Tribunal judiciaire, chambre des référés, 10 avril 2026 — n° 25/01358
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les obligations de l'usufruitier en matière de charges de copropriété ?
Principe retenu
L'usufruitier est tenu au règlement des charges de copropriété dites 'récupérables' en vertu des articles 605 et 608 du code civil. Toutefois, il est nécessaire de déterminer précisément quelles charges incombent à l'usufruitier et lesquelles relèvent du nu-propriétaire.
Faits clés
- La SCI MPCS est adjudicataire du bien en nue-propriété.
- Madame [W] [Z] vit en qualité d'usufruitière dans le bien.
- La SCI MPCS a assigné Madame [W] [Z] pour non-paiement des charges de copropriété.
- Madame [W] [Z] n'a pas comparu à l'audience.
- Aucune ventilation claire des charges entre l'usufruitier et le nu-propriétaire n'a été fournie.
Articles cités
article 472 du code de procédure civile
article 442 du code de procédure civile
article 444 du code de procédure civile
article 605 du code civil
article 608 du code civil
Exposé du litige
EXPOSÉ DU LITIGE
La SCI MPCS est adjudicataire du bien en nue-propriété sis [Adresse 5], dans lequel Madame [W] [Z] vit en qualité d’usufruitière.
Par acte de commissaire de justice en date 23 octobre 2024, la SCI MPCS a fait assigner Madame [W] [Z], en sa qualité d’usufruitière devant le juge des référés du tribunal judiciaire de Nice aux fins de voir :
juger que Madame [W] [Z] a la qualité d’usufruitière et doit à ce titre à la copropriété [Localité 5] ; juger que cela ne souffre d’aucune contestation sérieuse ; juger que la SCI MPCS a avancé les charges auprès du syndicat des copropriétaires JUSSIEU [X] pour l’année 2023 et l’année 2024En conséquence :
condamner Madame [W] [Z] a remboursement à titre provisionnel la SCI MPCS de la somme de 5276,76 euros augmentée de la somme de 1972,50 euros correspondant au dernier appel de fonds de l’année 2024, soit la somme globale de 7249,26 euros à titre provisionnel ; condamner Madame [W] [Z] à la somme de 1500 euros au titre des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile et aux entiers dépens.
Elle expose que Madame [W] [Z] ne règle pas les charges relevant de sa qualité d’usufruitière, et qu’elle est donc contrainte d’avancer les charges qui incombent en dernier lieu à Madame [Z]. Elle soutient avoir réglé les sommes réclamées par le syndicat des copropriétaires, à savoir la somme de 5276,48 euros comprenant les dépens et la somme de 1000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile résultant d’une précédente procédure, et que malgré plusieurs relances, aucune somme n’a été réglée.
Madame [W] [Z], régulièrement assignée n’a pas comparu.
L’affaire a été mise en délibéré au 10 avril 2026.
Motivations de la décision
MOTIFS
En application de l’article 472 du code de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparait pas, le juge ne fait droit à la demande que s’il l’estime recevable et bien fondée.
Sur la réouverture des débats
Aux termes de l’article 442 du code de procédure civile, « Le président et les juges peuvent inviter les parties à fournir les explications de droit ou de fait qu'ils estiment nécessaires ou à préciser ce qui paraît obscur. »
En application de l’article 444 du même code, le président peut ordonner la réouverture des débats. Il doit le faire chaque fois que les parties n'ont pas été à même de s'expliquer contradictoirement sur les éclaircissements de droit ou de fait qui leur avaient été demandés.
En l’espèce, la SCI MPCS est adjudicataire du bien en nue-propriété sis [Adresse 5], dans lequel Madame [W] [Z] vit en qualité d’usufruitière.
Il résulte des dispositions des articles 605 et 608 du code civil, que l’usufruitier est tenu au règlement des charges de copropriété dites « récupérables » et relevant en effet de son statut d’occupant.
Toutefois, il ressort des pièces versées aux débats qu’aucun décompte ne permet d’identifier clairement quelles charges incombent exactement à Madame [W] [Z] en sa qualité d’usufruitière, et lesquels demeurent à la charge du nu-propriétaire.
Il convient par conséquent de ré-ouvrir les débats afin que la SCI MPCS puisse donner des explications quant à la ventilation des sommes relevant de la nue-propriété et de celles relevant de l’usufruitier.
Dans l’attente les dépens seront réservés.
PAR CES MOTIFS
Nous, Juge des référés du Tribunal judiciaire de Nice, statuant publiquement, par jugement avant dire droit, réputée contradictoire, en premier ressort et prononcée par mise à disposition au greffe, avis préalablement donné,
ORDONNONS la réouverture des débats à l’audience du 25 juin 2026 à 9 heures aux fins de permettre à la SCI MPCS d’apporter toutes précisions utiles quant à la ventilation des sommes relevant de la nue-propriété et de celles relevant de l’usufruitier ;
RESERVONS les dépens ;
RAPPELONS que la présente décision est exécutoire de plein droit à titre provisoire.
Dispositif
En conséquence, la République française mande et ordonne à tous huissiers de justice, sur ce requis, de mettre ladite ordonnance à exécution, aux procureurs généraux et aux procureurs de la République près les tribunaux judiciaires d'y tenir la main, à tous commandants et officiers de la force publique de prêter main-forte lorsqu'ils en seront légalement requis.
En foi de quoi, la présente ordonnance a été signée par le juge des référés et le greffier.
LE GREFFIER LE JUGE DES RÉFÉRÉS
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