Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite
← Conseil d'État

Conseil d'État, Juge des référés, 14 avril 2026, n° 514010

Rejet Publication : C ECLI : ECLI:FR:CEORD:2026:514010.20260414

Synthèse de la décision

Question juridique

L'inscription au dossier individuel d'une sanction de dix jours d'arrêts avec dispense d'exécution caractérise-t-elle une situation d'urgence justifiant l'intervention du juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ?

Principe retenu

Le prononcé d'une sanction de dix jours d'arrêts à l'encontre d'un militaire, assortie d'une dispense d'exécution, ne saurait être regardé, eu égard à ses effets, comme caractérisant une situation d'urgence justifiant l'intervention du juge des référés, même si elle est inscrite au dossier individuel. L'absence d'autres éléments de fait présumant un harcèlement moral ne permet pas de retenir une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

Faits clés

  • M. B..., capitaine affecté au service central de renseignement criminel de la gendarmerie nationale, a été sanctionné de dix jours d'arrêts par décision du 13 mars 2026 de l'autorité militaire de premier niveau.
  • La sanction a été assortie d'une dispense d'exécution.
  • M. B... a demandé au juge des référés du Conseil d'État, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'administration de surseoir à l'inscription de cette sanction dans son dossier individuel.
  • Il soutenait que cette inscription porterait gravement atteinte à son droit à l'égalité et à son droit à la résistance à l'oppression, et qu'elle s'inscrivait dans un contexte de harcèlement moral et de discrimination.
  • Le juge des référés a rejeté sa requête, considérant que la condition d'urgence n'était pas remplie.

Articles cités

article L. 521-2 du code de justice administrative article L. 522-3 du code de justice administrative article R. 4137-28 du code de la défense article R. 4137-21 du code de la défense article R. 4137-22 du code de la défense

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Par une requête, enregistrée le 25 mars 2026 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, M. A... B... demande au juge des référés du Conseil d’Etat, statuant sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, d’enjoindre à l’administration de surseoir à l’inscription dans son dossier individuel de la sanction de dix jours d’arrêts prononcée par une décision du 13 mars 2026 de l’autorité militaire de premier niveau tant qu’une décision définitive n’est pas intervenue sur son recours principal. Il soutient que : - le Conseil d’Etat est compétent en premier et dernier ressort pour connaître de sa requête ; - l’inscription de cette sanction à son dossier individuel est de nature à porter gravement atteinte à son droit à l’égalité dès lors qu’elle conduirait l’administration à rendre des décisions discriminatoires dans la gestion de sa carrière ainsi qu’à son droit à la résistance à l’oppression, dès lors la procédure disciplinaire engagée à son encontre à la demande de son chef de division n’est que l’un des moyens de la discrimination et du harcèlement moral qu’il subit ; - la sanction prononcée, en tant qu’elle subordonne le recours d’un militaire victime d’un délit à un compte-rendu, si ce n’est à une autorisation, préalable à toute démarche légale visant à la réparation ou à l’indemnisation du préjudice subi ou à l’exercice d’une procédure en justice, est contraire à l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle constitue un faux au sens de l’article 441-1 du code pénal et méconnait l’article L. 4122-4 du code de la défense ainsi que l’article 15-3 du code de procédure pénale. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code de la défense ; - le code de justice administrative ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. (…) ». En vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée. 2. M. B..., capitaine affecté auprès du service central de renseignement criminel de la gendarmerie nationale, demande au juge des référés du Conseil d’Etat, statuant sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, d’enjoindre à l’administration de surseoir à l’inscription dans son dossier individuel de la sanction de dix jours d’arrêts prononcée par une décision du 13 mars 2026 de l’autorité militaire de premier niveau. 3. Aux termes de l’article R. 4137-28 du code de la défense : « Les arrêts sont comptés en jours. Le nombre de jours d'arrêts susceptibles d'être infligés pour une même faute ou un même manquement ne peut être supérieur à quarante. (…) ». Aux termes de l’article R. 4137-21 dudit code : « La levée des sanctions disciplinaires de consigne ou d'arrêts peut être décidée par l'autorité compétente, soit en raison d'un événement particulier, soit en raison du comportement du militaire sanctionné./ La levée de la sanction disciplinaire n'efface pas la sanction mais dispense de l'accomplissement de la fraction non encore effectuée./ L'autorité militaire de premier niveau peut lever en totalité ou en partie les sanctions qu'elle a elle-même infligées ». Enfin, l’article R. 4137-22 du même code précise que : « A l'exception de l'avertissement, les sanctions disciplinaires sont inscrites au dossier individuel des militaires ». 4. Le prononcé d’une sanction de dix jours d’arrêts à l’encontre d’un militaire, au surplus assorti, comme en l’espèce, d’une dispense d’exécution, ne saurait être regardé, eu égard aux effets d’une telle sanction et quand bien même elle fait l’objet d’une inscription au dossier individuel de l’intéressé, comme de nature à caractériser une situation d’urgence justifiant l’intervention du juge des référés, en application de l’article L. 521-2 du code de justice administrative. Si M. B... soutient que le prononcé de cette sanction participe de la situation de harcèlement moral dont il est victime, il ne fait état d’aucun autre élément de fait susceptible de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. 5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B... tendant à ce que le juge des référés du Conseil d’Etat enjoigne à l’administration, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, de surseoir à l’inscription dans son dossier individuel de la sanction de dix jours d’arrêts prononcée avec dispense d’exécution, par une décision du 13 mars 2026 de l’autorité militaire de premier niveau, ne peut qu’être rejetée. O R D O N N E : ------------------ Article 1er : La requête de La requête de M. B... est rejetée. Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B.... Copie en sera adressée à la ministre des armées et des anciens combattants. Fait à Paris, le 14 avril 2026 Signé : Laurence Helmlinger

Questions fréquentes

Puis-je contester une sanction disciplinaire militaire par un référé liberté ?
Oui, mais le juge des référés n'interviendra que si la condition d'urgence est remplie et si la sanction porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Une sanction de dix jours d'arrêts avec dispense d'exécution n'est généralement pas considérée comme urgente.
Qu'est-ce qu'une sanction de dix jours d'arrêts avec dispense d'exécution ?
C'est une sanction disciplinaire qui n'est pas exécutée, mais qui est inscrite au dossier individuel du militaire. Elle peut avoir des conséquences sur la carrière.
L'inscription d'une sanction au dossier individuel est-elle une atteinte à une liberté fondamentale ?
En général, non. Le juge des référés a estimé que cette inscription, à elle seule, ne caractérise pas une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, sauf si elle s'accompagne d'autres éléments comme un harcèlement moral.
Comment prouver l'urgence pour obtenir une mesure de sauvegarde ?
Il faut démontrer que la situation requiert une intervention rapide du juge, par exemple en raison de conséquences graves et immédiates sur la carrière ou les droits du requérant. Dans cette affaire, l'urgence n'a pas été retenue.
Que faire en cas de harcèlement moral dans l'armée ?
Il est possible de saisir le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, mais il faut apporter des éléments de fait précis permettant de présumer l'existence d'un harcèlement. En l'absence de tels éléments, la requête est rejetée.
Quels sont les recours contre une sanction disciplinaire militaire ?
Le militaire peut former un recours hiérarchique, un recours contentieux devant le tribunal administratif, et éventuellement demander un référé suspension ou un référé liberté. La sanction peut également être contestée devant le juge de l'excès de pouvoir.

Décisions liées

💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision du Conseil d'État à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé.