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Cour d'appel, 1ère chambre sociale, 15 février 2024 — n° 22/02430

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Synthèse de la décision

Question juridique

Le refus par le salarié de postes de reclassement modifiant son contrat de travail (fonctions, temps de travail, salaire) est-il abusif et le prive-t-il de l'indemnité spéciale de licenciement ?

Principe retenu

Le refus par le salarié de postes de reclassement qui impliquent une modification de son contrat de travail (fonctions, temps de travail, salaire) ne peut être considéré comme abusif, même si ces modifications sont nécessaires pour répondre aux préconisations du médecin du travail. Dès lors, le salarié conserve le droit à l'indemnité spéciale de licenciement prévue en cas d'inaptitude d'origine professionnelle.

Faits clés

  • Salarié embauché le 22 septembre 1975 comme peintre confirmé, dernier poste de 'peintre liquide confirmé'
  • Maladie professionnelle reconnue le 2 février 2016
  • Déclaré inapte à son poste le 19 juin 2017
  • Licencié le 25 janvier 2021 pour inaptitude et impossibilité de reclassement
  • Employeur a proposé quatre postes de reclassement à temps partiel (18h/semaine) avec salaire réduit (environ 882-898€ brut)

Articles cités

article 700 du code de procédure civile article 450 du code de procédure civile

Dispositif

PAR CES MOTIFS , LA COUR, - Confirme le jugement - Y ajoutant - Condamne la SAS Gosselin à verser à M. [N] 1 200€ supplémentaires en application de l'article 700 du code de procédure civile - Condamne la SAS Gosselin aux dépens de l'instance d'appel LA GREFFIÈRE LA PRÉSIDENTE E. GOULARD L. DELAHAYE

Exposé du litige

FAITS ET PROCÉDURE Embauché à compter du 22 septembre 1975 comme peintre confirmé par la SAS Gosselin, M. [U] [N] y exerçait, en dernier lieu, les fonctions de 'peintre liquide confirmé'. Le 2 février 2016, lui a été reconnue l'existence d'une maladie professionnelle. Déclaré inapte à son poste le 19 juin 2017, il a été licencié le 25 janvier 2021 pour inaptitude et impossibilité de reclassement. Le 14 juin 2021, il a saisi le conseil de prud'hommes de Caen pour obtenir le paiement du reliquat de l'indemnité spéciale de licenciement non versée par la SAS Gosselin. Par jugement du 7 septembre 2022, le conseil de prud'hommes a condamné la SAS Gosselin à verser à M. [N] 25 985,76€ à ce titre avec intérêts au taux légal à compter du 16 juin 2021, outre 1 200€ en application de l'article 700 du code de procédure civile. La SAS Gosselin a interjeté appel du jugement. Vu le jugement rendu le 7 septembre 2022 par le conseil de prud'hommes de Caen Vu les dernières conclusions de la SAS Gosselin, appelante, communiquées et déposées le 15 décembre 2022, tendant à voir le jugement réformé, à voir M. [N] débouté de ses demandes et condamné à lui verser 2 000€ en application de l'article 700 du code de procédure civile Vu les dernières conclusions de M. [N], intimé, communiquées et déposées le 14 mars 2023, tendant à voir le jugement confirmé et à voir la SAS Gosselin condamnée à lui verser 1 200€ supplémentaires en application de l'article 700 du code de procédure civile Vu l'ordonnance de clôture rendue le 15 novembre 2023

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION La SAS Gosselin fait valoir que M. [N] a refusé de manière abusive les postes de reclassement proposés et n'est donc pas fondé à obtenir paiement de l'indemnité spéciale de licenciement due aux salariés licenciés à raison d'une inaptitude d'origine professionnelle. Il est constant que M. [N] exerçait en dernier lieu, à plein temps, des fonctions de 'peintre liquide confirmé' pour un salaire brut mensuel de 1 797,42€. La SAS Gosselin lui a proposé les postes de reclassement suivants : - le 6 juillet 2017, un poste d'assistant administratif à temps partiel (18H hebdomadaires) moyennant un salaire brut de 882,20€ - le 2 octobre 2017, un poste d'opérateur contrôleur sur ligne à temps partiel (18H hebdomadaires) moyennant un salaire brut de 882,20€ - le 1er mars 2018, un poste de standardiste à temps partiel (18H hebdomadaires) moyennant un salaire brut de 882,20€ - le 21 décembre 2019, un poste d'opérateur contrôleur sur ligne à temps partiel (18H hebdomadaires) moyennant un salaire brut de 898,71€. Toutes ces propositions impliquaient une modification du contrat de travail quant aux fonctions exercées, au temps de travail et au salaire. Dès lors, le refus opposé par le salarié à ces propositions ne saurait être considéré comme abusif même si ces modifications étaient, comme le soutient la SAS Gosselin, nécessaires pour répondre aux préconisations du médecin du travail. Les refus opposés par le salarié aux propositions de reclassement n'étant pas abusives, il peut prétendre à l'indemnité spéciale de licenciement. La somme réclamée et allouée par le conseil de prud'hommes au titre du reliquat restant dû n'étant pas contestée, le jugement sera confirmé quant à la condamnation prononcée et quant au point de départ du cours des intérêts au taux légal sur cette somme. Il serait inéquitable de laisser à la charge de M. [N] ses frais irrépétibles. La somme allouée par le conseil de prud'hommes sera confirmée, y seront ajoutés 1 200€ pour les frais exposés au titre de l'instance d'appel. DÉCISION

Questions fréquentes

Puis-je refuser un poste de reclassement qui réduit mon salaire et mon temps de travail sans perdre mon indemnité de licenciement ?
Oui, selon la cour d'appel de Caen dans cette affaire, le refus d'un poste de reclassement qui modifie le contrat de travail (fonctions, temps de travail, salaire) n'est pas abusif, même si la modification est nécessaire pour respecter les préconisations du médecin du travail. Vous conservez donc le droit à l'indemnité spéciale de licenciement.
Qu'est-ce que l'indemnité spéciale de licenciement pour inaptitude d'origine professionnelle ?
C'est une indemnité majorée due au salarié licencié pour inaptitude lorsque celle-ci a une origine professionnelle (maladie professionnelle ou accident du travail). Elle est calculée selon des règles spécifiques et peut être plus élevée que l'indemnité légale de licenciement.
Mon employeur peut-il me licencier si je refuse un poste de reclassement ?
Oui, l'employeur peut vous licencier pour inaptitude et impossibilité de reclassement si vous refusez les postes proposés. Cependant, si le refus n'est pas abusif (par exemple parce que le poste modifie votre contrat), vous conservez le droit à l'indemnité spéciale de licenciement.
Que faire si mon employeur ne me propose que des postes très différents de mon poste initial ?
Vous pouvez refuser ces postes sans être considéré comme abusif, car ils modifient votre contrat de travail. Vous devez toutefois être licencié pour inaptitude et impossibilité de reclassement, et vous aurez droit à l'indemnité spéciale de licenciement.
Puis-je prétendre à l'indemnité spéciale si j'ai refusé plusieurs postes de reclassement ?
Oui, tant que vos refus ne sont pas abusifs. Dans cette affaire, le salarié a refusé quatre postes, tous à temps partiel avec salaire réduit, et la cour a jugé que ces refus n'étaient pas abusifs, lui accordant l'indemnité spéciale.
Mon employeur doit-il me proposer des postes équivalents en termes de salaire et d'horaires ?
Non, l'obligation de reclassement n'impose pas de proposer des postes équivalents. L'employeur doit proposer des postes compatibles avec les préconisations du médecin du travail, même s'ils impliquent une modification du contrat. Cependant, vous pouvez les refuser sans perdre vos droits.

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