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Conseil d'État, 1ère chambre, 27 août 2025, n° 493671

R.822-5 Rejet PAPC pourvoi non fondé Publication : Z ECLI : ECLI:FR:CECHS:2025:493671.20250827

Synthèse de la décision

Question juridique

Le pourvoi en cassation contre un arrêt de cour administrative d'appel confirmant une amende pour non-respect des règles de détachement de salariés est-il fondé sur des moyens sérieux ?

Principe retenu

Le pourvoi en cassation devant le Conseil d'État fait l'objet d'une procédure préalable d'admission. L'admission est refusée si le pourvoi est irrecevable ou n'est fondé sur aucun moyen sérieux. Lorsque le pourvoi est dirigé contre une décision rendue en appel, le président de la chambre peut décider par ordonnance de ne pas l'admettre s'il est manifestement dépourvu de fondement.

Faits clés

  • La société monégasque CO.GE.MAT a été sanctionnée d'une amende de 2 000 euros par le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) pour non-respect des règles de détachement de salariés.
  • Le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande d'annulation de la décision du 5 février 2021.
  • La cour administrative d'appel de Marseille a rejeté son appel.
  • La société s'est pourvue en cassation devant le Conseil d'État, soulevant trois moyens : erreur de droit sur la séparation des pouvoirs, erreur de droit sur l'interprétation de l'accord franco-monégasque du 9 juillet 1968, et dénaturation des pièces quant à la proportionnalité de l'amende.
  • Le Conseil d'État a jugé que ces moyens étaient manifestement dépourvus de fondement et a refusé d'admettre le pourvoi.

Articles cités

article L. 1264-3 du code du travail article L. 822-1 du code de justice administrative article R. 822-5 du code de justice administrative article R. 822-5-1 du code de justice administrative article L. 761-1 du code de justice administrative article 2 de l'accord du 9 juillet 1968 entre la Principauté de Monaco et la France relatif aux transports routiers

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : La société anonyme monégasque Compagnie de gestion de matériel (CO.GE.MAT) a demandé au tribunal administratif de Nice, d'une part, d'annuler la décision du 5 février 2021 par laquelle le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur lui a infligé une amende d'un montant de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 1264-3 du code du travail et, d'autre part, d'enjoindre à l'administration de suspendre ses contrôles ou, à défaut, de surseoir à l'adoption de sanctions administratives jusqu'à ce que les discussions en cours entre les autorités françaises et monégasques sur le droit applicable aux salariés détachés aient abouti. Par un jugement n° 2101869 du 8 novembre 2022, le tribunal administratif de Nice a rejeté cette demande. Par un arrêt n° 23MA00086 du 23 février 2024, la cour administrative d'appel de Marseille a rejeté l'appel formé par la société CO.GE.MAT contre ce jugement. Par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 avril et 16 juillet 2024 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, la société CO.GE.MAT, représentée par la SCP Gatineau, Fattaccini, Rebeyrol, demande au Conseil d'Etat : 1°) d'annuler cet arrêt ; 2°) réglant l'affaire au fond, de faire droit à son appel ; 3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par un courrier du 23 juillet 2025, notifié le même jour, l'avocat de la société CO.GE.MAT a été informé, en application des dispositions de l'article R. 822-5-1 du code de justice administrative, que la décision du Conseil d'Etat était susceptible d'être prise en application de l'article R. 822-5 du même code. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - l'accord du 9 juillet 1968 entre la Principauté de Monaco et la France relatif aux transports routiers, signé à Paris le 9 juillet 1968 ; - le code du travail ; - le code de justice administrative ; Considérant ce qui suit : 1. Aux termes de l'article L. 822-1 du code de justice administrative : " Le pourvoi en cassation devant le Conseil d'Etat fait l'objet d'une procédure préalable d'admission. L'admission est refusée par décision juridictionnelle si le pourvoi est irrecevable ou n'est fondé sur aucun moyen sérieux ". 2. Aux termes du quatrième alinéa de l'article R. 822-5 de ce code : " Lorsque le pourvoi est dirigé contre une décision rendue en appel, le président de la chambre peut décider par ordonnance de ne pas l'admettre s'il est manifestement dépourvu de fondement. " Cette procédure ne nécessite ni instruction contradictoire préalable, ni audience publique. 3. Pour demander l'annulation de l'arrêt qu'elle attaque, la société CO.GE.MAT soutient que : - la cour administrative d'appel a commis une erreur de droit en jugeant qu'elle pouvait, sans méconnaître le principe de séparation des pouvoirs, interpréter les stipulations de conventions franco-monégasques faisant l'objet d'un différend international déclaré et en cours de résolution entre les autorités des deux pays ; - elle a commis une erreur de droit au regard de l'article 2 de l'accord du 9 juillet 1968 entre la Principauté de Monaco et la France relatif aux transports routiers en jugeant que les stipulations de cet article ne sauraient être regardées comme portant sur la législation et la réglementation sociale applicable aux salariés travaillant dans les entreprises de transports routiers monégasques ; - elle a dénaturé les pièces du dossier qui lui était soumis en estimant que le montant de l'amende litigieuse n'était pas disproportionné au regard du manquement reproché. 4. Il est manifeste qu'aucun de ces moyens n'est de nature à permettre l'admission du pourvoi. O R D O N N E : Article 1er : Le pourvoi de la société CO.GE.MAT n'est pas admis. Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société anonyme monégasque Compagnie de gestion de matériel. Copie en sera adressée à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles. Fait à Paris, le 27 août 2025 La présidente : Gaëlle Dumortier La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance. Pour expédition conforme, Pour la secrétaire du contentieux, par délégation : Hervé Herber

Questions fréquentes

Quelle est la procédure pour contester une amende administrative pour détachement de salariés ?
La contestation se fait d'abord devant le tribunal administratif, puis en appel devant la cour administrative d'appel, et enfin en cassation devant le Conseil d'État. Le pourvoi en cassation est soumis à une procédure d'admission : il doit être fondé sur un moyen sérieux.
Qu'est-ce qu'un 'moyen sérieux' pour l'admission d'un pourvoi en cassation ?
Un moyen sérieux est un moyen de droit ou de fait qui paraît de nature à remettre en cause la décision attaquée. S'il est manifestement infondé, le pourvoi est rejeté par une ordonnance de non-admission.
Une société monégasque peut-elle être sanctionnée pour non-respect des règles de détachement en France ?
Oui, si elle détache des salariés en France, elle doit respecter le code du travail français, notamment les règles relatives au détachement. En cas de manquement, elle peut se voir infliger une amende administrative.
Quel est le fondement juridique de l'amende pour non-respect des règles de détachement ?
L'amende est prévue à l'article L. 1264-3 du code du travail, qui sanctionne les manquements aux règles relatives au détachement de salariés.
Peut-on invoquer la séparation des pouvoirs pour contester une amende ?
La séparation des pouvoirs peut être invoquée si l'administration interprète un traité international en litige, mais le juge administratif peut interpréter les traités dans le cadre du contrôle de légalité, sauf difficulté sérieuse d'interprétation.
Quel est le rôle du Conseil d'État dans un pourvoi en cassation ?
Le Conseil d'État juge la légalité de la décision rendue en appel, mais ne rejuge pas les faits. Il vérifie que le droit a été correctement appliqué et que les faits n'ont pas été dénaturés.

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