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Cour d'appel, chambre sociale-2ème sect, 2 avril 2026 — n° 25/01234

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Synthèse de la décision

Question juridique

La prise d'acte de la rupture du contrat de travail produit-elle les effets d'un licenciement nul ou sans cause réelle et sérieuse ?

Principe retenu

La prise d'acte de la rupture d'un contrat de travail peut produire les effets d'un licenciement nul ou sans cause réelle et sérieuse si le salarié démontre un manquement contractuel de l'employeur. En l'absence de preuve de ce manquement, la prise d'acte peut être considérée comme une démission.

Faits clés

  • M. [T] [S] a été engagé sous contrat à durée indéterminée par la société [3].
  • Son contrat a été transféré à la SAS [2] le 1er juillet 2015.
  • M. [T] [S] a été licencié pour faute grave le 3 septembre 2021, licenciement annulé par la Cour d'appel de Metz.
  • Le 5 septembre 2023, M. [T] [S] a refusé un contrat de travail proposé par la SAS [2].
  • Le 19 octobre 2023, M. [T] [S] a pris acte de la rupture de son contrat de travail.

Dispositif

PAR CES MOTIFS La Cour, chambre sociale, statuant par arrêt contradictoire mis à disposition au greffe et après débats en audience publique et après en avoir délibéré, CONFIRME le jugement rendu le 23 avril 2025 par le conseil de prud'hommes de Nancy dans le litige opposant M. [T] [S] à la SAS [1] ; Y ajoutant: CONDAMNE M. [T] [S] aux dépens d'appel ; DEBOUTE les parties de leurs demandes sur le fondement des dispositions de de l'article 700 du code de procédure civile ; Ainsi prononcé par mise à disposition de l'arrêt au greffe de la cour, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article 450 du code de procédure civile. Et signé par Monsieur Raphaël WEISSMANN, Président de Chambre, et par Madame Laurène RIVORY, Greffier. LE GREFFIER LE PRESIDENT DE CHAMBRE Minute en six pages

Exposé du litige

EXPOSÉ DU LITIGE ET PRÉTENTIONS RESPECTIVES DES PARTIES. M. [T] [S] a été engagé sous contrat de travail à durée indéterminée par la société [3] en qualité d'agent de sécurité, affecté au [Adresse 3] à [Localité 4] ; son contrat a été transféré à la SAS [2], devenue la SAS [1], à compter du 1er juillet 2015, avec reprise d'ancienneté au 31 août 2012. La convention collective nationale des entreprises de prévention et de sécurité s'applique au contrat de travail. Dans le cadre d'une procédure judiciaire prud'homale intentée par M. [T] [S], la SAS [2] a été condamnée par un arrêt de la Cour d'appel de Metz rendu le 31 mai 2023 au paiement de sommes indemnitaires avec intérêts au taux légal suite à l'annulation du licenciement pour faute grave du salarié notifié le 3 septembre 2021, outre la remise d'un contrat de travail conforme au titre du transfert de son contrat de travail le 1er juillet 2015 et la fourniture d'un emploi conforme. Le 5 septembre 2023, la SAS [2] a adressé à M. [T] [S] un contrat de travail, qu'il a refusé de signer considérant qu'il ne respectait pas la condition du secteur géographique précis. Par courrier du 5 octobre 2023, M. [T] [S] a mis en demeure la SAS [4] à régulariser l'exécution de la décision intervenue d'une part, quant à la remise d'un contrat de travail conforme, et d'autre part, quant au règlement des intérêts au taux légal. Par lettre recommandée avec accusé de réception du 19 octobre 2023, M. [T] [S] a pris acte de la rupture de son contrat de travail, avec sortie des effectifs de la société le 30 octobre 2023. Par courrier du 3 novembre 2023, la SAS [4] a contesté les griefs reprochés par le salarié. Par requête du 4 avril 2024, M. [T] [S] a saisi le conseil de prud'hommes de Nancy, aux fins de : - dire et juger que la prise d'acte de la rupture de son contrat de travail produit les effets d'un licenciement nul, ou à titre subsidiaire sans cause réelle et sérieuse, - en conséquence, condamner la SAS [4] au paiement des sommes suivantes : - 10 000 euros de dommages et intérêts pour exécution fautive du contrat de travail, - 3 952,96 euros bruts à titre d'indemnité compensatrice de préavis, - 395,29 euros de congés payés afférents, - 1 976,48 euros bruts à titre de rappel de salaire, - 197,64 euros bruts de congés payés afférents, - 5 600,02 euros à titre d'indemnité légale de licenciement, - 50 000 euros à titre d'indemnité pour licenciement nul ou à titre subsidiaire sans cause réelle et sérieuse, - 5 000 euros de dommages et intérêts pour préjudice moral, - 3 000 euros en application de l'article 700 du code de procédure civile, outre les entiers frais et dépens de l'instance, - ordonner à la SAS [2] la remise d'un bulletin de paie, d'un certificat de travail et d'une attestation PÔLE EMPLOI conforme sous astreinte de 50 euros par document et par jour de retard, - ordonner l'exécution provisoire de la décision à intervenir. Vu le jugement du conseil de prud'hommes de Nancy rendu le 23 avril 2025 qui a : - dit et jugé que la prise d'acte de la rupture du contrat de travail de M. [T] [S] doit être requalifiée en démission, - débouté M. [T] [S] de l'intégralité de ses demandes, - condamné M. [T] [S] à verser à la SAS [2] la somme de 2 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile, - condamné M. [T] [S] aux entiers frais et dépens éventuels de l'instance. Vu l'appel formé par M. [T] [S] le 3 juin 2025, Vu l'article 455 du code de procédure civile, Vu les conclusions de M. [T] [S] déposées sur le RPVA le 27 août 2025, et celles de la SAS [1] déposées sur le RPVA le 20 novembre 2025, Vu l'ordonnance de clôture rendue le 3 décembre 2025, M. [T] [S] demande à la cour : - d'infirmer le jugement du conseil de prud'hommes de Nancy en ce qu'il a : - dit et jugé que la prise d'acte de la rupture du contrat de travail doit être requalifiée en démission, - l'a débouté de l'intégralité de ses demandes,

Motivations de la décision

SUR CE, LA COUR ; La cour renvoie pour plus ample exposé des prétentions et moyens des parties aux conclusions déposées sur le RPVA par M. [T] [S] le 27 août 2025 et par la SAS [1] le 20 novembre 2025. M. [T] [S] demande de voir constater que la prise d'acte de la rupture du contrat présente la nature d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse. Il expose que la cour d'appel de Metz, dans son arrêt du 31 mai 2023, a enjoint à la SAS [1] la poursuite du contrat et la remise d'un avenant conforme aux dispositions de la convention collective, ainsi que de régler les intérêts des condamnations prononcées ; que toutefois, la société a refusé d'appliquer cette décision en n'établissant pas le contrat, en ne fournissant pas de travail et en ne réglant pas les intérêts ; qu'en particulier, la SAS [1] lui a imposé des affectations géographiques au mépris de la clause de mobilité ainsi que des services de nuit. La SAS [1] s'oppose à la demande ; elle soutient que les affectations proposées à M. [T] [S] étaient conformes à la clause de mobilité prévue au contrat, document que le salarié est dans l'incapacité de produire ; que M. [S] ne s'est pas rendu sur les affectations qui lui ont été désignées ce qui a justifié l'absence de paiement des rémunérations ; qu'enfin, le délai de règlement des intérêts des condamnations prononcées est dû à la complexité des calculs nécessaires pour y procéder. Motivation. Il résulte de la combinaison des articles L.1231-1, L.1237-2 et L.1235-1 du code du travail que la prise d'acte permet au salarié de rompre le contrat de travail en cas de manquement suffisamment grave de l'employeur qui empêche la poursuite du contrat de travail. En cas de prise d'acte de la rupture du contrat de travail par le salarié, cette rupture produit, soit les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse si les faits invoqués la justifiaient, soit, dans le cas contraire, d'une démission. Il appartient au salarié d'établir les faits qu'il allègue à l'encontre de l'employeur. Sur le paiement des intérêts des condamnations. C'est par une exacte appréciation des éléments de la cause, et en particulier de la pièce n° B 19 du dossier de la SAS [1] que les premiers juges ont relevé que si la société, qui a réglé le principal des condamnations prononcées par la cour d'appel de Metz dans son arrêt du 31 mai 2023 (pièce n° 2 id), n'a pas réglé les intérêts légaux relatifs à ces sommes dans le délai prévu par cette décision, le calcul de ces intérêts s'est révélé très difficile et a justifié des échanges entre les avocats des parties. Dès lors, cet élément n'a pas eu pour effet de rendre impossible le maintien des relations contractuelles. - Sur l'exécution du contrat. Il ressort des dispositions de l'arrêt du 31 mai 2023 que la SAS [1] devait remettre à M. [T] [S] un contrat de travail respectant les clauses prévues par le contrat initialement conclu avec la société [3] et ce dans le délai d'un mois suivant la notification de cet arrêt ; La SAS [1] produit un contrat en date du 29 août 2023 (pièce n° B 5 de son dossier). Ce délai n'a pas eu pour effet de rendre impossible le maintien de la relation contractuelle. Il convient de relever à titre préliminaire qu'aucune des deux parties ne produit le contrat liant M. [S] à la société [3]. M. [T] [S] soutient que la SAS [1] n'a pas respecté les dispositions du contrat d'origine en ce que le contrat qu'elle lui a soumis comprenait une clause de mobilité s'étendant sur les départements de la Moselle, la Meurthe-et-Moselle et la Meuse alors que la clause de mobilité géographique originelle limitait la zone d'affectation à l'agglomération de [Localité 4], et qu'elle l'a affecté à [Localité 5]. Toutefois, M. [T] [S], qui ne justifie pas des clauses contractuelles originelles, ne justifie pas que sa zone de mobilité se limitait à l'agglomération de Nancy, étant précisé que, dans le cadre de la procédure diligentée devant la cour d'appel de Metz, avaient été produits les contrats de deux autres salariés concernés par le transfert, M. [G] et [I], la cour relevant que ces contrats précisaient que ces salariés pouvaient âtre amenés à exécuter leur contrat de travail dans la région Moselle, Meurthe et Moselle et Meuse ; que M. [S] ne démontre donc pas que sa mobilité étant contractuellement réduite à l'agglomération de [Localité 4]. Par ailleurs, en l'absence de production du contrat liant avec la société [3] à M. [T] [S], celui-ci ne démontre pas qu'il ne devait travailler que le jour. Il ressort des pièces n° B 6 et B 7 du dossier de la SAS [1] que celle-ci a affecté M. [S] à compter du 5 septembre 2023 sur un site se trouvant à [Localité 5], dans le département de la Moselle, et que le salarié ne s'est pas présenté sur ces lieux. M. [T] [S] ne démontrant un manquement contractuel de la SAS [1], la prise d'acte présente la nature d'une démission. En conséquence, la décision entreprise sera confirmée. M. [T] [S] qui succombe supportera les dépens d'appel. Il n'apparaît pas inéquitable de laisser aux parties la charge des frais irrépétibles qu'elles ont supportés ; les demandes sur ce point seront rejetées.

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