Tribunal judiciaire, 3ème ch. civile cab. 3, 24 juin 2026 — n° 25/00362
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conséquences d'une violation des règles de copropriété par un copropriétaire ?
Principe retenu
Un copropriétaire doit respecter le règlement de copropriété. En cas de violation, le syndicat des copropriétaires peut demander la cessation de l'infraction et éventuellement des sanctions, telles que des astreintes.
Faits clés
- La SCI EZH est copropriétaire de plusieurs lots dans la copropriété.
- Le syndicat des copropriétaires a constaté une utilisation non conforme du lot n° 61.
- Des mises en demeure ont été adressées à la SCI EZH pour cesser le stationnement sur le lot litigieux.
- Le syndicat a engagé une procédure judiciaire pour faire cesser les manquements.
- Le tribunal a débouté les deux parties de leurs demandes respectives.
Exposé du litige
FAITS ET PROCÉDURE
La SCI EZH est copropriétaire des lots n° 61, 65 et 78 au sein de la copropriété « [Adresse 6] » sis [Adresse 7] à 67100 Strasbourg dont le syndicat des copropriétaires agi par son syndic la société ASI - Agence Strasbourg immobilière.
La copropriété est régie par un règlement de copropriété daté du 16 novembre 1983, complété par un acte complémentaire du 17 mai 1984.
Le 16 mars 2022, le syndicat des copropriétaires a fait réaliser un procès-verbal de constat quant à l’utilisation du lot n° 61 litigieux.
Alléguant l’utilisation contraire au règlement de copropriété du lot n° 61 en tant que parking, le syndicat des copropriétaires a mis en demeure, par courrier recommandé avec avis de réception du 28 août 2023, Monsieur [I] dirigeant de la SCI EZH de cesser tout stationnement de quelque nature qu’il soit sur le lot n° 61.
Les 1er, 3 et 5 juillet 2024, le syndicat des copropriétaires a fait réaliser un nouveau procès-verbal de constat sur le lot litigieux.
Par courrier recommandé avec avis de réception du 27 juillet 2024, le syndicat des copropriétaires a mis en demeure Monsieur [I], es qualité de dirigeant de la SCI EZH, de cesser tout stationnement de quelque nature qu’il soit sur le lot n° 61.
Par assignation délivrée le 30 décembre 2024, le syndicat des copropriétaires à fait attraire la SCI EZH devant la chambre civile du tribunal judicaire de Strasbourg aux fins de faire cesser les manquements au règlement de copropriété allégués.
L’instruction a été clôturée par une ordonnance du 11 février 2026. L’affaire a été évoquée à l’audience du 29 avril 2026 et a été mise en délibéré au 24 juin 2026.
EXPOSE DES PRÉTENTIONS ET DES MOYENS
Dans ses dernières conclusions transmises par voie électronique le 25 novembre 2025, le syndicat des copropriétaires demande au tribunal de :
« SUR LA DEMANDE PRINCIPALE
— DECLARER la demande recevable ;
— CONDAMNER la SCI EZH à remettre les lieux en l’état antérieur et à cesser tout stationnement de véhicules sur le lot n° 61.
— ASSORTIR la condamnation d’une astreinte de 500,00 € par infraction constatée par jour à compter de la signification du jugement à intervenir ;
— DEBOUTER la SCI EZH de l’intégralité de ses demandes, fins, moyens et conclusions ;
SUR LA DEMANDE RECONVENTIONNELLE
— DECLARER la demande irrecevable et subsidiairement mal-fondée ;
— DEBOUTER la SCI EZH de l’intégralité de ses demandes, fins, moyens et conclusions ;
En tout état de cause :
— CONDAMNER la SCI EZH à payer au syndicat des copropriétaires “[Adresse 6]” la somme de 3000,00 € au titre de l’article 700 du Code de procédure civile ;
— CONDAMNER la SCI EZH aux entiers frais et dépens de l’instance ;
— ORDONNER l’exécution provisoire du jugement à intervenir ; »
Le syndicat des copropriétaires soutient que le lot n° 61 est actuellement utilisé en tant que parking ce que ne conteste pas la SCI EZH. Il indique en se fondant sur les dispositions du règlement de la copropriété en date du 16 novembre 1983, que cet usage est contraire à ce dernier qui a défini ce lot comme « un emplacement réservé ».
N° RG 25/00362 - N° Portalis DB2E-W-B7J-ND6H
Il expose qu’aux termes du règlement de copropriété, le lot n° 61 a été défini dès l’origine comme un espace réservé et que sa transformation en parking nécessitait une décision expresse de la société IMMOBILIERE DU MARAIS ainsi que sa division en plusieurs lots et l’établissement d’une nouvelle esquisse et d’un nouvel état descriptif de division. Le demandeur argue qu’aucune décision de ladite société n’a été prise en ce sens. Ainsi, l’usage du lot n° 61 est demeuré un emplacement réservé.
Le demandeur conclut que l’usage fait par la SCI EZH de son lot n° 61 n’est pas conforme au règlement de copropriété.
Motivations de la décision
MOTIFS
A titre liminaire, il sera relevé que si la SCI EZH sollicite que les demandes du syndicat des copropriétaires de la résidence « [Adresse 6] » soit déclarées irrecevables, elle ne développe aucun moyen au soutien de cette demande, étant en outre rappelé que, conformément aux dispositions de l’article 789 6° du code de procédure civile, le juge de la mise en état est, sauf dérogation au principe, seul compétent pour statuer sur les incidents mettant fin à l’instance et sur les fins de non-recevoir.
Ainsi la demande en irrecevabilité du syndicat des copropriétaires ne sera dès lors pas examinée.
I. Sur la demande du syndicat des copropriétaires.
Aux termes de l’article 544 du code civil, la propriété est le droit de jouir et de disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements.
L’article 8 I de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis, énonce qu’un règlement conventionnel de copropriété, incluant ou non l’état descriptif de division, détermine la destination des parties tant privatives que communes, ainsi que les conditions de leur jouissance ; il fixe également, sous réserve des dispositions de la présente loi, les règles relatives à l’administration des parties communes.
Le règlement de copropriété ne peut imposer aucune restriction aux droits des copropriétaires en dehors de celles qui seraient justifiées par la destination de l’immeuble, telle qu’elle est définie aux actes, par ses caractères ou sa situation.
L’article 9 de la même loi, dispose que chaque copropriétaire dispose des parties privatives comprises dans son lot ; il use et jouit librement des parties privatives et des parties communes sous la condition de ne porter atteinte ni aux droits des autres copropriétaires ni à la destination de l’immeuble.
Le chapitre III du Titre III du règlement de copropriété dispose que chacun des copropriétaires aura le droit de jouir et d’user comme bon lui semblera des parties privatives lui appartenant à la condition de ne pas nuire aux droits des autres copropriétaires. D’une façon générale, il ne devra rien être fait qui puisse porter atteinte à la destination, compromettre l’harmonie, la solidité de l’immeuble, nuire à la sécurité et la tranquillité des occupants.
a) les conditions de jouissance déterminées par le règlement de copropriété
En l’espèce, la SCI EZH est propriétaire du lot n° 61 au sein de la résidence « [Adresse 6] » sis [Adresse 7] à 67 100 Strasbourg.
Il est constant que le lot n° 61 est un espace, extérieur, bitumé, situé entre le bâtiment A et le bâtiment B disposant d’un accès vers l’avant à la rue.
La SCI EZH ne conteste pas utiliser cet espace à titre de parking dans le cadre de l’exploitation du lot n° 65 dont elle est également propriétaire, ce qui a été constaté par constat d’huissier des 1er, 3 et 5 juillet 2024.
Il ressort du règlement de copropriété que le lot n° 61 est désigné par les dispositions de ce dernier comme un espace réservé.
Ledit règlement de copropriété ne définit pas la notion d’espace réservé et n’apporte aucune précision quant à l’usage qui peut en être fait, indiquant uniquement qu’il peut être transformé en parking privatif.
Le règlement de copropriété, notamment « III OBERSAVTIONS », ne considère pas le lot comme des parkings privatifs au jour de son édiction, mais n’énonce aucune interdiction quant à l’utilisation de ce lot et notamment son usage en tant que parking.
Le règlement n’a donc pas fixé les conditions de la jouissance de ce lot et l’usage qu’il peut être fait du lot n° 61 ne peut pas être déterminé à partir des tantièmes dans les parties communes qui y sont rattachés.
Par conséquent, en l’absence de définition et interdiction, l’usage de l’espace réservé est libre tant qu’il ne porte pas atteinte aux droits des autres copropriétaires et à la destination de l’immeuble.
b) la jouissance et les atteintes à la copropriété
La jouissance du lot est donc libre.
La destination de l’immeuble est définie par le règlement de copropriété comme étant :
« Occupation-Destination
Les appartements et locaux sont destinés à l’habitation ;
ils pourront aussi être utilisés pour l’exercice d’une profession libérale ou pour l’installation de bureaux ou de locaux administratifs ; ils ne pourront en aucun cas servir comme magasin de vente, entrepôt ou atelier.
Par exception les locaux sis au rez-de-chaussée pourront être utilisés à usage commercial et pourront être équipés d’enseignes lumineuses ou non, non clignotantes, dans les conditions qui seront imposées par le syndic de l’immeuble. »
Ainsi, l’immeuble est à usage d’habitation, mais aussi commercial et libéral. Il n’est pas contesté qu’il comporte d’autres parkings. L’usage du lot 61 apparait donc conforme à la destination de l’immeuble.
Concernant les atteintes à la sécurité ou tranquillité des occupants, lors de son constat effectué le 1er juillet 2024 à 8 h 55, l’huissier a constaté la présence de 4 véhicules, tous à l’arrêt stationnés sur le parking. L’huissier a également pu constater la présence de 4 véhicules stationnés le 3 juillet 2024 à 14 h 30 et de deux véhicules stationnés le 5 juillet 2024 à 14 h 45. Le 1er juillet 2024 à 6 h 45 et à 19 h, le 3 juillet 2024 à 6 h 35 et à 19 h 55, ainsi que le 5 juillet 2024 à 6 h et à 19 h 8, aucun véhicule n’a été constaté par l’huissier de justice.
Il ressort de ces constats que la présence de véhicule est très limitée tant par leur nombre que par sa durée, et que ces derniers sont en stationnement de sorte que les nuisances alléguées ne sont pas établies.
Ainsi, aucun élément produit par le syndicat des copropriétaires ne permet d’établir que l’utilisation faite par la SCI EZH nuit aux droits des autres copropriétaires, porte atteinte à la destination de l’immeuble et du lot, compromet l’harmonie de ce dernier, porte atteinte à la solidité de l’immeuble, et nuit à la sécurité et la tranquillité des occupants.
Par conséquent, le syndicat des copropriétaires de la résidence « [Adresse 6] » sera débouté de l’ensemble de ses demandes à l’encontre de la SCI EZH.
II. Sur la demande reconventionnelle de la SCI EZH.
Selon les dispositions de l’article 9 du code de procédure civile, il incombe à chaque partie de prouver conformément à la loi les faits nécessaires au succès de sa prétention.
L’article 544 du code civil dispose que la propriété est le droit de jouir et de disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements.
Le règlement de copropriété de la résidence définit les parties communes comme toutes les parties de l’immeuble qui ne sont pas affectées à l’usage exclusif de l’un des copropriétaires.
Ainsi, en application de ces dispositions, les parties privées ne peuvent être usées exclusivement que par son propriétaire.
En l’espèce, la SCI EZH est propriétaire du lot n° 61 au sein de la résidence « [Adresse 6] ».
La copropriété de la résidence « [Adresse 6] » se compose de deux bâtiments, respectivement « bâtiment A » et « bâtiment B » séparés par un espace extérieur bitumé où se trouve le lot n° 61.
Il ressort de l’esquisse n° 616a en date du 17 avril 1984 que le bâtiment A dispose d’un local poubelle en son rez-de-chaussée, nommé « PC 7 ». Le local poubelle du bâtiment A dispose d’une sortie donnant sur un couloir intérieur nommé « PC8 » et une sortie donnant sur l’extérieur du bâtiment au niveau de l’espace séparant les deux immeubles.
Il résulte également de cette pièce que la partie extérieure qui sépare les deux bâtiments se compose du lot n° 61, accolé au bâtiment B et d’une zone entre le lot n° 61 et le bâtiment A.
Ainsi, au regard de cette esquisse, le lot n° 61 n’est pas mitoyen avec le bâtiment A qui est séparé par une zone qui n’est pas qualifiée par cette dernière.
Dispositif
PAR CES MOTIFS
Le tribunal statuant par jugement contradictoire rendu en premier ressort par mise à disposition au greffe,
DECLARE le tribunal non saisi de la demande d’irrecevabilité ;
DÉBOUTE le syndicat des copropriétaires de la résidence « [Adresse 6] » de l’intégralité de ses demandes à l’encontre de la SCI EZH ;
DÉBOUTE la SCI EZH de l’intégralité de ses demandes à l’encontre du syndicat des copropriétaires de la résidence « [Adresse 6] » ;
CONDAMNE le syndicat des copropriétaires de la résidence « [Adresse 6] » aux entiers frais et dépens de l’instance conformément aux dispositions de l’article 696 du code de procédure civile ;
CONDAMNE le syndicat des copropriétaires de la résidence « [Adresse 6] » à payer 2000 euros à la SCI EZH sur le fondement des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile ;
RAPPELLE l’exécution provisoire du présent jugement.
Le Greffier Le Président
Aude MULLER Anaëlle LAPORT
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un règlement de copropriété ?
Le règlement de copropriété est un document qui définit les droits et obligations des copropriétaires au sein d'un immeuble en copropriété.
Comment un syndicat de copropriété peut-il faire respecter ses règles ?
Le syndicat peut adresser des mises en demeure et, si nécessaire, engager une procédure judiciaire pour faire cesser les violations.
Quels sont les recours possibles pour un copropriétaire en cas de litige ?
Un copropriétaire peut contester les décisions du syndicat devant le tribunal judiciaire ou demander une médiation.
Quelles sont les conséquences d'une mise en demeure non respectée ?
Si la mise en demeure n'est pas respectée, le syndicat peut engager une action en justice pour obtenir la cessation de l'infraction.
Décisions liées
Une question similaire ? Posez-la à Justiweb
Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.
Poser ma question
Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif.
Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique,
consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.