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Conseil d'État, 2ème chambre jugeant seule, 16 juin 2026, n° 510299

Admission partielle en cassation Publication : C ECLI : ECLI:FR:CECHS:2026:510299.20260616

Synthèse de la décision

Question juridique

Le pourvoi en cassation contre un arrêt de cour administrative d'appel rejetant une demande d'indemnisation du préjudice moral résultant de l'implantation irrégulière d'une ligne électrique sur une propriété privée est-il recevable et fondé sur un moyen sérieux ?

Principe retenu

Le pourvoi en cassation devant le Conseil d'Etat fait l'objet d'une procédure préalable d'admission. L'admission est refusée si le pourvoi est irrecevable ou n'est fondé sur aucun moyen sérieux. En l'espèce, le moyen tiré de l'erreur de qualification juridique des faits concernant le lien direct entre le préjudice moral et la présence des ouvrages est de nature à permettre l'admission du pourvoi.

Faits clés

  • M. A... a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'enjoindre à la société Enedis de déplacer des ouvrages électriques implantés sur sa propriété et de réparer ses préjudices.
  • Le tribunal administratif a enjoint la suppression des ouvrages et condamné Enedis à verser 2 000 euros.
  • La cour administrative d'appel de Lyon a annulé ce jugement, rejeté les conclusions indemnitaires pour incompétence, et condamné Enedis à verser 669 euros.
  • Le Conseil d'Etat a annulé cet arrêt et renvoyé l'affaire à la cour administrative d'appel de Lyon.
  • La cour administrative d'appel de Lyon a, sur renvoi, annulé le jugement en tant qu'il enjoignait de déplacer l'ouvrage en limite nord-ouest, rejeté les conclusions à fin d'injonction et condamné Enedis à verser 11 669 euros.

Articles cités

article L. 822-1 du code de justice administrative article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Grenoble d’enjoindre à la société Enedis de déplacer les ouvrages de transport et de distribution d’électricité irrégulièrement implantés sur sa propriété à Charvieu-Chavagneux (Isère) et de la condamner à réparer les préjudices subis du fait de ces ouvrages publics. Par un jugement n° 1903867 du 10 août 2021, le tribunal administratif a enjoint à la société Enedis de procéder à la suppression des ouvrages électriques irrégulièrement implantés sur la propriété dans le délai de trois mois à compter de la notification de son jugement, l’a condamnée à verser à M. A... la somme de 2 000 euros avec intérêts au taux légal à compter du 7 février 2019 et a rejeté le surplus des conclusions de sa demande. Par un arrêt n° 21LY03272 du 15 juin 2023, la cour administrative d’appel de Lyon, sur appel de M. A... et appel incident de la société Enedis, a annulé ce jugement, rejeté les conclusions portant sur la réparation des conséquences dommageables de la servitude de passage de la ligne électrique comme portées devant un ordre de juridiction incompétente pour en connaître, condamné la société Enedis à verser à M. A... la somme de 669 euros et rejeté le surplus des conclusions des parties. Par une décision n° 482516 du 14 octobre 2024, le Conseil d’Etat statuant au contentieux, sur le pourvoi de M. A..., a annulé cet arrêt et renvoyé l’affaire à la cour administrative d’appel de Lyon. Par un arrêt n° 24LY02914 du 2 octobre 2025, cette cour administrative d’appel a annulé le jugement du tribunal administratif en tant qu’il enjoint à la société Enedis de déplacer l’ouvrage situé en limite nord-ouest de la propriété de M. A..., rejeté les conclusions de ce dernier à fin d’injonction et condamné la société Enedis à lui verser la somme de 11 669 euros en réparation des préjudices subis. Par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 1er décembre 2025 et 27 février 2026 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, M. A... demande au Conseil d'Etat : 1°) d’annuler cet arrêt en tant qu’il lui fait grief ; 2°) de mettre à la charge de la société Enedis la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code de l’énergie ; - la loi des 16-24 août 1790 et le décret du 16 fructidor an III ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Hadrien Tissandier, maître des requêtes, - les conclusions de Mme Dorothée Pradines, rapporteure publique, La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Melka-Prigent-Drusch, avocat de M. A... ; Considérant ce qui suit : Aux termes de l’article L. 822-1 du code de justice administrative : « Le pourvoi en cassation devant le Conseil d’Etat fait l’objet d’une procédure préalable d’admission. L’admission est refusée par décision juridictionnelle si le pourvoi est irrecevable ou n’est fondé sur aucun moyen sérieux. » Pour demander l’annulation de l’arrêt qu’il attaque, M. A... soutient qu’il est entaché : - d’erreur de qualification juridique des faits en considérant, au regard du coût de l’opération, de la nécessité de modifier le raccordement de neuf postes de distribution, d’obtenir de nombreuses autorisations administratives et de réaliser de multiples chantiers d’enfouissement, que la démolition de la section de ligne en surplomb de la bordure de sa propriété et du support de celle-ci est de nature à porter une atteinte excessive à l’intérêt général ; - d’erreur de droit en écartant le préjudice résultant de la péremption de l’autorisation de construire comme n’étant pas la conséquence directe de l’implantation irrégulière de la ligne électrique tout en relevant qu’il lui était loisible de demander pour la première fois en cause d’appel l’indemnisation de ce chef de préjudice économique ; - d’erreur de qualification des faits et de dénaturation des pièces du dossier en écartant ce chef de préjudice en dépit du courrier établissant l’impossibilité, pour des raisons de sécurité, de procéder à des travaux de maçonnerie à proximité de la ligne électrique en surplomb ; - d’erreur de qualification juridique des faits et de dénaturation des pièces du dossier en retenant que le préjudice moral n’est pas en lien direct avec la présence des ouvrages. Ces moyens sont uniquement de nature à permettre l’admission du pourvoi en tant qu’il porte sur le rejet des conclusions tendant à l’indemnisation du préjudice moral D E C I D E : -------------- Article 1er : Le pourvoi de M. A... est admis en tant qu’il tend à l’annulation de l’arrêt attaqué en tant qu’il rejette les conclusions tendant à l’indemnisation du préjudice moral. Article 2 : Le surplus des conclusions du pourvoi n’est pas admis. Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. B... A... et à la société Enedis. Délibéré à l’issue de la séance du 21 mai 2026 où siégeaient : M. Alain Seban, président de chambre, présidant ; M. Jérôme Goldenberg, conseiller d’Etat en service extraordinaire et M. Hadrien Tissandier, maître des requêtes-rapporteur. Rendu le 16 juin 2026. Le président : Signé : M. Alain Seban Le rapporteur : Signé : M. Hadrien Tissandier Le secrétaire : Signé : M. Guillaume Auge La République mande et ordonne à la ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision. Pour expédition conforme, Pour la secrétaire du contentieux, par délégation :

Questions fréquentes

Comment obtenir l'admission d'un pourvoi en cassation devant le Conseil d'Etat ?
Le pourvoi doit être recevable et fondé sur au moins un moyen sérieux. Le Conseil d'Etat examine les moyens soulevés et admet le pourvoi si l'un d'eux est de nature à permettre l'admission.
Qu'est-ce qu'un préjudice moral en droit administratif ?
Le préjudice moral est un dommage non économique, comme la souffrance psychologique ou l'atteinte à la réputation, qui peut être indemnisé s'il est en lien direct avec le fait générateur.
Puis-je demander réparation pour une ligne électrique installée sans autorisation sur mon terrain ?
Oui, si l'implantation est irrégulière, vous pouvez demander au juge administratif l'indemnisation des préjudices subis, y compris le préjudice moral, à condition de démontrer un lien direct.
Quel est le rôle du Conseil d'Etat dans un pourvoi en cassation ?
Le Conseil d'Etat vérifie que le juge du fond a correctement appliqué le droit. Il n'examine pas les faits, mais peut annuler un arrêt s'il est entaché d'une erreur de droit ou d'une qualification juridique erronée.
Quelle est la différence entre préjudice matériel et préjudice moral ?
Le préjudice matériel est un dommage économique (perte financière, dommage aux biens), tandis que le préjudice moral est un dommage non économique (souffrance, anxiété). Les deux peuvent être indemnisés s'ils sont prouvés.

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