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Tribunal judiciaire, referes, 24 juin 2026 — n° 26/00088

Déboute le ou les demandeurs de l'ensemble de leurs demandes

Synthèse de la décision

Question juridique

Le propriétaire d'un appartement en copropriété a-t-il un motif légitime pour obtenir une expertise judiciaire après que des travaux ont été réalisés pour remédier à une fuite d'eau, en l'absence de preuve de persistance des désordres ?

Principe retenu

L'article 145 du code de procédure civile permet d'ordonner une mesure d'instruction en référé s'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige. En l'espèce, la demanderesse ne justifie pas d'un motif légitime car les travaux réalisés par les défendeurs ont remédié à la fuite et aucun élément récent ne démontre la persistance des désordres.

Faits clés

  • Madame [P] est propriétaire d'un appartement dans une copropriété.
  • Des infiltrations sont apparues en février 2025, provenant d'une fuite sur canalisation d'alimentation de la douche de l'appartement du troisième étage.
  • Une expertise amiable du 31 mars 2025 a conclu que les dégâts provenaient de cette fuite.
  • Les défendeurs ont réalisé des travaux en octobre 2025 (changement d'éléments de cuisine, rectification d'évacuation, remplacement de joints, changement de bac à douche, etc.).
  • Aucun élément récent ne prouve que les désordres persistent après les travaux.

Articles cités

article 145 du code de procédure civile article 700 du code de procédure civile

Exposé du litige

EXPOSÉ DU LITIGE Madame [B] [P] est propriétaire d’un appartement situé dans un immeuble soumis au régime de la copropriété situé [Adresse 6] – [Adresse 7] à [Localité 1]. La copropriété est gérée par le syndic A2D Immobilier. Madame [P] expose qu’au-dessus de son appartement, au troisième étage se situe le logement de Monsieur [M] [E] occupé par son locataire, Monsieur [J] [C] d’où proviendraient des fuites puisqu’au mois de février 2025 elle constatait l’apparition d’infiltrations affectant les plafonds de plusieurs pièces de son logement. Elle déclarait le sinistre à son assureur qui mandatait un expert ; d’après ce dernier les dommages seraient consécutifs à une fuite affectant une canalisation d’alimentation de la douche située dans l’appartement du troisième étage. Ne parvenant à aucun arrangement amiable, Madame [P] faisait citer par différents exploit Monsieur [M] [E], Monsieur [J] [C], le syndicat de copropriétaires de la copropriété [Localité 2] devant le juge des référés afin d’obtenir l’organisation d’une expertise judiciaire ainsi que la condamnation solidaire des requis au paiement de la somme de 2000 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile. Monsieur [M] [E], Monsieur [J] [C] concluent principalement au débouté de la demande d’expertise et à la condamnation de Madame [P] au paiement de la somme de 1500 euros en application de l’article 700 du code de procédure civile ; à titre subsidiaire ils formulent les protestations et réserves d’usage. Le syndicat des propriétaires ne comparait pas.

Motivations de la décision

MOTIFS Aux termes de l’article 145 du Code de procédure civile : « s'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige, les mesures d'instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé ». Madame [P] se fonde sur une expertise amiable du 31 mars 2025 pour solliciter la désignation d’un expert judiciaire ; l’expert d’assurance concluait effectivement que les dégâts des eaux qu’elle subissait provenaient d’une « fuite sur canalisation d’alimentation de la douche dans l’appartement du troisième étage occupé par Monsieur [C] ». Or, depuis cette date les requis ont réalisé différents travaux ; le 10 octobre 2025, il était procédé au changement d’éléments de cuisine, à la rectification d’évacuation, au remplacement de joints d’étanchéité, au changement d’un bac à douche, à la rectification de l’évacuation de la bonde d’évacuations… Ceci est attestée par la facture et le courrier de l’artisan. Aucun élément récent ne permet de vérifier qu’à la suite de ces travaux, les désordres se poursuivent et sont toujours d’actualité. Madame [P] ne dispose d’aucun motif légitime et sa demande d’expertise entrera en voie de rejet. L’équité commande à ce qu’il ne soit pas fait application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile et Monsieur [M] [E], Monsieur [J] [C], seront déboutés de ce chef. Madame [P] supportera les entiers dépens d’instance.

Dispositif

PAR CES MOTIFS Statuant publiquement, par ordonnance réputée contradictoire et en premier ressort par mise à disposition au greffe, Déboutons Madame [B] [P] de l’intégralité de ses demandes, Disons n’y avoir lieu à application de l’article 700 du code de procédure civile, Condamnons Madame [B] [P] aux entiers dépens, Ainsi fait et ordonné les jours, mois et an susdits, La présente décision a été signée par Anne DELIGNY, présidente et Rudy LESSI, greffier présent lors des débats et du prononcé. LE GREFFIER LA PRÉSIDENTE

Questions fréquentes

Puis-je obtenir une expertise judiciaire après une fuite d'eau si des travaux ont été faits ?
Non, si les travaux ont été réalisés et qu'aucun élément récent ne prouve la persistance des désordres, vous n'avez pas de motif légitime pour obtenir une expertise judiciaire en référé.
Qu'est-ce qu'un motif légitime pour demander une expertise en référé ?
Un motif légitime est une raison valable de conserver ou d'établir une preuve avant un procès. Il doit être fondé sur des éléments concrets, comme un rapport d'expertise amiable, mais si des travaux ont remédié au problème, le motif disparaît.
Mon voisin a réparé la fuite, mais je veux une expertise pour être sûr, est-ce possible ?
Non, car le juge considère que si les travaux ont été effectués et qu'aucun désordre récent n'est constaté, la demande d'expertise n'est pas justifiée. Vous devez apporter la preuve que les désordres persistent.
Comment prouver que les désordres persistent après des travaux ?
Vous pouvez fournir des constats d'huissier, des photos récentes, des attestations de témoins ou un nouveau rapport d'expertise amiable postérieur aux travaux.
Quels sont les critères pour obtenir une expertise judiciaire en copropriété ?
Il faut un motif légitime, c'est-à-dire des éléments sérieux laissant présumer l'existence d'un litige potentiel. En l'espèce, la réalisation de travaux ayant résolu la fuite a fait disparaître ce motif.
Le juge des référés peut-il refuser une expertise si les travaux ont été réalisés ?
Oui, comme dans cette affaire, le juge a refusé l'expertise car les travaux avaient été effectués et aucun élément récent ne démontrait la persistance des désordres.

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