Tribunal judiciaire, première chambre, 24 mars 2026 — n° 26/00270
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions d'annulation d'une assemblée générale de copropriétaires ?
Principe retenu
L'assemblée générale des copropriétaires peut être annulée si elle a été convoquée sans mandat valable du syndic. Les décisions prises lors d'une assemblée générale nulle ne peuvent produire d'effet juridique.
Faits clés
- Acquisition de plusieurs lots par M. et Mme B dans une copropriété
- Convocation d'une assemblée générale le 15 février 2018 sans mandat valable
- Jugement du tribunal de grande instance annulant l'assemblée générale de 2018
- Désignation d'un administrateur provisoire en mars 2022
- Nouvelle assemblée générale tenue le 25 juillet 2025 contestée par M. et Mme B
Articles cités
article 29-1 de la loi 65-557 du 10 juillet 1965
article 514 du code de procédure civile
article 10-1 de la loi du 10 juillet 1965
Exposé du litige
PREMIERE CHAMBRE
24 Mars 2026
N° RG 26/00270 - N° Portalis DB3U-W-B7K-PBPQ
71F
,
[S], [K], [B],
[U], [H] épouse, [B]
C/
S.D.C., [Adresse 1]
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE PONTOISE
La Première Chambre du Tribunal judiciaire de Pontoise, statuant publiquement, par décision contradictoire et en premier ressort, assistée de Céline TERREAU, greffier, a rendu par mise à disposition au greffe le 24 mars 2026, le jugement dont la teneur suit et dont ont délibéré :
Madame VAUTRAVERS, Première Vice-Présidente Adjointe
Madame BELLAN, Vice-Présidente
Monsieur FORTON, Juge
Date des débats : 03 Février 2026, audience collégiale
--==o0§0o==--
DEMANDEURS
Monsieur, [S], [K], [B], demeurant, [Adresse 2] à, [Localité 1]
Madame, [U], [H] épouse, [B], demeurant, [Adresse 3]
représentés par Me Valérie BAUME, avocat postulant au barreau du Val d'Oise et assistés de Me Béatrice FRIDMAN, avocat plaidant au barreau de Paris
DÉFENDEUR
Syndicat des copropriétaires de l'ensemble immobilier sis, [Adresse 1] à, [Localité 2], représenté par son syndic bénévole la SAS AQUA CONCEPT immatriculée au RCS de, [Localité 3], dont le siège social est sis, [Adresse 4] à, [Localité 4]
représenté par Me Claire BENOLIEL, avocat au barreau du Val d'Oise
--==o0§0o==--
L'ensemble immobilier sis, [Adresse 1] à, [Localité 5] est soumis au statut de la copropriété des immeubles bâtis.
Par acté notarié en date du 21 juin 2016, M., [S], [B] et Mme, [U], [H] épouse, [B] ont acquis la propriété des lots n°8, 12, 13, 14 et 18 au sein de cette copropriété.
Une assemblée générale du syndicat des copropriétaires de l'ensemble immobilier sis, [Adresse 1] à Montmagny (SDC, [Adresse 1]) s'est tenue le 15 février 2018, sur convocation de la SCI, [Y], ancien copropriétaire.
Par jugement du 12 novembre 2019 le tribunal de grande instance de Pontoise, à la demande de M. et Mme, [B], a constaté la nullité de plein droit du mandat de la SCI, [Y], a prononcé la nullité subséquente de l'assemblée générale du 15 février 2018 faute de mandat valable du syndic, et a fait droit à la demande reconventionnelle du SDC, [Adresse 1] afin de condamner sous astreinte les demandeurs à l'instance à rétablir les lieux en leur état antérieur.
Par ordonnance sur requête en date du 17 mars 2022, M., [D], [Q], gérant de la SAS Convergence Immobilier a été désigné par le président du tribunal judiciaire de Pontoise en qualité d'administrateur provisoire du syndicat des copropriétaires de l'immeuble sis, [Adresse 1] à Montmagny pour une durée de 36 mois, au visa de l'article 29-1 de la loi 65-557 du 10 juillet 1965.
Par ordonnance du 11 avril 2025, le juge des référés du tribunal judiciaire de Pontoise, saisi par M. et Mme, [G], copropriétaires au sein de l'ensemble immobilier sis, [Adresse 1] à Montmagny, a ordonné la rétractation de l'ordonnance de désignation de M., [Q], [O] Immobilier en qualité d'administrateur du syndicat des copropriétaires.
Par décision de l'assemblée générale du syndicat des copropriétaires tenue le 25 juillet 2025 sur convocation des époux, [G] et de la SAS Aqua-Concept, copropriétaires, la SAS Aqua-Concept a été désigné en qualité de syndic bénévole du SDC, [Adresse 1], pour une durée de trois années.
Par actes des 13 et 16 janvier 2026, M. et Mme, [B] ont fait assigner à jour fixe, selon ordonnance du 5 janvier 2026, le SDC, [Adresse 1], représenté par son syndic la SAS Aqua Concept, devant le tribunal judiciaire de Pontoise aux fins de contester l'assemblée générale des copropriétaires du 25 juillet 2025.
L'affaire a été appelée et retenue à l'audience du 3 février 2026.
Suivant leurs conclusions notifiées par voie électronique le 3 février 2026, soutenues à l'audience du même jour, M.
Motivations de la décision
MOTIFS
A titre liminaire, il convient de rappeler que les demandes tendant à voir le tribunal ''dire et surtout juger'' telles que figurant dans le dispositif des conclusions des parties, ne constituent pas des prétentions au sens des articles 4 et 954 du code de procédure civile en tant qu'elles ne confèrent pas de droit à la partie qui les requiert, ces demandes n'étant de manière générale que la redite des moyens invoqués, et non des chefs de décision devant figurer dans le dispositif du jugement.
Il n'y sera dès lors pas statué, sauf exception au regard de leur pertinence au sens des textes susvisés.
Sur la recevabilité de la demande d'annulation
Il est acquis que le délai de forclusion de l'article 42, alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1965, s'applique aux actions qui ont pour objet de contester les décisions de l'assemblée générale, même fondée sur une absence de convocation ou sur une convocation irrégulière (Cass. Civ 3ème 19 décembre 2007, n°06-21.410).
Selon l'article 18 du décret n°67-223 du 17 mars 1967 pris pour l'application de la loi du 10 juillet 1965, la notification du procès-verbal d'assemblée générale aux copropriétaires opposants ou défaillants doit reproduire le texte du deuxième alinéa de l'article 42 de la loi.
En l'espèce, il est acquis aux débats que le procès-verbal de l'assemblée générale du 25 juillet a été notifié au nom de, [B], [S], par courrier recommandé avec accusé de réception avisé le 12 septembre 2025.
M. et Mme, [B] ont attrait le syndicat des copropriétaires devant le tribunal judiciaire de Pontoise, par exploits de commissaire de justice des 13 et 16 janvier 2026, soit bien après l'expiration du délai de forclusion.
Toutefois force est de constater que, ainsi que le soulèvent les demandeurs, d'une part le courrier recommandé a été adressé uniquement au nom de, [B], [S], de sorte que le délai de deux mois prévus par l'article 42, alinéa 2 de la loi précitée pour contester l'assemblée générale n'a pas couru à l'encontre de Mme, [B], et d'autre part que la copie du procès-verbal notifié n'a pas reproduit le texte de l'article 42 al 2 de la loi du 10 juillet 1965, de sorte que la notification est irrégulière même à l'encontre de M, [B].
En conséquence, la demande des époux, [B] visant à annuler l'assemblée générale des copropriétaires du, [Adresse 1] à, [Localité 5] du 25 juillet 2025 sera déclarée recevable.
Sur la demande d'annulation de l'assemblée générale du 25 juillet 2025.
a) Sur la régularité de la convocation des époux, [B]
En vertu de l'article 9 décret n°67-223 du 17 mars 1967 pris pour l'application de la loi n°65-557 du 10 juillet 1965, la convocation contient l'indication des lieu, date et heure de la réunion, ainsi que l'ordre du jour qui précise chacune des questions soumises à la délibération de l'assemblée. A défaut de stipulation du règlement de copropriété ou de décision de l'assemblée générale, la personne qui convoque l'assemblée fixe le lieu et l'heure de la réunion. La convocation indique le lieu, le ou les jours et les heures de consultation des pièces justificatives des charges.
Le formulaire de vote par correspondance mentionné au deuxième alinéa de l'article 17-1 A est joint à la convocation.
Sauf urgence, cette convocation est notifiée au moins vingt et un jours avant la date de la réunion, à moins que le règlement de copropriété n'ait prévu un délai plus long. Sans que cette formalité soit prescrite à peine de nullité de l'assemblée générale, le syndic indique, par voie d'affichage, aux copropriétaires, la date de la prochaine assemblée générale et la possibilité qui leur est offerte de solliciter l'inscription d'une ou plusieurs questions à l'ordre du jour. L'affichage, qui reproduit les dispositions de l'article 10, est réalisé dans un délai raisonnable permettant aux copropriétaires de faire inscrire leurs questions à l'ordre du jour.
Sous réserve des stipulations du règlement de copropriété, l'assemblée générale est réunie dans la commune de la situation de l'immeuble.
Il incombe au syndic de faire la preuve de l'accomplissement des formalités qui lui incombent légalement à l'occasion de la tenue d'une assemblée générale.
En l'espèce il résulte des pièces versées aux débats (pièce n°5 du défendeur) que les époux, [G] et la SAS Aqua-Concept ont adressée à M. et Mme, [B], par courrier recommandé portant le numéro 1A217660 49034 du 4 juillet 2025 et revenu avec la mention " pli avisé et non réclamé ", une convocation concernant l'assemblée générale du syndicat des copropriétaires.
Force est de constater que les demandeurs ont été avisés le 7 juillet 2025, le délai a donc commencé à courir à compter du 8 juillet 2025, et expirait le 29 juillet 2025 à minuit.
L'assemblée générale, qui par ailleurs a été annoncée dans la convocation comme prévu pour le vendredi 26 juillet 2025, s'est tenue le 25 juillet 2025.
Il en résulte que la convocation a bien été envoyée hors délai à M. et Mme, [B].
A titre surabondant, il est constant que l'assemblée générale litigieuse s'est tenue hors la commune de situation de l'immeuble en copropriété.
Or, pour déroger à l'obligation de tenir l'assemblée générale des copropriétaires dans la commune de la situation de l'immeuble édictée par l'article 9 du décret du 17 mars 1967, il est nécessaire que le règlement de copropriété comporte une disposition expresse en ce sens, ce qui n'est pas le cas en espèce.
La SAS Aqua Concept, en fixant l'assemblée du 25 juillet 2025 au, [Adresse 5] à, [Localité 6] a violé les dispositions d'ordre public de l'article 9 du décret du 17 mars 1967.
Il est inopérant pour le syndicat des copropriétaires qu'une éventuelle sanction de nullité de l'assemblée générale emporterait des effets disproportionnés, les dispositions susmentionnées étant d'ordre public, leur non-respect entraîne la nullité de droit des décisions de l'assemblée générale, sans qu'il soit nécessaire que le copropriétaire demandeur établisse un préjudice.
Par conséquent, et sans qu'il n'y ait lieu d'examiner les autres moyens soulevés, il convient d'annuler, dans son entier et en toutes ses résolutions, l'assemblée générale des copropriétaires du 25 juillet 2025.
Sur l'amende civile
L'article 32-1 du code de procédure civile dispose que celui qui agit en justice de manière dilatoire ou abusive peut être condamné à une amende civile d'un maximum de 10.000 euros, sans préjudice des dommages-intérêts qui seraient réclamés.
Toutefois, il n'appartient pas aux parties de demander cette condamnation, seul le juge pouvant estimer que l'action du demandeur a été abusive ou que celui-ci n'en a pris l'initiative que pour retarder la reconnaissance des droits de son adversaire. Il n'y a donc pas lieu de faire droit à cette demande qui ne peut émaner du défendeur.
Sur les dommages et intérêts
Le syndicat des copropriétaires soutient que cette nouvelle procédure révèle la mauvaise foi de M. et Mme, [B] qui ont agi de façon abusive et dilatoire.
Il sollicite donc la somme de 3 000 euros à titre de dommages et intérêts.
Toutefois, dans la mesure où il a été fait droit à la demande d'annulation de l'assemblée générale, sollicitée par M. et Mme, [B], la demande du syndicat des copropriétaires ne peut qu'être rejetée.
L'intention de nuire et le préjudice invoqué par M. et Mme, [B] ne sont pas démontrés, de sorte que la demande de dommages-intérêts de M.
Dispositif
PAR CES MOTIFS
Le tribunal,
Déclare recevable la demande de M., [S], [B] et Mme, [U], [H] visant à l'annulation de l'assemblée générale des copropriétaires du, [Adresse 1] à, [Localité 5] du 25 juillet 2025, la désignation de la SAS Aqua Concept en qualité de syndic et des résolutions 1, 2, 3, 4 et 5;
Annule, en toutes ses résolutions, l'assemblée générale tenue le 25 juillet 2025 du syndicat des copropriétaires de l'ensemble immobilier sis, [Adresse 1] à, [Localité 2] ;
Dit n'y avoir lieu à condamner M., [S], [B] et Mme, [U], [H] à une amende civile ;
Rejette la demande du syndicat des copropriétaires de l'ensemble immobilier sis, [Adresse 1] à, [Localité 2] au titre de dommages et intérêts ;
Rejette la demande du M., [S], [B] et Mme, [U], [H] au titre de dommages et intérêts;
Condamne le syndicat des copropriétaires de l'ensemble immobilier sis, [Adresse 1] à, [Localité 2] aux dépens ;
Condamne le syndicat des copropriétaires de l'ensemble immobilier sis, [Adresse 1] à verser à M., [S], [B] et Mme, [U], [H] la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile ;
Dit qu'en application de l'article 10 -1 de la loi du 10 juillet 1965, M., [S], [B] et Mme, [U], [H] seront dispensées de toute participation à la dépense commune des frais de procédure, dont la charge sera répartie entre les autres copropriétaires;
Rappelle que les décisions de première instance sont de droit exécutoire à titre provisoire.
Ainsi fait et jugé à, [Localité 7], le 24 mars 2026.
Le Greffier, La Présidente,
Céline TERREAU Madame VAUTRAVERS
Questions fréquentes
Comment annuler une assemblée générale de copropriétaires ?
L'assemblée générale des copropriétaires peut être annulée si elle a été convoquée sans mandat valable du syndic. Les décisions prises lors d'une assemblée générale nulle ne peuvent produire d'effet juridique.
Quels sont les droits des copropriétaires lors d'une assemblée générale ?
L'assemblée générale des copropriétaires peut être annulée si elle a été convoquée sans mandat valable du syndic. Les décisions prises lors d'une assemblée générale nulle ne peuvent produire d'effet juridique.
Que faire si le syndic n'a pas de mandat valide ?
L'assemblée générale des copropriétaires peut être annulée si elle a été convoquée sans mandat valable du syndic. Les décisions prises lors d'une assemblée générale nulle ne peuvent produire d'effet juridique.
Quels recours existent en cas de décision d'assemblée générale contestée ?
L'assemblée générale des copropriétaires peut être annulée si elle a été convoquée sans mandat valable du syndic. Les décisions prises lors d'une assemblée générale nulle ne peuvent produire d'effet juridique.
Comment se déroule une procédure d'annulation d'assemblée générale ?
L'assemblée générale des copropriétaires peut être annulée si elle a été convoquée sans mandat valable du syndic. Les décisions prises lors d'une assemblée générale nulle ne peuvent produire d'effet juridique.
Quelles sont les conséquences d'une assemblée générale annulée ?
L'assemblée générale des copropriétaires peut être annulée si elle a été convoquée sans mandat valable du syndic. Les décisions prises lors d'une assemblée générale nulle ne peuvent produire d'effet juridique.
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