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Conseil d'État, Formation spécialisée, 10 avril 2026, n° 509195

Rejet Publication : C ECLI : ECLI:FR:CEFSP:2026:509195.20260410

Synthèse de la décision

Question juridique

Le refus de communication d'informations contenues dans le fichier DOREMI est-il légal au regard du droit d'accès et de la protection des données personnelles ?

Principe retenu

Le Conseil d'État, statuant en formation spécialisée, vérifie si le requérant figure dans le fichier litigieux et si les données le concernant sont pertinentes, adéquates et proportionnées. En l'absence d'illégalité, les conclusions sont rejetées sans révéler d'éléments protégés par le secret de la défense nationale.

Faits clés

  • Mme A... a demandé à la ministre des armées la communication des informations la concernant dans le fichier DOREMI.
  • La ministre a refusé, révélé par un courrier de la CNIL du 16 octobre 2025.
  • Mme A... a saisi le Conseil d'État pour annuler ce refus et demander l'effacement des données.
  • La formation spécialisée a examiné les éléments fournis par la ministre et la CNIL.
  • L'examen n'a révélé aucune illégalité, notamment au regard de la CEDH.

Articles cités

article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 article L. 841-2 du code de la sécurité intérieure article R. 841-2 du code de la sécurité intérieure article L. 773-1 du code de justice administrative article L. 773-2 du code de justice administrative article L. 773-8 du code de justice administrative article L. 773-3 du code de justice administrative article R. 773-20 du code de justice administrative article L. 773-5 du code de justice administrative article R. 773-21 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Par une requête, enregistrée le 23 octobre 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, Mme A... demande au Conseil d’Etat : 1°) d’annuler la décision, révélée par le courrier de la présidente de la Commission nationale de l’informatique et des libertés du 16 octobre 2025, par laquelle la ministre des armées et des anciens combattants a refusé de lui communiquer les informations susceptibles de la concerner contenues dans le traitement automatisé de données à caractère personnel DOREMI mis en œuvre par la direction du renseignement militaire (DRM) ; 2°) d’enjoindre à la ministre des armées et des anciens combattants de lui communiquer les informations susceptibles de la concerner contenues dans ce fichier et de procéder à leur effacement. Vu : - la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ; - le code de la sécurité intérieure ; - la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 modifiée ; - le décret n° 2005-1309 du 20 octobre 2005 ; - le décret n° 2019-536 du 29 mai 2019 ; - le code de justice administrative ; Après avoir convoqué à une séance à huis-clos, d’une part, Mme A..., et d’autre part, la ministre des armées et des anciens combattants et la Commission nationale de l’informatique et des libertés, qui ont été mises à même de prendre la parole avant les conclusions ; Et après avoir entendu en séance : le rapport de Mme Rozen Noguellou, conseillère d’Etat ; - et, hors la présence des parties, les conclusions de M. Thomas Janicot, rapporteur public ; Considérant ce qui suit : 1. En vertu de l’article 31 de la loi du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, les traitements de données à caractère personnel mis en œuvre pour le compte de l'Etat et intéressant la sûreté de l'Etat, la défense ou la sécurité publique sont autorisés par arrêté du ou des ministres compétents, pris après avis motivé de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), publié avec l'arrêté autorisant le traitement. Ceux de ces traitements qui portent sur des données mentionnées au I de l'article 6 de la même loi doivent être autorisés par décret en Conseil d'Etat pris après avis motivé de la CNIL, publié avec ce décret. Un décret en Conseil d’Etat peut dispenser de publication l’acte réglementaire autorisant la mise en œuvre de ces traitements. Le sens de l'avis émis par la CNIL est alors publié avec ce décret. 2. L’article L. 841-2 du code de la sécurité intérieure prévoit que le Conseil d'Etat est compétent pour connaître, dans les conditions prévues au chapitre III bis du titre VII du livre VII du code de justice administrative, des requêtes concernant le droit d’accès aux traitements de données à caractère personnel mis en œuvre pour le compte de l’Etat et intéressant la sûreté de l'Etat, dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. En vertu de l’article R. 841-2 du même code, figure notamment au nombre de ces traitements le fichier DOREMI. 3. L’article L. 773-1 du code de justice administrative dispose que : « Le Conseil d'Etat examine les requêtes présentées sur le fondement des articles L. 841-1 et L. 841-2 du code de la sécurité intérieure conformément aux règles générales du présent code, sous réserve des dispositions particulières du présent chapitre. ». Aux termes de l’article L. 773-2 du même code : « Sous réserve de l'inscription à un rôle de l'assemblée du contentieux ou de la section du contentieux qui siègent alors dans une formation restreinte, les affaires relevant du présent chapitre sont portées devant une formation spécialisée (…) ». Son article L. 773-8 dispose que, lorsqu'elle traite des requêtes relatives à la mise en œuvre du droit d’accès mentionné au point 2, « la formation de jugement se fonde sur les éléments contenus, le cas échéant, dans le traitement sans les révéler ni révéler si le requérant figure ou non dans le traitement. Toutefois, lorsqu'elle constate que le traitement ou la partie de traitement faisant l'objet du litige comporte des données à caractère personnel le concernant qui sont inexactes, incomplètes, équivoques ou périmées, ou dont la collecte, l'utilisation, la communication ou la conservation est interdite, elle en informe le requérant, sans faire état d'aucun élément protégé par le secret de la défense nationale. Elle peut ordonner que ces données soient, selon les cas, rectifiées, mises à jour ou effacées. Saisie de conclusions en ce sens, elle peut indemniser le requérant. ». Son article L. 773-3 précise que « Les exigences de la contradiction mentionnées à l’article L. 5 du présent code sont adaptées à celles du secret de la défense nationale. (…) La formation chargée de l’instruction entend les parties séparément lorsqu’est en cause le secret de la défense nationale. ». L’article R. 773-20 dispose que : « Le défendeur indique au Conseil d'Etat, au moment du dépôt de ses mémoires et pièces, les passages de ses productions et, le cas échéant, de celles de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement, qui sont protégés par le secret de la défense nationale. /Les mémoires et les pièces jointes produits par le défendeur et, le cas échéant, par la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement sont communiqués au requérant, à l'exception des passages des mémoires et des pièces qui, soit comportent des informations protégées par le secret de la défense nationale, soit confirment ou infirment la mise en œuvre d'une technique de renseignement à l'égard du requérant, soit divulguent des éléments contenus dans le traitement de données, soit révèlent que le requérant figure ou ne figure pas dans le traitement. /Lorsqu'une intervention est formée, le président de la formation spécialisée ordonne, s'il y a lieu, que le mémoire soit communiqué aux parties, et à la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement, dans les mêmes conditions et sous les mêmes réserves que celles mentionnées à l'alinéa précédent. ». 4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A... a saisi la CNIL afin de pouvoir accéder aux données susceptibles de la concerner figurant dans le fichier DOREMI, mis en œuvre pas la direction du renseignement militaire. La Commission a désigné, en application de l’article 118 de la loi du 6 janvier 1978, un membre pour mener toutes investigations utiles et faire procéder, le cas échéant, aux modifications nécessaires. Par une lettre du 16 octobre 2025, la présidente de la Commission a informé la requérante qu’il avait été procédé à l’ensemble des vérifications demandées et que la procédure était terminée, sans lui apporter d’autres informations. Mme A... demande l’annulation du refus, révélé par ce courrier, de la ministre des armées et des anciens combattants de lui donner accès aux données susceptibles de la concerner figurant dans le fichier litigieux et d’enjoindre à la ministre de les effacer. 5. La ministre des armées et des anciens combattants et la CNIL ont communiqué au Conseil d’Etat, dans les conditions prévues à l’article R. 773-20 du code de justice administrative, les éléments susceptibles d’être relatifs à la situation de l’intéressée. La ministre a, en outre, communiqué l’acte réglementaire créant le fichier litigieux. 6. Il appartient à la formation spécialisée, créée par l’article L. 773-2 du code de justice administrative, saisie de conclusions dirigées contre le refus de communiquer les données relatives à une personne qui allègue être mentionnée dans un fichier figurant à l’article R. 841-2 du code de la sécurité intérieure, de vérifier, au vu des éléments qui lui ont été communiqués hors la procédure contradictoire, si le requérant figure ou non dans le fichier litigieux. Dans l’affirmative, il lui appartient d’apprécier si les données y figurant sont pertinentes au regard des finalités poursuivies par ce fichier, adéquates et proportionnées.

Questions fréquentes

Puis-je demander à consulter les informations me concernant dans un fichier de renseignement ?
Oui, vous pouvez saisir le Conseil d'État, qui examinera votre demande en formation spécialisée, dans le respect du secret de la défense nationale.
Comment savoir si je figure dans un fichier comme DOREMI ?
Vous pouvez demander l'accès via la CNIL ou directement au ministère concerné, mais le refus peut être contesté devant le Conseil d'État.
Que se passe-t-il si des données me concernant sont inexactes ?
Le juge peut ordonner leur rectification ou leur effacement, sans révéler d'éléments protégés par le secret.
Le Conseil d'État peut-il révéler si je figure dans le fichier ?
Non, il ne peut pas révéler si vous y figurez, sauf si des illégalités sont constatées, auquel cas il vous en informe sans dévoiler le secret.
Quel est le rôle de la CNIL dans ce type de litige ?
La CNIL émet un avis sur le traitement et effectue des diligences, mais le juge reste seul compétent pour statuer sur l'accès.

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