SUR CE,
Sur la demande de mesure d'instruction
Aux termes de l'article 145 du code de procédure civile, s'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige, les mesures d'instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé sur requête ou en référé.
Pour ordonner une expertise en application de ce texte, le juge des référés doit constater l'existence d'un procès « en germe », possible et non manifestement voué à l'échec, dont la solution peut dépendre de la mesure d'instruction sollicitée, l'expertise judiciaire ordonnée doit être utile et pertinente et n'impliquer aucun préjugé sur la responsabilité des parties appelées à la procédure ni sur les chances de succès du procès susceptible d'être ultérieurement engagé.
Ainsi, si le demandeur à la mesure d'instruction n'a pas à démontrer l'existence des faits qu'il invoque puisque cette mesure in futurum est justement destinée à les établir, il doit néanmoins justifier d'éléments rendant crédibles ses suppositions et démontrer que le litige potentiel n'est pas manifestement voué à l'échec, la mesure devant être de nature à améliorer la situation probatoire du demandeur. De plus, si la partie demanderesse dispose d'ores et déjà de moyens de preuves suffisants pour conserver ou établir la preuve des faits litigieux, la mesure d'instruction demandée est dépourvue de toute utilité et doit être rejetée. Enfin, ni l'urgence ni l'absence de contestation sérieuse ne sont des conditions d'application de ce texte.
Enfin l'existence de contestations sérieuses au sens de l'article 834 du code de procédure civile est indifférente dans l'appréciation du motif légitime de l'article 145 du même code.
Il est constant que par jugement rendu le 25 avril 2019, le tribunal judiciaire de Paris a relevé que l'expert désigné avait mentionné dans son rapport que les désordres affectant l'appartement trouvaient leur origine dans :
L'infiltration d'eau en provenance de la chute en fonte, partie commune de la copropriété,
Des fuites anciennes en provenance du WC commun,
Les installations privatives des chambres de services appartenant aux consorts [G] et du WC broyeur.
Il résulte de ce jugement également que :
M. [G] [B], le syndicat des copropriétaires et la société Cabinet Lema immobilier ont été déclarés responsables à hauteur respectivement de 30,65 et 5% des désordres par infiltration ayant affecté l'entrée du couloir de l'appartement de la SCI Marbeuf 5,
M. [G] [B] et le syndicat des copropriétaires ont été déclarés responsables à hauteur respectivement de 80 et 20% des désordres par infiltrations ayant affecté le salon, l'entrée principale, la salle à manger et l'entrée du couloir de l'appartement de la SCI Marbeuf,
M. [G] [B] a été déclaré responsable des désordres par infiltrations ayant affecté les WC de l'appartement de la SCI Marbeuf 5.
Dans le cadre de la présente instance, la SCI Marbeuf 5, exposant que des fissures sont apparues dans le courant du mois de mai 2021, au niveau du plafond du grand séjour sur le voile en béton, produit, outre les déclarations de sinistre auxquelles elle a procédé les 11 mai 2021, 25 février 2024 et le 8 septembre 2024, un procès-verbal de constat établi le 17 septembre 2024 par la SCP ABC justice, commissaire de justice, dont il résulte les constatations suivantes :
« J'observe en plafond, le support et la chaîne d'un précédent lustre qui pend avec un fil électrique dénudé à son extrémité. Madame [U] me déclare qu'un important lustre s'est décroché il y a environ 2 ou 3 jours. J'observe en plafond des fissures occupant toute la profondeur du salon. De ces fissures naissent des tâches d'humidité en pourtour. Il semblerait qu'il y ait des infiltrations en toiture. par endroits la peinture commence même à s'écailler et à se dégrader ' CIRCULATION A DROITE SUR ENTREE Dans l'aile droite de l'appartement, tout au fond, avant l'accès à la dernière chambre, s'est formée une importante fissure sur le voile béton occupant toute la hauteur de l'appartement. Cette fissure présente un important désaffleurement. Elle part du faux plafond et redescend jusqu'à la plinthe.
Le faux plafond a également été touché et présente des dégradations avec des fissures. Présence également de dégradations en linteau d'une porte donnant accès à l'avant dernière chambre. Il s'agit de petites fissures parallèles entre elles sur environ 2 mètres de longueur. ENTREE DE L'APPARTEMENT J'ai également pu retrouver d'autres dégradations, avec des fissures traversant toute la profondeur de l'entrée et se poursuivant par endroit en corniche. ». (pièce n°11)
Elle produit également des photographies du grand lustre dit Murano qui a chuté sur le sol du salon de l'appartement (pièce n°10) et enfin le rapport établi par M. [V], expert indépendant, le 26 septembre 2024 dont il ressort que « Les fissures sont apparues au plafond du salon provoquant des infiltrations ainsi qu'au niveau de la verrière et entraînant la chute d'un lustre Murano, étant précisé que ces désordres ont fait suite à des travaux importants de toiture entrepris par le syndic de la copropriété pendant plus de quatre mois. La compagnie d'assurance Axa de la SCI Marbeuf 5 fait appel au cabinet Poly-expert, pour constater les désordres, qui a conclu qu'ils étaient uniquement d'ordre esthétique ce que conteste le demandeur. Plusieurs dégâts des eaux ont eu lieu précédemment dans cet appartement, mais sans aucun lien direct avec le sinistre objet du présent rapport. (') Constat des désordres :
une fissure importante traverse la plafond salon dans le sens de sa largeur ;
des infiltrations ont été également constatées au niveau de la verrière droite malgré les réparations réalisées sur les deux verrières à la demande du Syndic ;
le lustre Murano s'est détaché de son support du fait des vibrations occasionnées par les travaux de toiture'commandés par la copropriété.
Causes des désordres. Les fissures constatées au plafond du salon du demandeur sont la cause des travaux réalisés sur la toiture, qui ont provoqué des vibrations importantes, ce qui a engendrées infiltrations du fait des malfaçons concernant l'étanchéité de la couverture. Les infiltrations constatées au niveau de la verrière droite sont la cause de la mauvaise exécution des travaux d'étanchéité réalisés sous la responsabilité du syndic. La chute du lustre Murano est la cause des travaux réalisés en toiture qui ont fragilisés le plafond du salon. »
Contrairement à ce qu'affirment les consorts [E], la SCI Marbeuf 5 formule certes une demande d'expertise mais ne s'appuie pas exactement sur les mêmes faits que dans l'instance précédentes, de sorte qu'il ne peut lui être sérieusement opposé l'autorité de la chose jugée attachée au jugement rendu le 25 avril 2019.
La SCI Marbeuf 5 au sein de ses écritures en appel soutient que le dégât des eaux qui fait l'objet du présent litige trouverait son origine en réalité « du fait de la non-intervention » sur les modifications anarchiques opérées au niveau des 3 chambres du 6e étage par les consorts [E].
Or, force est de constater, tout d'abord, que la SCI Marbeuf 5 invoque un « nouveau » dégât des eaux « mais fait le lien entre ce désordre et selon elle, les désordres qui ont fait l'objet du jugement entrepris, citant en outre dans la mission d'expertise qu'elle propose les " branchements sauvages au 6e étage de l'immeuble » puis enfin, avec des travaux en toitures réalisés par le syndicat des copropriétaires, qui n'est pas attrait à la cause.