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Conseil d'État, Juge des référés, 29 juin 2026, n° 517027

Rejet Publication : C ECLI : ECLI:FR:CEORD:2026:517027.20260629

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge des référés peut-il enjoindre à l'Etat de prendre des mesures pour prévenir les dangers liés aux airbags Takata défectueux en l'absence de carence manifeste ?

Principe retenu

Le juge des référés ne peut ordonner des mesures sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative que si une liberté fondamentale subit une atteinte grave et manifestement illégale. En l'espèce, le requérant n'apporte aucun élément de nature à révéler l'existence d'une carence des pouvoirs publics portant au droit à la vie une atteinte grave et manifestement illégale.

Faits clés

  • M. A... a saisi le juge des référés du Conseil d'Etat sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
  • Il demandait d'enjoindre à l'Etat de notifier les propriétaires de véhicules équipés d'airbags Takata non réparés, de bloquer leur cession et réimmatriculation, et d'exploiter le circuit de données prévu par les articles R. 321-28 et R. 323-7 du code de la route.
  • Il invoquait le droit à la vie et l'urgence en raison de la circulation de véhicules dangereux et de risques de revente à des tiers non avertis.
  • Le juge a constaté que le requérant n'apportait aucun élément de nature à révéler une carence des pouvoirs publics portant une atteinte grave et manifestement illégale au droit à la vie.
  • La requête a été rejetée par une ordonnance motivée en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Articles cités

article L. 521-2 du code de justice administrative article L. 522-3 du code de justice administrative article L. 761-1 du code de justice administrative article R. 321-28 du code de la route article R. 323-7 du code de la route

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Par une requête et deux nouveaux mémoires, enregistrés les 24 et 29 juin 2026 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, M. B... A... demande au juge des référés du Conseil d’Etat, statuant sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : 1°) d’enjoindre à l’Etat, dans un délai de huit jours et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard, en premier lieu, de procéder « à la notification directe et traçable des propriétaires des véhicules « stop drive » non réparés déjà identifiés par les bases administratives », en deuxième lieu, de mettre en place un signalement au système d’immatriculation des véhicules faisant obstacle à la cession et à la réimmatriculation de ces véhicules jusqu’à réparation certifiée et, en dernier lieu, d’exploiter de manière effective le circuit de données institué par les articles R. 321-28 et R. 323-7 du code de la route ; 2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme au titre de l’article L. 761-1 du code justice administrative. Il soutient que : - il justifie d’un intérêt à agir dès lors qu’il est automobiliste et usager habituel de la route ; - la condition d’urgence est satisfaite en ce que des véhicules équipés d’airbags de la marque Takata circulent encore et sont susceptibles d’être revendus à des tiers non avertis de leur dangerosité, malgré la survenance de plusieurs accidents mortels ; - la carence de l’Etat dans la prévention des dangers causés par ces véhicules, qui ne peut être justifiée par une difficulté technique, porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à la vie. Vu les autres pièces du dossier ; Vu le code de justice administrative ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. (…) ». En vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée. 2. M. A... demande au juge des référés du Conseil d’Etat, statuant sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, d’enjoindre à l’Etat, en premier lieu, de procéder « à la notification directe et traçable des propriétaires des véhicules « stop drive » non réparés déjà identifiés par les bases administratives », en deuxième lieu, de mettre en place un signalement au système d’immatriculation des véhicules faisant obstacle à la cession et à la réimmatriculation de ces véhicules jusqu’à réparation certifiée et, en dernier lieu, d’exploiter de manière effective le circuit de données institué par les articles R. 321-28 et R. 323-7 du code de la route. Toutefois, s’il invoque en termes extrêmement généraux le droit à la vie, il n’apporte aucun élément de nature à révéler l’existence d’une carence des pouvoirs publics portant à ce droit une atteinte grave et manifestement illégale. 3. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue à l’article L. 522-3 du même code. O R D O N N E : ------------------ Article 1er : La requête de M. A... est rejetée. Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A.... Fait à Paris, le 29 juin 2026 Signé : Christophe Chantepy Pour expédition conforme, La secrétaire, Agnès Micalowa

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le référé liberté ?
Le référé liberté est une procédure d'urgence devant le juge administratif permettant d'obtenir des mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale en cas d'atteinte grave et manifestement illégale.
Quelles sont les conditions pour que le juge des référés intervienne ?
Il faut une situation d'urgence, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, et que la mesure demandée soit nécessaire à la sauvegarde de cette liberté.
Le droit à la vie est-il une liberté fondamentale ?
Oui, le droit à la vie est une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
Que se passe-t-il si le requérant n'apporte pas de preuves de l'atteinte ?
Le juge peut rejeter la requête sans instruction ni audience, comme en l'espèce, si la condition d'urgence n'est pas remplie ou si la demande est manifestement mal fondée.
Puis-je demander au juge des référés d'enjoindre à l'Etat de prendre des mesures générales ?
Oui, mais il faut démontrer une carence de l'Etat portant une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, ce qui n'était pas le cas ici.

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