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Conseil d'État, 8ème chambre jugeant seule, 24 juillet 2026, n° 510767

Rejet PAPC Publication : D ECLI : ECLI:FR:CECHS:2026:510767.20260724

Synthèse de la décision

Question juridique

La carence d'une commune à acquérir des parcelles privées pour réaliser un alignement constitue-t-elle une faute de nature à engager sa responsabilité ?

Principe retenu

L'engagement de la responsabilité d'une commune pour carence fautive suppose l'existence d'un engagement direct, clair, ferme et non équivoque de sa part. En l'absence d'un tel engagement, la carence n'est pas constitutive d'une faute. Les préjudices invoqués doivent présenter un lien de causalité direct avec les agissements reprochés.

Faits clés

  • M. et Mme B... ont demandé au tribunal administratif de Nîmes de condamner la commune de Saint-Jean-du-Pin à leur verser 62 000 euros en réparation de préjudices.
  • Ils estimaient que la commune avait été carente en n'acquérant pas deux parcelles privées pour aligner leur propriété au droit du chemin de la Souque.
  • Le tribunal administratif a rejeté leur demande par jugement du 9 avril 2024.
  • La cour administrative d'appel de Toulouse a annulé ce jugement mais a rejeté leur demande par arrêt du 14 octobre 2025.
  • M. et Mme B... se pourvoient en cassation contre les articles 2 à 4 de cet arrêt.

Articles cités

article L. 822-1 du code de justice administrative article L. 761-1 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : M. et Mme C... et A... B... ont demandé au tribunal administratif de Nîmes de condamner la commune de Saint-Jean-du-Pin (Gard) à leur verser la somme de 62 000 euros en réparation des préjudices qu’ils estiment avoir subis du fait de la carence de cette commune à acquérir deux parcelles privées afin d’aligner leur propriété au droit du chemin de la Souque. Par un jugement n° 2104028 du 9 avril 2024, ce tribunal a rejeté leur demande. Par un arrêt n° 24TL01496 du 14 octobre 2025, la cour administrative d’appel de Toulouse a, sur l’appel formé par M. et Mme B..., annulé ce jugement et rejeté leur demande devant ce tribunal. Par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés le 15 décembre 2025 et le 16 mars 2026 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, M. et Mme B... demandent au Conseil d’Etat : 1°) d’annuler les articles 2 à 4 de cet arrêt ; 2°) réglant l’affaire au fond dans cette mesure, de faire droit à leur demande ; 3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Jean-du-Pin la somme de 5 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code de la voirie routière ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Emile Blondet, auditeur ; - les conclusions de M. Romain Victor, rapporteur public ; La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Bauer-Violas, Feschotte-Desbois, Sebagh, avocat de M. et Mme B... ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes de l’article L. 822-1 du code de justice administrative : « Le pourvoi en cassation devant le Conseil d’Etat fait l’objet d’une procédure préalable d’admission. L’admission est refusée par décision juridictionnelle si le pourvoi est irrecevable ou n’est fondé sur aucun moyen sérieux ». 2. Pour demander l’annulation des articles 2 à 4 de l’arrêt qu’ils attaquent, M. et Mme B... soutiennent que la cour administrative d’appel de Toulouse : - a commis une erreur de droit en subordonnant l’engagement de la responsabilité de la commune de Saint-Jean-du-Pin à l’existence d’un engagement direct, clair, ferme et non équivoque de cette dernière d’acquérir les parcelles en litige ; - l’a insuffisamment motivé en s’abstenant d’apprécier les garanties qu’ils pouvaient légitimement croire détenir, notamment à la suite de l’adoption du procès-verbal de bornage et de division du 23 septembre 1997, du permis de construire du 28 avril 1998 et de la décision de non-opposition du 28 août 2008 ; - l’a insuffisamment motivé en s’abstenant de rechercher si cette commune avait commis des fautes du fait, d’une part, de l’absence d’adoption d’un plan d’alignement et, d’autre part, de l’absence d’engagement d’une procédure juridictionnelle à l’encontre du propriétaire des parcelles ; - a dénaturé les pièces du dossier qui lui était soumis et donné aux faits de l’espèce une inexacte qualification juridique en jugeant que la carence de la commune de Saint-Jean-du-Pin à exécuter ses engagements n’était pas constitutive d’une faute susceptible d’engager sa responsabilité ; - a inexactement qualifié les faits de l’espèce en jugeant que les préjudices qu’ils invoquaient résultaient entièrement de leur imprudence fautive et n’avaient en tout état de cause aucun lien de causalité avec les agissements qu’ils reprochaient à la commune de Saint-Jean-du-Pin. 3. Aucun de ces moyens n’est de nature à permettre l’admission du pourvoi. D E C I D E : -------------- Article 1er : Le pourvoi de M. et Mme B... n’est pas admis. Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. et Mme C... et A... B.... Copie en sera adressée à la commune de Saint-Jean-du-Pin. Délibéré à l'issue de la séance du 2 juillet 2026 où siégeaient : Mme Emilie Bokdam-Tognetti, présidente de chambre, présidant ; M. Jonathan Bosredon, conseiller d'Etat et M. Emile Blondet, auditeur-rapporteur. Rendu le 24 juillet 2026 La présidente : Signé : Mme Emilie Bokdam-Tognetti Le rapporteur : Signé : M. Emile Blondet Le secrétaire : Signé : M. Aurélien Engasser La République mande et ordonne à la ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision. Pour expédition conforme, Pour la secrétaire du contentieux, par délégation :

Questions fréquentes

Ma commune refuse d'acquérir mon terrain pour aligner la route, puis-je obtenir réparation ?
La responsabilité de la commune ne peut être engagée que si elle a pris un engagement direct, clair, ferme et non équivoque d'acquérir le terrain. En l'absence d'un tel engagement, sa carence n'est pas fautive.
Quelles conditions pour engager la responsabilité d'une commune pour carence ?
Il faut démontrer une faute (par exemple, un engagement non tenu), un préjudice certain et un lien de causalité direct entre la faute et le préjudice.
Que signifie 'engagement direct, clair, ferme et non équivoque' d'une commune ?
Cela signifie que la commune doit avoir manifesté sans ambiguïté sa volonté d'agir, par exemple par une délibération ou une promesse écrite, et non de simples intentions.
Puis-je être indemnisé si la commune n'a pas exécuté ses engagements d'alignement ?
Oui, si vous prouvez que la commune avait pris un engagement ferme et que vous avez subi un préjudice en raison de son inexécution, vous pouvez demander réparation.
Quel est le délai pour former un pourvoi en cassation devant le Conseil d'État ?
Le délai est de deux mois à compter de la notification de la décision de la cour administrative d'appel.
Comment prouver la faute d'une commune dans le cadre d'un alignement ?
Il faut réunir des documents tels que des délibérations, des courriers, des procès-verbaux de bornage, des permis de construire, etc., montrant l'engagement de la commune.

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