appel de Bordeaux a, sur appel de Mme C... et M. B..., annulé ce jugement et partiellement fait droit à leur demande en condamnant l’Etat à verser les sommes de 15 000 euros à Mme C... et de 8 000 euros à M. E... C.... Par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 11 septembre et 11 décembre 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, le garde des sceaux, ministre de la justice demande au Conseil d’Etat : 1°) d’annuler cet arrêt ; 2°) réglant l’affaire au fond, de rejeter l’appel de Mme C... et M. B.... Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code pénitentiaire ; - le code de procédure pénale ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Philippe Bachschmidt, maître des requêtes ; - les conclusions de Mme Charline Nicolas, rapporteure publique ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes de l’article L. 822-1 du code de justice administrative : « Le pourvoi en cassation devant le Conseil d’Etat fait l’objet d’une procédure préalable d’admission. L’admission est refusée par décision juridictionnelle si le pourvoi est irrecevable ou n’est fondé sur aucun moyen sérieux ». 2. Pour demander l’annulation de l’arrêt de la cour administrative d’appel de Bordeaux qu’il attaque, le garde des sceaux, ministre de la justice soutient qu’il est entaché d’erreur de qualification juridique des faits, de dénaturation des pièces du dossier ainsi que d’erreur de droit, en ce qu’il juge que l’administration pénitentiaire doit être regardée comme ayant commis, dans les obligations qui pèsent sur elle quant à la détection du risque suicidaire et la prévention du suicide de M. D... C..., une faute de nature à engager la responsabilité de l’État, compte tenu de l’ensemble des informations dont elle disposait. 3. Aucun de ces moyens n’est de nature à permettre l’admission du pourvoi. D E C I D E : -------------- Article 1er : Le pourvoi du garde des sceaux, ministre de la justice, n’est pas admis. Article 2 : La présente décision sera notifiée au garde des sceaux, ministre de la justice. Copie en sera adressée à Mme F... C..., M. E... C... et M. A... B.... Délibéré à l'issue de la séance du 5 février 2026 où siégeaient : M. Bertrand Dacosta, président de chambre, présidant ; M. Olivier Yeznikian, conseiller d'Etat et M. Philippe Bachschmidt, maître des requêtes. Rendu le 20 mars 2026. Le président : Signé : M. Bertrand Dacosta Le rapporteur : Signé : M. Philippe Bachschmidt La secrétaire : Signé : Mme Marie-Léandre Monnerville

Questions fréquentes

L'État est-il responsable du suicide d'un détenu en prison ?
La responsabilité de l'État peut être engagée si l'administration pénitentiaire a commis une faute dans la surveillance ou la prévention du risque suicidaire, compte tenu des informations dont elle disposait.
Quelles sont les conditions pour engager la responsabilité de l'administration pénitentiaire en cas de suicide ?
Il faut démontrer une faute de l'administration (par exemple, défaut de surveillance ou de prise en charge) et un lien de causalité direct avec le suicide.
Comment obtenir réparation pour le décès d'un proche en détention ?
Il faut saisir le tribunal administratif d'une demande indemnitaire, puis éventuellement faire appel et se pourvoir en cassation devant le Conseil d'État.
Quel est le rôle du Conseil d'État dans un pourvoi en cassation ?
Le Conseil d'État vérifie que le juge du fond a correctement appliqué le droit, sans rejuger les faits. Il admet ou refuse le pourvoi selon la recevabilité et le sérieux des moyens.
Que signifie la procédure d'admission des pourvois ?
C'est une étape préalable où le Conseil d'État examine si le pourvoi est recevable et s'il soulève un moyen sérieux. Si ce n'est pas le cas, il refuse l'admission.
L'administration pénitentiaire doit-elle surveiller les détenus à risque suicidaire ?
Oui, elle a une obligation de surveillance et de prévention du suicide, notamment en prenant en compte les signes de risque et en mettant en place des mesures adaptées.

Décisions liées

💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision du Conseil d'État à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé.