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Conseil d'État, 6ème chambre jugeant seule, 13 mai 2026, n° 509183

Rejet PAPC Publication : D ECLI : ECLI:FR:CECHS:2026:509183.20260513

Synthèse de la décision

Question juridique

L'administration pénitentiaire engage-t-elle sa responsabilité en cas de suicide d'un détenu placé en cellule disciplinaire, en raison d'un défaut de prise en charge sanitaire ou de surveillance ?

Principe retenu

Le pourvoi en cassation devant le Conseil d'État fait l'objet d'une procédure préalable d'admission. L'admission est refusée si le pourvoi est irrecevable ou n'est fondé sur aucun moyen sérieux. En l'espèce, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas de nature à permettre l'admission du pourvoi.

Faits clés

  • M. C... F... est décédé par suicide alors qu'il était détenu en cellule disciplinaire.
  • Ses ayants droit ont demandé réparation à l'État pour préjudice moral et frais d'obsèques.
  • Le tribunal administratif de Melun a rejeté leur demande par jugement du 12 juillet 2023.
  • La cour administrative d'appel de Paris a rejeté l'appel par arrêt du 10 juillet 2025.
  • Mme J... F... épouse H... a formé un pourvoi en cassation devant le Conseil d'État.

Articles cités

article L. 822-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Mme J... F... épouse H..., Mme G... F..., Mme A... E..., M. B... I..., Mme D... K..., Mme L... F... et M. M... F... ont demandé au tribunal administratif de Melun de condamner l’Etat à verser les sommes de 30 000 euros à Mme J... F... épouse H..., 45 000 euros à Mme G... F... et 5 000 euros à Mme A... E..., M. B... I..., Mme D... K..., Mme L... F... et M. M... F... en réparation du préjudice subi du fait du décès de M. C... F..., ainsi que la somme de 16 851,39 euros à Mme J... F... épouse H... au titre des frais d’obsèques. Par un jugement n° 2204591 du 12 juillet 2023, le tribunal a rejeté leur demande. Par un arrêt n° 23PA03692 du 10 juillet 2025, la cour administrative d'appel de Paris a rejeté l’appel formé par Mme J... F... et autres contre ce jugement. Par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 octobre 2025 et 23 janvier 2026 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, Mme J... F... demande au Conseil d’Etat : 1°) d’annuler cet arrêt ; 2°) réglant l’affaire au fond, de faire droit à son appel ; 3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 4 000 euros au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code de procédure pénale ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Léo André, auditeur, - les conclusions de M. Nicolas Agnoux, rapporteur public ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SARL Gury et Maître, avocat de Mme F... ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes de l’article L. 822-1 du code de justice administrative : « Le pourvoi en cassation devant le Conseil d’Etat fait l’objet d’une procédure préalable d’admission. L’admission est refusée par décision juridictionnelle si le pourvoi est irrecevable ou n’est fondé sur aucun moyen sérieux ». 2. Pour demander l’annulation de l’arrêt qu’elle attaque, Mme F... soutient que la cour administrative d’appel a : - commis une erreur de qualification juridique des faits et dénaturé les pièces du dossier en jugeant que les conditions pour le placement en cellule disciplinaire à titre préventif étaient réunies ; - commis une erreur de droit en jugeant que la prise en charge sanitaire de M. F... ne relevait pas de la responsabilité de l’administration pénitentiaire ; - commis une erreur de qualification juridique des faits et dénaturé les pièces du dossier en jugeant que M. F... avait bénéficié d’un suivi médical et psychologique adapté à son état et d’un traitement de substitution adapté à son addiction ; - commis une erreur de droit, une erreur de qualification juridique des faits et dénaturé les pièces du dossier en jugeant qu’il ne résultait pas de l’instruction que M. F... présentait un risque suicidaire réel et immédiat que l’administration pénitentiaire n’aurait pas pris en compte ; - insuffisamment motivé son arrêt et commis une erreur de qualification juridique des faits en jugeant qu’aucun lien de causalité direct et certain ne pouvait être établi entre le défaut fautif de mise en œuvre de la procédure d’accueil lors de l’arrivée de M. F... en quartier disciplinaire et son suicide. 3. Aucun de ces moyens n’est de nature à permettre l’admission du pourvoi. D E C I D E : -------------- Article 1er : Le pourvoi de Mme F... n’est pas admis. Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme J... F.... Copie en sera adressée au garde des sceaux, ministre de la justice. Délibéré à l'issue de la séance du 2 avril 2026 où siégeaient : Mme Isabelle de Silva, présidente de chambre, présidant ; M. Christophe Pourreau, conseiller d'Etat et M. Léo André, auditeur-rapporteur. Rendu le 13 mai 2026. La présidente : Signé : Mme Isabelle de Silva Le rapporteur : Signé : M. Léo André La secrétaire : Signé : Mme Magalie Café

Questions fréquentes

L'administration pénitentiaire est-elle responsable du suicide d'un détenu ?
La responsabilité de l'administration peut être engagée si une faute est prouvée, comme un défaut de surveillance ou de prise en charge médicale. En l'espèce, le Conseil d'État a refusé d'admettre le pourvoi, confirmant le rejet de la demande.
Quelles sont les conditions pour engager la responsabilité de l'État en cas de suicide en prison ?
Il faut démontrer une faute de l'administration (par exemple, négligence dans la surveillance ou le suivi médical) et un lien de causalité direct et certain entre cette faute et le suicide.
Que faire si un proche se suicide en détention ?
Il est possible de saisir le tribunal administratif pour demander réparation. Il est conseillé de rassembler des preuves (rapports médicaux, témoignages) et de consulter un avocat.
Quelle indemnisation pour le décès d'un détenu par suicide ?
L'indemnisation peut couvrir le préjudice moral des proches et les frais d'obsèques, si la responsabilité de l'administration est reconnue. Le montant varie selon les circonstances.
Le défaut de surveillance en cellule disciplinaire peut-il engager la responsabilité de l'administration ?
Oui, si le défaut de surveillance est établi et qu'il a un lien direct avec le suicide. En l'espèce, la cour a jugé qu'aucun lien de causalité direct et certain n'était établi.
Comment obtenir réparation pour le préjudice moral après un suicide en prison ?
Il faut intenter une action en responsabilité devant le tribunal administratif dans un délai de 4 ans à compter du décès. La procédure peut être longue et nécessite une expertise.

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