MOTIFS
Mme [S] [F] a été licenciée pour inaptitude et impossibilité de reclassement par courrier en date du 24 mars 2023 rédigé dans les termes suivants :
' Madame,
Nous faisons suite à notre entretien du 21 mars 2023 auquel vous vous êtes présentée.
A la suite de l'avis d'inaptitude émis par le médecin du travail le 02/03/2023, vous avez été déclarée inapte au poste que vous occupiez au sein de notre entreprise.
L'avis conclut ' Inapte. L'état de santé fait obstacle à tout reclassement dans un emploi'.
Nous ne sommes pas en mesure de vous proposer un poste dans notre entreprise, ni même au sein de notre réseau, au titre de votre reclassement, compte tenu de la dispense de recherche de reclassement invoquée par le médecin du travail, à savoir ' L'état de santé fait obstacle à tout reclassement dans un emploi'.
En conséquence, nous vous informons de notre décision de vous licencier pour inaptitude physique médicalement constatée par le médecin du travail sans reclassement possible.
Conformément à l'article L 1226-4 du code du travail, votre contrat de travail est rompu à la date de notification de la présente, étant rappelé que 'le préavis n'est pas exécuté et ne donne pas lieu au versement d'une indemnité compensatrice.'
Nous tenons à votre disposition votre certificat de travail, votre attestation Pôle emploi et votre solde de tout compte.
Par ailleurs, il résulte de l'article 14 de l'Accord National Interprofessionnel du 11 janvier 2008 modifié qu'à cette date vous pouvez garder, pour une durée pouvant aller jusqu'à douze mois, les garanties de prévoyance et de complémentaire santé, qui vous sont applicables dans l'entreprise, sous réserve de bénéficier des allocations du régime d'assurance chômage et de verser votre quote-part de financement. Vous nous confirmerez votre souhait de bénéficier ou non de cette possibilité dans un délai de 10 jours.
Nous vous prions d'agréer, Madame, l'expression de nos salutations distinguées.'
* existence d'une cause réelle et sérieuse ( inaptitude consécutive à manquement de l'employeur)
Le licenciement pour inaptitude physique est dépourvu de cause réelle et sérieuse lorsqu'il est démontré que l'inaptitude est consécutive à un manquement préalable de l'employeur qui l'a provoquée.
Mme [S] [F] soutient que son licenciement est la conséquence de deux manquements de son employeur qui n'a pas respecté son obligation de prévention à son égard en ne lui faisant pas bénéficier des visites d'information et de prévention de la médecine du travail périodiques depuis son embauche en 2015 et en ne prenant pas les mesures de prévention nécessaires faute d'une évaluation pertinente des risques auxquels elle était exposée.
Plus précisément, sur le premier manquement, elle rappelle qu'elle était âgée de plus de 60 ans en 2022, qu'elle exerçait les fonctions d'assistante ménagère depuis plus de 10 ans et était donc amenée à porter des charges (course à faire pour les personnes aidées) et à faire beaucoup de gestes répétitifs (notamment sur les tâches de ménages et d'entretien des domiciles) et considère qu'il est évident que si elle avait pu bénéficier de visites médicales régulières et donc d'une surveillance normale de son état de santé, sa maladie professionnelle aurait pu être évitée notamment par le biais d'aménagement de poste.
la SARL [1] qui ne conteste pas l'absence de visite de prévention et d'information postérieurement à la visite médicale d'embauche fait valoir à juste titre que Mme [S] [F] ne faisant pas l'objet d'un suivi médical renforcé, une telle visite est obligatoire tous les 5 ans et que par suite il ne peut lui être reproché qu'une absence de visite en octobre 2020.
la SARL [1] considère que la première constatation de la maladie professionnelle de Mme [S] [F] étant intervenue en janvier 2022, l'absence de visite médicale en octobre 2020 est sans incidence puisque Mme [S] [F] n'aurait alors présenté aucun symptôme.
Enfin, elle rappelle que Mme [S] [F] a été déclarée apte à son poste de travail sans réserve.
De fait, d'après son dossier médical Mme [S] [F] a été vue par le service de la médecine du travail :
- en février 2010, dans le cadre d'une visite à la demande de l'employeur,
- en mai 2010, dans le cadre d'une visite de reprise après maladie,
- en août 2013 dans le cadre d'une visite périodique d'aptitude,
- en octobre 2015 dans le cadre d'une visite périodique d'aptitude,
et a été déclarée apte sans réserve lors de chacune de ses visites, la suivante n'intervenant qu'en octobre 2022 dans le cadre de la visite de pré-reprise.
S'il est constant que la SARL [1] aurait dû soumettre sa salariée à une visite médicale au plus tard en octobre 2020, force est de constater que cette dernière ne rapporte pas la preuve du lien entre cette absence de visite médicale et le développement de sa maladie professionnelle dont la date de première constatation se situe en janvier 2022.
Elle procède également par affirmation pour soutenir que lors de cette visite qui aurait dû intervenir au plus tard en octobre 2020, le professionnel de santé aurait pu déceler les signes de cette pathologie et aurait procédé à des recommandations d'aménagement de poste alors qu'il n'est pas établi qu'à cette date, elle présentait des symptômes de sa maladie professionnelle.
S'agissant du second manquement, Mme [S] [F] considère que le [3] produit par la SARL [1] n'est clairement pas exploitable ni réalisé de façon valable en l'absence d'historique des risques évalués et des mesures mises en place, ce qui ne permet pas de connaître avec exactitude les risques évalués et les mesures de préventions qui étaient mises en place par l'employeur au moment où elle était victime de sa maladie professionnelle.
Mme [S] [F] observe que de surcroît, il est mentionné que de nouvelles mesures devaient être mises en place en décembre 2023, notamment sur la sensibilisation de posséder du matériel ergonomique, et d'en déduire qu'il est donc certain qu'en 2022 et avant, il n'existait aucune mesure de prévention concernant le matériel utilisé dans le cadre de ses fonctions.
la SARL [1] conteste toute irrégularité de son DUERP qui répond aux exigences légales lesquelles n'imposent pas d'y faire figurer un historique de risques mais uniquement une évaluation comportant un inventaire des risques identifiés dans chaque unité de travail.
la SARL [1] rappelle, sans être utilement contredite par Mme [S] [F], que les interventions des aides à domicile se font au domicile des bénéficiaires, qui mettent à disposition le matériel utilisé et qu'elle-même ne peut que leur recommander de faire des choix tenant compte de l'ergonomie au travail, ce qui est le sens de la mesure mise en place en 2023.
Elle fait valoir par ailleurs, et justifie que Mme [S] [F] a été formée à la prévention des risques et à la sécurité. Elle a obtenu le 16 juin 2016 le certificat APS ASD (Acteur prévention secours du secteur de l'aide et du soin à domicile) grâce auquel elle est capable de « contribuer à la suppression ou à la réduction des risques professionnels auxquels elle était exposée », mais elle n'a jamais fait remonter à son employeur la moindre difficulté dans l'exercice de ses fonctions.
la SARL [1] en conclut que la maladie professionnelle de Mme [S] [F] n'est malheureusement que la conséquence des conditions normales d'exercice de son emploi qui implique la réalisation de mouvements répétitifs susceptibles d'entraîner des troubles musculo squelettiques.
De fait, l'apparition d'une pathologie prise en charge au titre d'une maladie professionnelle n'implique pas de facto des manquements de l'employeur, celle-ci trouvant son origine dans les conditions normales d'exercice de l'activité professionnelle.