Cour de cassation, chambre sociale, 16 octobre 2024 — n° 23-13.002
Synthèse de la décision
Question juridique
Le refus par le salarié inapte d'un poste de reclassement proposé implique-t-il à lui seul que l'employeur a satisfait à son obligation de recherche de reclassement ?
Principe retenu
Le refus par le salarié inapte du poste de reclassement proposé n'implique pas à lui seul le respect de l'obligation de recherche de reclassement par l'employeur. Il appartient à l'employeur d'établir qu'il ne dispose d'aucun autre poste compatible avec l'état de santé du salarié.
Faits clés
- Salariée déclarée inapte à son poste par le médecin du travail le 28 novembre 2016
- L'employeur a proposé un seul poste de reclassement le 26 janvier 2017 (manager sinistres construction à La Roche-sur-Yon)
- Le poste proposé entraînait une baisse de rémunération et de classification
- Les ressources humaines du groupe avaient indiqué l'existence d'au moins deux postes disponibles compatibles
- La salariée a refusé le poste proposé le 1er février 2017
Articles cités
article L. 1226-2 du code du travail
Exposé du litige
Faits et procédure
1. Selon l'arrêt attaqué (Poitiers, 20 janvier 2022), Mme [M] a été engagée en qualité de responsable unité organisation/coordination par le GIE Logistic le 13 mars 2012 et a été affectée au service maintenance et sécurité des sites extérieurs dépendant de la direction « Covea Immobilier ».
2. Selon un avis du 28 novembre 2016, le médecin du travail l'a déclarée inapte à son poste et apte à un autre poste dans un autre département de l'entreprise.
3. Licenciée le 27 mars 2017 pour inaptitude et impossibilité de reclassement, la salariée a saisi la juridiction prud'homale.
Motivations de la décision
Réponse de la Cour
Recevabilité du moyen
5. L'employeur conteste la recevabilité du moyen. Il soutient que celui-ci, mélangé de fait et de droit, est nouveau.
6. La salariée soutenait devant la cour d'appel qu'un seul poste lui avait été proposé alors que deux postes de reclassement avaient été identifiés.
7. Le moyen est donc recevable.
Bien-fondé du moyen
Vu l'article L. 1226-2 du code du travail dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur de la loi n° 2016-1088 du 8 août 2016 :
8. Selon ce texte, lorsqu'à l'issue de la suspension du contrat de travail consécutive à une maladie ou un accident non professionnel, le salarié est déclaré inapte par le médecin du travail à reprendre l'emploi qu'il occupait précédemment, l'employeur lui propose un autre emploi approprié à ses capacités. Cette proposition prend en compte les conclusions écrites du médecin du travail et les indications qu'il formule sur les capacités du salarié à exercer l'une des tâches existantes dans l'entreprise. L'emploi proposé est aussi comparable que possible à l'emploi précédemment occupé, au besoin par la mise en oeuvre de mesures telles que mutations, transformations de postes de travail ou aménagement du temps de travail.
9. Pour dire que le licenciement repose sur une cause réelle et sérieuse, l'employeur ayant satisfait à son obligation de recherche de reclassement conforme aux préconisations du médecin du travail, l'arrêt constate que l'employeur a interrogé les responsables des services des ressources humaines MAAF/MMA, que le 17 janvier 2017 il lui a été indiqué que deux postes étaient disponibles, que le 26 janvier 2017, l'employeur a proposé un poste de manager sinistres construction à la MMA [Localité 3] à la salariée qui l'a refusé le 1er février 2017 en indiquant, notamment, que cette proposition entraînait un déclassement fonctionnel et salarial inacceptable.
10. L'arrêt retient ensuite que la seule circonstance qu'aucun poste correspondant, en termes de fonctions et rémunération à l'emploi dont la salariée était titulaire avant la déclaration d'inaptitude, n'était disponible, est insuffisante à caractériser un manquement de l'employeur à son obligation de recherche loyale et sérieuse de reclassement.
11. En statuant ainsi, alors que le refus par la salariée du poste de reclassement proposé n'implique pas à lui seul le respect de l'obligation de recherche de reclassement par l'employeur, la cour d'appel, qui n'a pas tiré les conséquences légales de ses constatations, a violé le texte susvisé.
Dispositif
PAR CES MOTIFS, la Cour :
CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu'il déboute Mme [M] de ses demandes en nullité du licenciement et en dommages-intérêts fondées sur le harcèlement moral et le manquement de l'employeur à son obligation de sécurité et de prévention des risques psycho-sociaux, l'arrêt rendu le 20 janvier 2022, entre les parties, par la cour d'appel de Poitiers ;
Remet, sauf sur ces points, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel d'Angers ;
Condamne le GIE Logistic aux dépens ;
En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette la demande formée par le GIE Logistic et le condamne à payer à Mme [M] la somme de 3 000 euros ;
Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement cassé ;
Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre sociale, et prononcé par le président en son audience publique du seize octobre deux mille vingt-quatre.
Questions fréquentes
L'employeur doit-il proposer plusieurs postes de reclassement ?
Oui, l'employeur doit rechercher loyalement tous les postes disponibles compatibles avec l'état de santé du salarié, y compris dans le groupe. Proposer un seul poste peut être insuffisant.
Que faire si le poste proposé est moins bien rémunéré ?
Vous pouvez refuser le poste, mais cela n'implique pas que l'employeur a satisfait à son obligation. Il doit démontrer qu'aucun autre poste compatible n'existe.
Le refus d'un poste de reclassement justifie-t-il automatiquement le licenciement ?
Non, le refus du salarié ne dispense pas l'employeur de prouver qu'il a recherché loyalement tous les postes disponibles. La Cour de cassation a cassé un arrêt qui avait jugé le contraire.
Qu'est-ce que l'obligation de reclassement dans le groupe ?
L'employeur doit rechercher un reclassement au sein de l'entreprise et, le cas échéant, du groupe auquel elle appartient, parmi les entreprises dont les activités permettent la permutation du personnel.
Comment prouver que l'employeur n'a pas respecté son obligation ?
Il faut démontrer que d'autres postes compatibles existaient (par exemple, via des échanges avec les RH du groupe) et que l'employeur ne les a pas proposés.
Quels sont les recours en cas de licenciement pour inaptitude abusif ?
Vous pouvez saisir le conseil de prud'hommes pour contester le licenciement et demander des dommages-intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse.
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