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Cour de cassation, chambre sociale, 25 octobre 2023 — n° 22-12.833

Cassation Publication : b ECLI : ECLI:FR:CCASS:2023:SO01070

Synthèse de la décision

Question juridique

Un salarié peut-il contester la légitimité de son licenciement pour inaptitude en invoquant une erreur de terminologie du médecin du travail sur son poste, en l'absence de recours contre l'avis d'inaptitude ?

Principe retenu

L'avis d'inaptitude du médecin du travail, en l'absence de recours, s'impose aux parties et au juge saisi de la contestation du licenciement. Le salarié ne peut donc contester la légitimité de son licenciement pour inaptitude en invoquant une erreur de terminologie du médecin du travail sur son poste.

Faits clés

  • Le médecin du travail a déclaré le salarié inapte à son poste.
  • Le salarié n'a pas contesté l'avis d'inaptitude devant le conseil de prud'hommes.
  • Le salarié a été licencié pour inaptitude.
  • Le salarié conteste la légitimité du licenciement en invoquant une erreur de terminologie du médecin du travail sur son poste.
  • Le juge du fond est saisi de la contestation du licenciement.

Articles cités

article L. 4624-7 du code du travail article R. 4624-45 du code du travail

Dispositif

PAR CES MOTIFS , et sans qu'il y ait lieu de statuer sur l'autre grief, la Cour : CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu'il déboute M. [D] de sa demande de dommages-intérêts pour harcèlement moral et pour déloyauté postérieure à la rupture du contrat de travail, condamne la société Derichebourg aeronautics services France à verser à M. [D] la somme de 1 249,13 euros au titre de complément de l'indemnité de licenciement, aux dépens de première instance et d'appel et à verser à M. [D] une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile, et la déboute de sa demande au titre de l'article 700 du code de procédure civile, l'arrêt rendu le 19 novembre 2021, entre les parties, par la cour d'appel de Toulouse ; Remet, sauf sur ces points, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de Montpellier ; Condamne M. [D] aux dépens ; En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette les demandes ; Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement cassé ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre sociale, et prononcé par le président en son audience publique du vingt-cinq octobre deux mille vingt-trois.

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Selon l'arrêt attaqué (Toulouse, 19 novembre 2021), M. [D] a été engagé à compter du 11 avril 2005 en qualité de préparateur aéronautique par la société Derichebourg atis aéronautique, aux droits de laquelle vient la société Derichebourg aeronautics services France. 2. Par avenant à effet du 1er mai 2006, les parties sont convenues d'ajouter aux fonctions initiales celles de responsable d'activité préparation A 340. 3. Placé en arrêt de travail à compter du 8 janvier 2018, le salarié a été déclaré inapte au poste de coordinateur le 26 avril 2018, le médecin du travail précisant que l'état de santé du salarié faisait obstacle à tout reclassement dans un emploi, et a été licencié le 29 mai 2018 pour inaptitude et impossibilité de reclassement. 4. Contestant son licenciement, le salarié a saisi la juridiction prud'homale.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour Vu les articles L. 4624-7 du code du travail, dans sa rédaction issue de la loi n° 2018-217 du 29 mars 2018, et antérieure à celle issue de l'ordonnance n° 2019-738 du 17 juillet 2019, et R. 4624-45 du même code, dans sa rédaction issue du décret n° 2017-1698 du 15 décembre 2017 : 6. Selon le premier de ces textes, si le salarié ou l'employeur conteste les avis, propositions, conclusions écrites ou indications émis par le médecin du travail reposant sur des éléments de nature médicale en application des articles L. 4624-2, L. 4624-3 et L. 4624-4, il peut saisir le conseil de prud'hommes en la forme des référés qui pourra confier toute mesure d'instruction au médecin inspecteur du travail territorialement compétent pour l'éclairer sur les questions de fait relevant de sa compétence. 7. Selon le second, en cas de contestation portant sur les avis, propositions, conclusions écrites ou indications reposant sur des éléments de nature médicale émis par le médecin du travail mentionnés à l'article L. 4624-7, le conseil de prud'hommes statuant en la forme des référés est saisi dans un délai de quinze jours à compter de leur notification. Les modalités de recours ainsi que ce délai sont mentionnés sur les avis et mesures émis par le médecin du travail. 8. Il en résulte que l'avis émis par le médecin du travail, seul habilité à constater une inaptitude au travail, peut faire l'objet tant de la part de l'employeur que du salarié d'une contestation devant le conseil de prud'hommes saisi en la forme des référés qui peut examiner les éléments de toute nature ayant conduit au prononcé de l'avis. En l'absence d'un tel recours, celui-ci s'impose aux parties et au juge saisi de la contestation du licenciement. 9. Pour dire que le licenciement du salarié est dépourvu de cause réelle et sérieuse et condamner l'employeur à payer au salarié diverses sommes à ce titre, l'arrêt retient que l'article R. 4624-45 du code du travail ne précise rien s'agissant d'une contestation portant sur des éléments qui ne sont pas de nature médicale, et que l'appelant, qui soulève que l'avis d'inaptitude a été rendu par rapport à un poste de coordonnateur qui n'est pas reconnu comme étant celui auquel il était affecté au moment de la déclaration d'inaptitude, peut contester l'avis d'inaptitude devant le conseil de prud'hommes dans le cadre d'une contestation du licenciement pour inaptitude prononcé, en se fondant sur un non-respect de la procédure de constat d'inaptitude, l'analyse du poste occupé étant déterminante pour ce constat, peu important que l'état de santé du salarié fasse finalement obstacle à tout reclassement dans un emploi. 10. En statuant ainsi, alors que le salarié ne pouvait contester devant les juges du fond la légitimité de son licenciement pour inaptitude au motif que le médecin du travail aurait utilisé un terme inexact pour désigner son poste de travail, la cour d'appel a violé les textes susvisés. Portée et conséquences de la cassation 11. Le moyen ne formulant aucune critique contre les motifs de l'arrêt fondant la décision de condamner l'employeur au paiement d'une somme à titre de complément de l'indemnité de licenciement, la cassation ne peut s'étendre à cette disposition de l'arrêt qui n'est pas dans un lien de dépendance avec les dispositions de l'arrêt critiquées par ce moyen. 12. La cassation des chefs de dispositif disant que le licenciement est dépourvu de cause réelle et sérieuse, condamnant l'employeur au paiement de diverses sommes au titre de l'indemnité compensatrice de préavis, des congés payés afférents et de dommages-intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, lui ordonnant de remettre un bulletin de salaire de mai 2018 et une attestation Pôle emploi modifiés et ordonnant le remboursement par l'employeur à l'organisme Pôle emploi concerné des indemnités de chômage éventuellement payées au salarié dans la limite de six mois n'emporte pas celle des chefs de dispositif de l'arrêt le condamnant aux dépens ainsi qu'au paiement d'une somme en application de l'article 700 du code de procédure civile, justifiés par d'autres condamnations prononcées à l'encontre de celui-ci.

Questions fréquentes

Puis-je contester mon licenciement pour inaptitude si le médecin du travail s'est trompé sur mon poste ?
Non, si vous n'avez pas contesté l'avis d'inaptitude dans les délais, celui-ci s'impose au juge. Vous ne pouvez pas invoquer une erreur de terminologie du médecin du travail pour contester la légitimité du licenciement.
Quels sont les recours contre un avis d'inaptitude ?
L'employeur ou le salarié peut contester l'avis d'inaptitude devant le conseil de prud'hommes saisi en la forme des référés, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'avis.
Le juge peut-il remettre en cause l'avis du médecin du travail lors d'un licenciement pour inaptitude ?
Non, en l'absence de recours contre l'avis d'inaptitude, celui-ci s'impose au juge saisi de la contestation du licenciement. Le juge ne peut pas examiner le bien-fondé de l'avis.
Que faire si l'avis d'inaptitude contient une erreur sur mon poste de travail ?
Vous devez contester l'avis d'inaptitude devant le conseil de prud'hommes en référé dans les 15 jours suivant sa notification. Passé ce délai, l'avis devient définitif et vous ne pourrez plus invoquer cette erreur.
L'absence de contestation de l'avis d'inaptitude empêche-t-elle de contester le licenciement ?
Oui, l'avis d'inaptitude non contesté s'impose au juge. Vous ne pouvez pas contester la légitimité du licenciement en invoquant une erreur dans l'avis.
Quelle est la procédure pour contester un avis d'inaptitude ?
La contestation se fait devant le conseil de prud'hommes saisi en la forme des référés. Le juge peut examiner tous les éléments ayant conduit à l'avis.

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