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Conseil d'État, 7ème chambre jugeant seule, 12 mars 2026, n° 510375

Rejet Publication : D ECLI : ECLI:FR:CECHS:2026:510375.20260312

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge du référé précontractuel exerce-t-il un contrôle normal ou restreint sur l'appréciation du caractère anormalement bas d'une offre ?

Principe retenu

Le juge du référé précontractuel exerce un contrôle restreint sur l'appréciation du pouvoir adjudicateur quant au caractère anormalement bas d'une offre. Il ne lui appartient pas de substituer son appréciation à celle de l'administration, sauf en cas d'erreur manifeste. En l'espèce, les moyens soulevés par la commune de Bastia ne sont pas de nature à permettre l'admission du pourvoi.

Faits clés

  • La société Corse paysage a demandé l'annulation de la procédure de passation du lot n°3 'Aménagements paysagers' d'un marché public de la commune de Bastia.
  • Le tribunal administratif de Bastia a annulé la procédure au motif que l'offre du groupement attributaire était anormalement basse.
  • La commune de Bastia a formé un pourvoi en cassation contre cette ordonnance.
  • La commune soutenait que le juge avait exercé un contrôle normal au lieu d'un contrôle restreint sur l'appréciation du caractère anormalement bas de l'offre.
  • Le Conseil d'État a refusé d'admettre le pourvoi, considérant qu'aucun moyen n'était sérieux.

Articles cités

article L. 551-1 du code de justice administrative article L. 822-1 du code de justice administrative article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : La société Corse paysage a demandé à la présidente du tribunal administratif de Bastia, statuant sur le fondement de l’article L. 551-1 du code de justice administrative, d’annuler la procédure de passation par la commune de Bastia du lot n° 3 « Aménagements paysagers » du marché portant sur les aménagements de la place du commerce et du site de l’ancienne « grande barre » dans le cadre du nouveau programme de rénovation urbaine « aménagements des Cités des Lacs, des Arbres et des Monts », d’enjoindre à la commune de Bastia de lui communiquer, ainsi qu’au tribunal, les caractéristiques et avantages de l’offre retenue, dans un délai de cinq jours, à compter de la notification de l’ordonnance du tribunal et de surseoir à statuer dans l’attente de cette communication. Par une ordonnance n° 2501616 du 19 novembre 2025, la présidente du tribunal administratif de Bastia a annulé la procédure de passation du lot n° 3 du marché précité, enjoint à la commune de Bastia, si elle entend poursuivre cette procédure de passation du lot n° 3, de la reprendre à compter de la phase d’examen des offres et rejeté le surplus des conclusions des parties. Par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 4 et 17 décembre 2025 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, la commune de Bastia demande au Conseil d’Etat : 1°) d’annuler cette ordonnance ; 2°) de mettre à la charge de la société Corse paysage la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code de la commande publique ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Cédric Arcos, conseiller d'Etat, - les conclusions de M. Nicolas Labrune, rapporteur public ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Melka-Prigent-Drusch, avocat de la commune de Bastia ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes de l’article L. 822-1 du code de justice administrative : « Le pourvoi en cassation devant le Conseil d’Etat fait l’objet d’une procédure préalable d’admission. L’admission est refusée par décision juridictionnelle si le pourvoi est irrecevable ou n’est fondé sur aucun moyen sérieux ». 2. Pour demander l’annulation de l’ordonnance qu’elle attaque, la commune de Bastia soutient que la présidente du tribunal administratif de Bastia a : - méconnu son office et commis une erreur de droit en exerçant un contrôle normal sur l’appréciation portée sur le caractère anormalement bas de l’offre en lieu et place du contrôle restreint qu’elle aurait dû se limiter à exercer ; - commis une erreur de droit en tenant compte, à ce stade de la procédure et de façon substantielle pour conclure à l’existence d’une offre anormalement basse, de la différence entre, d’une part, le prix proposé par le groupement attributaire et, d’autre part, l’estimation de la commune et le prix proposé par la société Corse paysage ; - dénaturé les faits de l’espèce et les pièces du dossier en estimant que l’offre du groupement attributaire était anormalement basse et aurait dû être écartée pour ce motif. 3. Aucun de ces moyens n’est de nature à permettre l’admission du pourvoi. D E C I D E : -------------- Article 1er : Le pourvoi de la commune de Bastia n’est pas admis. Article 2 : La présente décision sera notifiée à la commune de Bastia. Copie en sera adressée à la société Corse paysage, à la société Fourny Jardins Piscines et à la société Bleu comme un jardin.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une offre anormalement basse ?
Une offre anormalement basse est une offre dont le prix est manifestement sous-évalué par rapport au coût réel de la prestation, ce qui peut compromettre sa bonne exécution. Le pouvoir adjudicateur doit la détecter et peut l'écarter après vérification.
Quel est le rôle du juge du référé précontractuel ?
Le juge du référé précontractuel peut être saisi avant la signature du contrat pour contrôler le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence. Il peut annuler la procédure si des manquements sont constatés.
Comment contester une décision du juge du référé précontractuel ?
La décision du juge du référé précontractuel peut faire l'objet d'un pourvoi en cassation devant le Conseil d'État dans un délai de 15 jours. Le pourvoi est soumis à une procédure d'admission.
Qu'est-ce que le contrôle restreint du juge administratif ?
Le contrôle restreint est un contrôle limité du juge sur l'administration : il ne vérifie que l'erreur manifeste d'appréciation, sans se substituer à l'administration. En matière d'offre anormalement basse, le juge exerce un contrôle restreint.
Quelles sont les conséquences d'une offre anormalement basse ?
Si une offre est anormalement basse, le pouvoir adjudicateur doit la rejeter après avoir demandé des justifications. Si elle n'est pas écartée, le juge peut annuler la procédure de passation.

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