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Conseil d'État, Formation spécialisée, 15 avril 2026, n° 514581

R. 122-12-4 Rejet irrecevabilité manifeste Publication : Z

Synthèse de la décision

Question juridique

Un requérant peut-il saisir directement le Conseil d'État pour contester le refus implicite d'accès à un fichier de souveraineté avant que la CNIL n'ait statué sur sa demande ?

Principe retenu

Le Conseil d'État n'est compétent pour connaître des requêtes relatives à l'accès aux données intéressant la sûreté de l'État que si le requérant a préalablement saisi la CNIL et que celle-ci a refusé la communication ou n'a pas répondu dans le délai imparti. Si le requérant saisit le juge avant que la CNIL ne se soit prononcée, ses conclusions sont irrecevables car dirigées contre une décision non encore née. Cette irrecevabilité peut être couverte en cours d'instance par l'intervention d'une décision expresse ou implicite, mais tant qu'aucune décision n'est intervenue, le juge peut rejeter la requête par ordonnance sur le fondement du 4° de l'article R. 122-12 du code de justice administrative.

Faits clés

  • Mme B... a saisi la CNIL pour accéder aux données la concernant dans le fichier EASP.
  • La CNIL a accusé réception de sa demande le 30 mars 2026 et a indiqué désigner un membre pour mener les investigations.
  • À la date de l'ordonnance, la CNIL ne s'était pas prononcée sur la demande.
  • Mme B... a saisi le Conseil d'État avant que la CNIL ne statue.
  • Le Conseil d'État a rejeté sa requête comme manifestement irrecevable.

Articles cités

article L. 841-2 du code de la sécurité intérieure article R. 841-2 du code de la sécurité intérieure article 118 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 article 142 du décret n° 2019-536 du 29 mai 2019 article R. 122-12 du code de justice administrative article R. 773-19 du code de justice administrative

Texte de la décision

Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 14 avril 2026 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, Mme A... B... demande au conseil d’Etat : 1°) d’ordonner à la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) et au ministre de l’intérieur d’effacer sans délai les données susceptibles de la concerner contenues dans le fichier des enquêtes administratives liées à la sécurité publique dénommé « EASP », mis en œuvre par le ministère de l’intérieur ; 2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de rectifier toute mention inexacte et de lui communiquer un état du traitement de ces données dans un délai de quinze jours ; 3°) d’assortir l’injonction d’une astreinte de 150 euros par jour de retard ; 4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : -le code de la sécurité intérieure ; -la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ; -le décret n° 2019-536 du 29 mai 2019 ; -le code de justice administrative ; Considérant ce qui suit : 1. D’une part, l’article L. 841-2 du code de la sécurité intérieure prévoit que le Conseil d'Etat est compétent pour connaître, dans les conditions prévues au chapitre III bis du titre VII du livre VII du code de justice administrative, des requêtes concernant la mise en œuvre du droit d’accès aux données à caractère personnel et intéressant la sûreté de l’Etat qui sont contenues dans les traitements mis en œuvre pour le compte de l’Etat, dont la liste est fixée par l’article R. 841-2 du même code. Figure notamment au nombre de ces traitements le fichier dénommé « EASP ». Par ailleurs le droit d’accès aux traitements intéressant la sûreté de l’Etat et la défense, entrant dans le champ du titre IV de la loi du 6 janvier 1978 relative à l’informatique et aux libertés, est régi par l’article 118 de cette loi qui dispose que « Les demandes tendant à l'exercice du droit d'accès, de rectification et d'effacement sont adressées à la Commission nationale de l'informatique et des libertés qui désigne l'un de ses membres appartenant ou ayant appartenu au Conseil d'Etat, à la Cour de cassation ou à la Cour des comptes pour mener les investigations utiles et faire procéder aux modifications nécessaires (…) ». Il résulte ainsi des dispositions combinées de l’article L. 841-2 du code de la sécurité intérieure et de l’article 118 de la loi du 6 janvier 1978 qu’un requérant n’est recevable à saisir le Conseil d’Etat sur le fondement de l’article L. 841-2 que s’il a, au préalable, saisi la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) d’une demande d’accès indirect à un traitement et que si cette dernière l’a informé du refus de communication opposé par le responsable du traitement ou n’a pas répondu dans le délai qui lui est imparti par l’article 142 du décret du 29 mai 2019 pris pour l'application de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés. 2. D’autre part, en vertu des dispositions du 4° de l’article R. 122-12 du code de justice administrative, rendues applicables au président de la formation spécialisée dans le contentieux de la mise en œuvre des techniques de renseignement soumises à autorisation et des fichiers intéressant la sûreté de l'Etat par l’article R. 773-19 du même code, ce dernier peut rejeter les requêtes manifestement irrecevables lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens. 3. Lorsqu’un requérant, après avoir présenté une demande d’accès indirect à un fichier de souveraineté à la CNIL saisit le juge administratif avant que celle-ci ne se soit prononcée, ses conclusions, dirigées contre une décision qui n’est pas encore née, sont irrecevables. Si cette irrecevabilité peut être couverte, en cours d’instance, par l’intervention d’une décision expresse ou implicite, il est loisible au juge, tant qu’aucune décision n’a été prise par le responsable du traitement, de rejeter pour ce motif les conclusions dont il est saisi. Une telle irrecevabilité étant manifeste et le juge ne pouvant inviter le requérant à la régulariser, puisqu’une telle régularisation ne peut résulter que de l’intervention ultérieure d’une décision expresse ou implicite, les conclusions qui en sont entachées peuvent être rejetées par ordonnance sur le fondement du 4° de l’article R. 122-12 du code de justice administrative. 4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B... a saisi la CNIL afin de pouvoir accéder aux données susceptibles de la concerner qui seraient contenues dans le fichier des enquêtes administratives liées à la sécurité publique dénommé « EASP ». Par un courrier daté du 30 mars 2026, la commission a accusé réception de sa demande et lui a indiqué désigner l’un de ses membres pour mener les investigations utiles à l’instruction de sa demande. A la date de la présente ordonnance, la CNIL ne s’est pas prononcée sur la demande de la requérante, que ce soit explicitement ou implicitement du fait de l’expiration du délai prévu par l’article 142 du décret du 29 mai 2019. Dès lors, ses conclusions, dirigées contre une décision du responsable du traitement qui n’est pas encore née, sont irrecevables. Il s’ensuit que la requête de Mme B... peut être rejetée en application du 4° de l’article R. 122-12 du code de justice administrative. O R D O N N E : Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée. Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B.... Copie en sera adressée à la Commission nationale de l'informatique et des libertés. Fait à Paris, le 15 avril 2026 Signé : Nathalie ESCAUT La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision. Pour expédition conforme, Pour la secrétaire du contentieux, par délégation : Marie Carré

Questions fréquentes

Puis-je saisir directement le Conseil d'État pour obtenir l'accès à un fichier de souveraineté ?
Non, vous devez d'abord saisir la CNIL. Le Conseil d'État n'est compétent que si la CNIL a refusé la communication ou n'a pas répondu dans le délai légal.
Que se passe-t-il si je saisis le Conseil d'État avant que la CNIL ait statué ?
Votre requête est irrecevable car elle est dirigée contre une décision non encore née. Elle peut être rejetée par ordonnance.
Quel est le délai de réponse de la CNIL ?
Le délai est fixé par l'article 142 du décret du 29 mai 2019. En cas de silence, une décision implicite de refus naît.
Puis-je demander l'effacement de mes données dans un fichier de souveraineté ?
Oui, mais vous devez passer par la procédure d'accès indirect auprès de la CNIL, puis saisir le Conseil d'État en cas de refus.
Qu'est-ce que le fichier EASP ?
EASP est un fichier d'enquêtes administratives liées à la sécurité publique, mis en œuvre par le ministère de l'intérieur.

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