Tribunal judiciaire, chambre 01 ctx immobilier, 9 septembre 2025 — n° 24/02183
Synthèse de la décision
Question juridique
La clause d'inaliénabilité dans un acte de donation peut-elle être annulée pour permettre la vente du bien donné ?
Principe retenu
Les clauses d'inaliénabilité affectant un bien donné ne sont valables que si elles sont temporaires et justifiées par un intérêt sérieux et légitime. Le donataire peut être autorisé à disposer du bien si l'intérêt justifiant la clause a disparu ou si un intérêt plus important l'exige.
Faits clés
- M. [F] et Mme [C] ont donné en avancement d'hoirie une parcelle de terrain à leur fille et petite-fille.
- L'acte de donation contient une clause d'inaliénabilité et un droit de retour.
- Mme [G] demande l'annulation de la clause d'inaliénabilité et l'autorisation de vendre sa quote-part.
- Mme [G] invoque une diminution de la valeur du terrain comme intérêt justifiant la vente.
- Le tribunal rejette la demande d'annulation de la clause d'inaliénabilité.
Articles cités
article 900 du code civil
article 900-1 du code civil
Exposé du litige
EXPOSE DU LITIGE :
Suivant acte authentique du 09 aout 2005, M. [F] [P] et Mme [C] [Y] épouse [P] ont donné en avancement d’hoirie à :
-leur fille Mme [G] [P] ; 60 % en propriété et 40 % en usufruit,
-leur petite fille Mme [R] [U] 40 % en nu propriété
une parcelle de terrain située à [Adresse 15] cadastrée section AC numéro [Cadastre 9] pour une contenance de 07 a 19 ca.
L’acte prévoit :
-un droit de retour sur l’immeuble pour le cas où les donataires viendraient à décéder avant les donataires et pour le cas encore où les enfants ou descendants d’un ou des donataires viendraient eux mêmes à décéder sans postérité avant le donateur.
-une interdiction d’aliéner et d’hypothéquer les quotes-parts données sur la maison à peine de nullité des aliénations et hypothèques et de révocation de la donation.
En l’état de son assignation signifiée le 05 aout 2024 selon les modalités de l’article 659 du Code de procédure civile à ses parents devant le tribunal judiciaire d’Avignon à laquelle il convient de se référer pour un plus ample exposé de ses moyens et prétentions conformément aux dispositions de l’article 455 du Code de procédure civile, Mme [G] [J] demande au tribunal au visa des articles 900 et 900-1 du code civil :
A titre principal :
-juger nulle la clause d’inaliénabilité mentionnée dans l’acte de donation du 09 aout 2005,
A titre subsidiaire :
-l’autoriser à procéder à l’aliénation de ses quotes-parts du bien donné,
En toute hypothèse :
-condamner les époux [P] à l’indemniser à hauteur de 5000 euros compte tenu de leur résistance abusive,
-condamner les époux [P] à verser la somme de 3000 euros sur le fondement de l’article 700 du Code de procédure civile et aux dépens.
Les époux [P] n’ont pas constitué avocat.
Par décision avant dire droit du 18 février 2025, le tribunal judiciaire d’Avignon a :
-ordonné la révocation de l’ordonnance de clôture du 03 octobre 2024,
-invité Mme [G] [P] à dénoncer à Mme [R] [U] la procédure avant le 04 mars 2025,
-invité Mme [R] [U] à constituer avocat et à conclure avant le 20 avril 2025,
-invité Mme [G] [P] à conclure avant le 15 mai 2025,
-ordonné la clôture de l’affaire au 03 juin 2025 à 11 heures,
-fixé l’affaire à l’audience de juge unique du mardi 10 juin 2025 à 10 heures 30.
Par acte du 28 février 2025, Mme [R] [U] a constitué avocat mais n’a pas conclu.
L’affaire appelée à l’audience du 10 juin 2025 a été mise en délibéré au 09 septembre 2025.
EXPOSE DES MOTIFS :
Aux termes de l’article 472 du Code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l'estime régulière, recevable et bien fondée.
Sur la demande d’annulation de la clause d’inaliénabilité :
Aux termes de l’article 900 du code civil , dans toute disposition entre vifs ou testamentaire, les conditions impossibles, celles qui sont contraires aux lois ou aux moeurs, seront réputées non écrites.
Aux termes de l’article 900-1 du même code, les clauses d'inaliénabilité affectant un bien donné ne sont valables que si elles sont temporaires et justifiées par un intérêt sérieux et légitime.
Ainsi, pour être valable, la clause d'inaliénabilité doit être temporaire et justifiée par un intérêt sérieux et légitime. Ces deux conditions sont cumulatives.
Dispositif
PAR CES MOTIFS
Le tribunal, statuant par jugement réputé contradictoire rendu en premier ressort par mise à disposition au greffe,
-DEBOUTE Mme [G] [P] de sa demande d’annulation de la clause d’inaliénabilité inscrite dans l’acte de donation du 09 aout 2005 ;
-DEBOUTE Mme [G] [P] de sa demande d’autorisation de vendre l’immeuble ;
-DEBOUTE Mme [G] [P] de sa demande de dommages et intérêts pour résistance abusive ;
-CONDAMNE Mme [G] [P] aux dépens ;
-DEBOUTE Mme [G] [P] de sa demande d’indemnité procédurale.
Le présent jugement a été signé par la Présidente et le Greffier.
LE GREFFIER LA PRESIDENTE
Décisions liées
Une question similaire ? Posez-la à Justiweb
Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.
Poser ma question
Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif.
Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique,
consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.