MOTIFS DE LA DECISION
Sur l'annulation de l'avertissement notifié le 25 février 2021
5. Selon l'article L.1331-1 du code du travail, constitue une sanction toute mesure, autre que les observations verbales, prise par l'employeur à la suite d'un agissement du salarié considéré par l'employeur comme fautif, que cette mesure soit de nature à affecter immédiatement ou non la présence du salarié dans l'entreprise, sa fonction, sa carrière ou sa rémunération.En vertu de l'article L.1333-1 du code du travail, en cas de litige, le conseil de prud'hommes apprécie la régularité de la procédure suivie et si les faits reprochés au salarié sont de nature à justifier une sanction. L'employeur fournit à la juridiction les éléments retenus pour prendre la sanction. Selon l'article L.1333-2, le conseil de prud'hommes peut annuler une sanction irrégulière en la forme, injustifiée ou disproportionnée à la faute commise. Sur ce fondement, aucune des parties ne supporte directement la charge de la preuve, mais il appartient à l'employeur de fournir au juge les éléments retenus pour prononcer la sanction contestée.
6. La société employeuse explique que le directeur a reçu trois signalements sur le comportement discriminatoire de la salariée à l'égard de ses collègues au mois de février 2021, et considère que l'avertissement, première sanction dans l'échelle des sanctions disciplinaires est proportionnée pour sanctionner le comportement de la salariée qui a abusé de sa fonction et de son ancienneté, ainsi que de l'opacité liée au travail de nuit. Elle produit les trois témoignages écrits reçus le 2 février 2021 par le directeur en ces termes :
- Mme [G] [V] :
' Je soussignée, [G] [V], aide-soignante en CDD à l'EHPAD [1] depuis mai 2020 vous informer d'un problème de comportement au sein de l'équipe de nuit.
En effet, lors de mes remplacements j'ai eu l'occasion de travailler avec [M] [K], à cinq reprises au bâtiment [Etablissement 1] et le reste du temps au bâtiment [Etablissement 2].
J'ai remarqué dès le début un comportement très particulier de par son attitude avec certains membres du personnel, notamment avec [J] [R], aide-soignante de l'équipe de nuit à qui elle adressait tout juste la parole et de manière assez agressive.
Par la suite, j'ai travaillé tout un week-end dans les reproches et les remarques acides de [M] [K], ce qui m'a relativement déstabilisée.
De plus, j'ai vu cette même personne faire de grosse colères qui m'ont surprise et que je trouve malvenues quand on doit maintenir le calme auprès de personnes âgées fragilisées par la maladie et l'isolement de ces derniers mois.
A chaque fois que je devais travailler avec elle, je venais angoissée à l'idée de ce qui risquait de se passer et par rapport à son agressivité.
Puis, dans les semaines qui ont suivi et jusqu'à ce jour cette même personne m'a renvoyée au secteur Les Mimosas (Hors période de covid au sein de l'établissement), sur un ton très autoritaire, alors que ce n'était pas ce que préconisait le planning ! J'ai naturellement supposé que cette personne ne voulait pas travailler avec moi... Et très honnêtement cela m'arrangeait plutôt, au vu de son attitude condescendante à mon égard même si je ne trouvais pas cela normal.
J'ai fini par demander à une collègue si elle pensait que je n'étais pas à ma place dans cet établissement, et ce qu'elle pensait de mon travail suite aux réactions de Madame [K], ce à quoi elle m'a répondu de ne pas tenir compte de l'attitude de [M] qui apparemment se comporterait ainsi avec toutes les nouvelles recrues.
Certaines collègues se sont confiées à moi pour avoir vécu des situations très tendues elles aussi.
Le 31 janvier dernier, nous étions toutes les deux planifiées sur l'établissement, moi au bâtiment [Etablissement 2], et [M] [K] [Etablissement 1].
Entre minuit et une heure j'ai reçu un appel du secteur [Etablissement 1], [M] [K] m'appelait pour me demander des comptes par rapport au fait que je ne travaillait pas volontiers avec elle et venait me reproché la qualité de mon travail en ajoutant que le reste de l'équipe en pensait autant ...
Je suis restée médusée mais calme et me suis défendue car j'imagine bien que Madame [L] m'aurait convoquée si tel était le cas.
Cette même nuit, j'ai dû appeler les aide-soignantes [Etablissement 1] et l'OP d'astreinte suite à des bruits suspects autour du bâtiment [Etablissement 2] à 4h 15, face au risque potentiel d'intrusion. A l'arrivée des collègues de l'autre bâtiment, j'ai bien vu que [M] [K] minimisait l'événement, et qu'elle ne me prenait pas au sérieux.
A la suite de cela, sa collègue [Q] [I] s'est confiée à moi d'avoir subi moqueries et propos discriminatoires concernant sa corpulence.
C'est cette dernière information qui m'a décidée à vous alerter de la situation qui tend à s'aggraver. Dans la situation sanitaire actuelle une équipe unie est nécessaire et à ce jour le comportement de cette personne crée de grosses tensions qui risque de finir par nous diviser.
J'ai moi-même pensé à partir, à regret car je me plais beaucoup dans l'établissement.'
- Mme [J] [R] :
'bonjour [Y],
Je tiens à te signaler que dernièrement il règne une ambiance délétère au sein de l'équipe de nuit qui met à mal certaines AS en CDD.
En effet j'ai eu les plaintes de [G] fournier et [A] [H] sur le comportement tyrannique de [M] [K]
Elles viennent au travail avec la boule au ventre, trop d'histoires qui leur mettent la pression. Encore dernièrement, [M] a demandé des explications à [Localité 1] sur des rumeurs.
J'avais fait un mail à [E] pour lui dire que ces deux dernières recrues étaient vraiment des bonnes aides-soignantes. Malheureusement je ne sais si [G] va résister à cette ambiance et si elle ne va pas chercher une place dans un autre établissement.
J'ai déjà eu des périodes ou [M] a été désagréable avec moi donc j en ai aucun mal a croire mes collègues de travail'
- Mme [Q] [I] :
'Je soussignée [I] [Q], salariée de la structure [1] depuis un mois, au poste d'aide-soignante, dans le service de nuit, suis au regret de devoir vous informer que j'ai subi dès mon premier accueil des propos désobligeantes ; sûrement réel. En effet lors de ma première nuit de travail, celle-ci m'a présentée à ma collègue en ma présence comme « la grosse» qui venait travaillait de nuit. Ces propos m'ont profondément affectée malgré tout car étant nouvelle, elle m'avait déjà attribué une étiquette dévalorisante.
De plus lors d'un échange du à la mise à jour mensuel des changes par l'équipe de jour qui comportait des incohérences, j'ai demandée conseil auprès de Mme [K] qui m'a invitée à suivre scrupuleusement le planning affiche contenant des erreurs sous prétexte que je n'étais que remplaçante temporaire et que je n'avais pas mon mot à dire (quitte à négliger l'hygiène des patients une bonne partie de la nuit et changer les draps au petit matin).
Enfin, nous avons abordé le sujet de nos plannings respectifs lors de laquelle elle m'a demandée si j'avais les dates de remplacement pour le mois de février, je lui ai répondu que non, celle-ci s'est pressée de me dire que tout le monde revenait de maladie donc qu'il n'y aurait pas de travail pour moi et c'est pour cela qu'on ne m'avait pas contacté.
Affectée par ces agissements répétés en présence de mes collègues, j'ai donc saisi une occasion pour lui faire part de ma déception suite à ces propos blaisant, en privée. Elle m'a écouté et m'a présenté ses excuses à plusieurs reprises dans la soirée. J'ai décidé de passer outre et d'effacer l'ardoise pour entretenir de meilleures relations.
Durant la même nuit l'AS [Etablissement 2] à suspectée une intrusion au sein du service, lors de son appel, j'ai naturelles tenue à la rejoindre pour éviter tout accident potentiel, mais Mme [K] a remis en question ses propos et ses doutes ce que je trouve intolérable.