Tribunal judiciaire, charges de copropriété, 18 juin 2026 — n° 25/06032
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conséquences du non-paiement des charges de copropriété par un copropriétaire ?
Principe retenu
Le non-paiement des charges de copropriété entraîne des conséquences financières pour le copropriétaire défaillant, notamment des intérêts moratoires et des frais de recouvrement. Le tribunal peut également ordonner l'exécution provisoire du jugement.
Faits clés
- Monsieur [L] [J] est propriétaire d'un lot de copropriété dans un immeuble.
- Le syndicat des copropriétaires a mis en demeure Monsieur [L] [J] de payer des arriérés de charges.
- Monsieur [L] [J] a été assigné en paiement devant le tribunal judiciaire.
- Le montant total des charges dues s'élève à 9 177,48 euros.
- Le tribunal a condamné Monsieur [L] [J] à payer des frais de recouvrement et des dommages-intérêts.
Articles cités
article 10 de la loi n°65-557 du 10 juillet 1965
article 10-1 de la loi n°65-557 du 10 juillet 1965
article 35 du décret n°67-223 du 17 mars 1967
article 1231-6 alinéa 3 du code civil
article 1344-1 du code civil
article 700 du Code de procédure civile
Exposé du litige
***
EXPOSE DES FAITS ET DE LA PROCÉDURE
Monsieur [L] [J] est propriétaire du lot de copropriété n°65 d’un immeuble situé au [Adresse 4] à [Localité 4].
Par commandement de payer du 17 octobre 2024, le syndicat des copropriétaires de l’immeuble a fait mettre en demeure Monsieur [L] [J] de payer la somme de 8 256,86 euros au titre des charges de copropriété.
Par exploit d’huissier signifié le 29 avril 2025, le syndicat des copropriétaires de l’immeuble situé au [Adresse 4] à Paris 10ème a fait assigner Monsieur [L] [J] en paiement d’arriérés de charges de copropriété devant le tribunal judiciaire de Paris.
*
Aux termes de cet acte d’assignation, et au visa des articles 10 et 10-1 de la loi n°65-557 du 10 juillet 1965 et de l’article 35 du décret n°67-223 du 17 mars 1967, ainsi que des articles 1231-6 alinéa 3 et 1344-1 du code civil, le syndicat des copropriétaires demande au tribunal de :
« Condamner Monsieur [L] [J] à payer au Syndicat des copropriétaires de l’immeuble situé [Adresse 4] à [Localité 5], les sommes suivantes :
1) 9.177,48 euros, au titre de l’arriéré des charges de copropriété dues en principal, et ce comprises les charges provisionnelles du 2 ème trimestre 2025, suivant l’arrêté de compte établi par le syndic le 25 mars 2025 ;
2) 400,99 euros au titre de l’article 10-1 de la Loi du 10 juillet 1965, correspondant aux frais nécessaires exposés par le Syndicat des copropriétaires ;
3) les intérêts moratoires sur la somme de 8.274,50 euros au taux contractuel ou, à défaut, au taux légal, à compter du commandement de payer du 17 octobre 2024 ;
4) 1.500 euros à titre de dommages-intérêts pour résistance abusive au paiement, conformément à l’article 1231-6 alinéa 3 du Code civil.
5) 2.000 euros par application des dispositions de l’article 700 du Code de procédure civile.
Dire et juger que les intérêts produits par la somme due en principal seront le cas échéant capitalisés annuellement, selon les modalités prévues par l’article 1343-2 du Code civil.
Condamner Monsieur [J] en tous les dépens de l’instance, qui comprendront notamment les frais d’assignation, ainsi que tous les actes de procédure rendus nécessaires pour l’exécution du jugement à intervenir.
Rappeler que la décision à intervenir est exécutoire à titre provisoire de plein droit. »
Compte tenu du défaut de comparution en défense, et en application de l’article 455 alinéa 1er du code de procédure civile, il est renvoyé aux dernières écritures du demandeur pour l’exposé exhaustif de ses moyens en fait et en droit.
Cité suivant les modalités des articles 656 et 658 du code de procédure civile (remise de l'acte en l'étude d'huissier), Monsieur [L] [J] n’a pas comparu à l'instance. Il sera ainsi statué par jugement réputé contradictoire.
La clôture de l’instruction a été prononcée le 7 janvier 2026, et l’affaire a été appelée à l’audience de plaidoiries (juge unique) du 25 mars 2026. La décision a été mise en délibéré au 18 juin 2026, date à laquelle elle a été prononcée par mise à disposition au greffe.
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DECISION
Sur les demandes principales en paiement
Au titre des charges de copropriété
Aux termes des dispositions énoncées aux articles 10 et 5 de la loi du 10 juillet 1965, « les copropriétaires sont tenus de participer aux charges entraînées par les services collectifs, les éléments d’équipement commun en fonction de l’utilité que ces services et éléments présentent à l’égard de chaque lot » ainsi qu’ « aux charges relatives à la conservation, à l’entretien et à l’administration des parties communes et de verser au fonds de travaux mentionné à l’article 14-2 la cotisation prévue au même article, proportionnellement aux valeurs relatives des parties privatives comprises dans leurs lots telles que ces valeurs résultent » « lors de l’établissement de la copropriété, de la consistance, de la superficie et de la situation des lots, sans égard à leur utilisation » - le règlement de copropriété fixant la part afférente à chaque lot dans chacune des catégories de charges.
Décision du 18 Juin 2026
Charges de copropriété
N° RG 25/06032 - N° Portalis 352J-W-B7J-C7WXP
En application de l’article 42 de la même loi, lorsque les comptes et le budget prévisionnel ont été approuvés, les copropriétaires qui n’ont pas contesté l’assemblée générale ayant voté cette approbation dans les deux mois de la notification ne sont plus fondés à contester ces comptes et ce budget provisionnel. Ils ne sont pas non plus fondés à refuser de payer les charges appelées si, ayant contesté une décision de l’assemblée générale, ils n’ont pas obtenu son annulation de manière définitive – toute décision non annulée étant par principe valide et donc exécutoire.
En revanche, tout copropriétaire peut contester les modalités de calcul du solde de son compte individuel de copropriété. En conséquence, il appartient au syndicat des copropriétaires qui poursuit le recouvrement de charges de produire le procès-verbal de la ou des assemblées générales approuvant les comptes des exercices correspondants et les budgets prévisionnels.
*
En l’espèce, le syndicat des copropriétaires justifie tout d’abord par la production d’un extrait de matrice cadastrale que Monsieur [L] [J] est propriétaire du lot n°65 de l’immeuble en copropriété sis [Adresse 4] à [Localité 4].
Au soutien de sa demande principale, le syndicat des copropriétaires produit aux débats :
- les procès-verbaux des assemblées générales des 2019, 2020, 2022 et 2024, par lesquelles l’assemblée des copropriétaires a approuvé les comptes des années 2018 à 2023, fixé les budgets prévisionnels des années 2019 à 2025 et voté la réalisation de divers travaux ;
- les appels de fonds faisant application de la clé de répartition à proportion des tantièmes affectés aux lots du défendeur ;
- un décompte de créance actualisé au 25 mars 2025.
Dès lors qu’un syndicat des copropriétaires produit, comme en l’espèce, des appels de fonds, un décompte individuel de charges ainsi que les procès-verbaux des assemblées générales de copropriétaires ayant approuvé les comptes et voté les budgets prévisionnels, et que les appels de fonds adressés au copropriétaire portent sur un nombre de tantièmes correspondant aux tantièmes de charges communes générales affectées au lot de ce copropriétaire, la créance du syndicat des copropriétaires est justifiée (ex. : Civ. 3ème, 7 juillet 2016, n° 14-28395).
En application des textes visés ci-dessus et au vu des pièces produites par le syndicat, et après imputation des règlements effectués par les copropriétaires sur la dette la plus ancienne conformément aux articles 9 de l’arrêté du 14 mars 2005 relatif aux comptes du syndicat des copropriétaires et 1342-10 du Code civil, le compte individuel de Monsieur [L] [J] présente un solde débiteur de 9 177,48 euros, déduction faite des frais de recouvrement (9 277,48 euros – 100 euros).
Monsieur [L] [J] ne démontrant pas avoir satisfait à son obligation de paiement en sa qualité de copropriétaire, il sera en conséquence condamné au paiement de la somme de 9 177,48 euros au titre des charges de copropriété échues et impayées, arrêtées au 25 mars 2025, appels de charges et de fonds de travaux du deuxième trimestre 2025 inclus, avec intérêts au taux légal à compter du commandement de payer du 17 octobre 2024, valant interpellation suffisante au sens de l’article 1344 du Code civil, sur la somme de 8 256,86 euros, et à compter de la date d’assignation pour le surplus.
Au titre des frais de recouvrement
Selon l’article 10-1 de la loi du 10 juillet 1965 sont imputables au seul copropriétaire concerné les frais nécessaires exposés par le syndicat, notamment les frais de mise en demeure, de relance et de prise d’hypothèque à compter de la mise en demeure, pour le recouvrement d’une créance justifiée à l’encontre d’un copropriétaire ainsi que les droits et émoluments des actes des huissiers de justice et le droit de recouvrement ou d’encaissement à la charge du débiteur. Cette énumération n’est pas exhaustive, la juridiction disposant d’un pouvoir d’appréciation souverain quant au caractère nécessaire de ces frais.
En conséquence, ne sont pas considérés comme des frais nécessaires au recouvrement de la créance de charges, au sens des dispositions susmentionnées :
- les frais de relance antérieurs à l’envoi d’une mise en demeure, ainsi que les frais de relance, mise en demeure et sommation de payer postérieurs à la délivrance de l’assignation ;
- les frais de suivi de procédure ou les honoraires du syndic pour transmission du dossier à l’huissier ou à l’avocat, dès lors qu’il n’est pas justifié de l’accomplissement de diligences exceptionnelles ;
- les frais d’huissier engagés pour l’introduction de l’instance ou la signification de conclusions, qui constituent des dépens au sens de l’article 695 du code de procédure civile (6°) ;
- les frais d’avocat, qui constituent des frais irrépétibles indemnisés en application de l’article 700 du code de procédure civile.
*
En l’espèce, le syndicat des copropriétaires sollicite en outre le paiement de la somme de 400,99 euros au titre des frais exposés pour le recouvrement de sa créance.
Ces frais concernent une mise en demeure et le commandement de payer, en outre dûment justifiés, constituent en effet des frais nécessaires au sens du texte susvisé.
En conséquence, Monsieur [L] [J] sera condamné à payer au syndicat des copropriétaires la somme de 400,99 euros au titre des frais exposés pour le recouvrement de sa créance.
Sur la demande indemnitaire
L’article 1231-6 du code civil dispose que les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d’une obligation de somme d’argent consistent dans l’intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Toutefois, le créancier auquel son débiteur en retard a causé, par sa mauvaise foi, un préjudice indépendant de ce retard, peut obtenir des dommages et intérêts distincts de l’intérêt moratoire.
Il résulte de ces dispositions que le syndicat des copropriétaires qui se prévaut d’un défaut de paiement des charges dues par un copropriétaire doit en outre démontrer que celui-ci a fait preuve de mauvaise foi, et qu’il a subi un préjudice distinct de celui engendré par le seul retard de paiement (Cass. 3e civ., 20 oct.
Dispositif
PAR CES MOTIFS,
Le tribunal, statuant par un jugement réputé contradictoire, en premier ressort, après débats en audience publique et par mise à disposition au greffe,
CONDAMNE Monsieur [L] [J] à payer au syndicat des copropriétaires de l’immeuble sis [Adresse 4] à [Localité 4] les sommes de :
9 177,48 euros au titre des charges de copropriété échues et impayées, arrêtées au 25 mars 2025, appels de charges et de fonds de travaux du deuxième trimestre 2025 inclus, avec intérêts au taux légal à compter du 17 octobre 2024 sur la somme de 8 256,86 euros, et à compter de la date d’assignation pour le surplus ;
400,99 euros au titre des frais de recouvrement ;
1 500 euros au titre des frais irrépétibles ;Décision du 18 Juin 2026
Charges de copropriété
N° RG 25/06032 - N° Portalis 352J-W-B7J-C7WXP
DEBOUTE le syndicat des copropriétaires de sa demande en paiement de dommages et intérêts ;
ORDONNE la capitalisation des intérêts dus pour au moins une année entière ;
CONDAMNE Monsieur [L] [J] au paiement des entiers dépens de l’instance ;
RAPPELLE que l’exécution provisoire du présent jugement est de droit ;
DEBOUTE les parties de leurs autres demandes.
Fait et jugé à [Localité 1] le 18 Juin 2026.
La Greffière La Présidente
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une charge de copropriété ?
Une charge de copropriété est une somme d'argent due par chaque copropriétaire pour financer les dépenses communes de l'immeuble.
Quels sont les droits d'un syndicat de copropriétaires ?
Le syndicat de copropriétaires a le droit de recouvrer les charges impayées et de prendre des mesures légales pour assurer le paiement.
Comment se calcule le montant des charges de copropriété ?
Le montant des charges de copropriété est calculé en fonction des dépenses engagées pour l'entretien et la gestion de l'immeuble, réparties entre les copropriétaires selon leur quote-part.
Quelles sont les conséquences d'un défaut de paiement des charges ?
Le défaut de paiement des charges peut entraîner des intérêts moratoires, des frais de recouvrement et éventuellement une action en justice pour obtenir le paiement.
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