MOTIFS DE L'ARRÊT
1 ' La demande de nullité de la vente
La SCI Investimmo demande de prononcer la nullité de la vente à titre principal sur le fondement de l'erreur, et subsidiaire, sur celui du dol, en raison de l'impropriété à un usage d'habitation et à sa mise à disposition aux mêmes fins du bien acquis.
1-1 Sur le fondement de l'erreur
La SCI Investimmo expose qu'en première instance, elle n'avait pas été en mesure de produire l'arrêté préfectoral qu'elle avait égaré, et qu'il en résulte incontestablement l'interdiction de mettre à disposition le bien à usage d'habitation, de sorte que la motivation du tribunal n'est plus pertinente. Elle soutient en outre que la motivation du tribunal suivant laquelle l'état général du bien aurait pu évoluer postérieurement à la vente n'est pas pertinente puisque, comme indiqué dans l'arrêté, c'est l'enfouissement du logement d'environ 87% qui le rend inhabitable, le lot vendu étant considéré comme une cave, enfouissement qui de plus crée des désordres, et était déjà existante au moment de la vente. Elle soutient que l'erreur portait sur une qualité substantielle du bien vendu dès lors que le bien - qui avait été présenté comme louable et loué à usage d'habitation - ne peut en réalité être utilisé à cet usage du fait de l'arrêté préfectoral lequel interdit sa mise à disposition à usage d'habitation par quelque moyen que ce soit, la demande de suppression des équipements sanitaires et de la cuisine au départ des occupants actuels interdisant tout d'habitation même à titre personnel ; que le caractère inhabitable du bien vendu constitue indiscutablement une erreur sur les qualités substantielles de celui-ci, alors que les époux [W] étaient parfaitement informés du fait qu'elle faisait l'acquisition des différents lots leur appartenant (lots 4, 5 et 6) dans l'optique de réaliser un investissement locatif, et que le bien acquis était déjà loué à usage d'habitation lors de la vente. Enfin, elle fait valoir que l'erreur était excusable dès lors que le bien vendu était déjà loué depuis plus de six années, et que l'acte de vente insiste particulièrement sur le fait que le lot n°6 consiste en un « appartement » (et non une cave), l'acte prenant le soin de préciser en page 17 que les caractéristiques du logement décent étaient bien respectées ; qu'étant une SCI familiale composée des époux [G] dont le gérant M. [K] [G] travaille dans une société de transport routier, elle ne peut être considérée comme un professionnel de l'immobilier, que le seul fait d'être constitué en SCI ne signifie pas, pour autant, que l'acquéreur soit nécessairement un professionnel de l'immobilier rendant, dans tous les cas, son erreur inexcusable, et qu'en outre, le fait, pour une SCI d'être qualifiée de professionnelle de l'immobilier, n'exclut pas nécessairement le caractère excusable de l'erreur.
Au soutien de la confirmation du jugement, les époux [W] font valoir que l'arrêté d'insalubrité du 23 juin 2021 exige seulement de « faire cesser la mise à disposition du bien aux fins d'habitation », portant ainsi sur la cessation de la location du bien, mais en aucun cas sur l'habitabilité du bien qui n'est pas remise en cause, qu'au moment de la vente, le bien litigieux était bien habitable et habité, de sorte que la société Investimmo n'a commis aucune erreur au moment de la formation du contrat, et qu'elle ne démontre pas que la mise à disposition du bien était une qualité substantielle du bien vendu entrée dans le champ contractuel. Ils ajoutent qu'ils ont soumis en date des 23 septembre 2016 et 8 octobre 2018, soit quelques mois seulement avant la vente, deux déclarations préalables de travaux à la Mairie d'[Localité 1] au titre de la division de leur ensemble immobilier en plusieurs logements, faisant expressément référence à la création d'un « logement » en sous-sol, et qu'ils ont obtenu les autorisations administratives nécessaires à la transformation du sous-sol semi enterré en appartement à destination et à usage d'habitation, de sorte que l'article L.1331-23 du Code de la santé publique n'a pas vocation à s'appliquer en l'espèce dans la mesure où, conformément aux autorisations administratives délivrées par la Mairie d'[Localité 1], la nature du bien acquis par la société Investimmo n'est plus un sous-sol mais un appartement à destination et à usage d'habitation. Il apparait donc que, lorsqu'elle a émis son courrier en date du 06 avril 2021, la Mairie d'[Localité 1] n'a pas pris en compte les autorisations administratives qu'elle avait elle-même délivrées auparavant pour le changement de nature du bien de sous-sol à appartement à destination et à usage d'habitation et que c'est donc à tort qu'elle a cru pouvoir faire application de l'article L.1331-23 du Code de la santé publique. Ils soulignent que l'arrêté du 23 juin 2021 ne renseigne pas davantage que le courrier du CHSC sur l'état du bien au moment de la vente, l'état général du bien ayant pu évoluer entre-temps. Ils soutiennent qu'à supposer qu'une erreur soit retenue, elle que cette erreur est, en tout état de cause, inexcusable, la SCI ayant visité les lieux et ayant donc parfaitement connaissance, au moment de la formation du contrat, de la localisation du bien en sous-sol ainsi que de ses caractéristiques, et devant être considérée comme un professionnel de l'immobilier, au regard de son objet social en rapport direct avec l'achat et la location de biens immobiliers, de sa date de création en 2011 et de ce qu'elle indiquait elle-même en son assignation introductive d'instance que les époux [W] étaient parfaitement informés du fait qu'elle faisait l'acquisition des différents lots dans l'optique de réaliser un investissement locatif, reconnaissant ainsi être experte en matière immobilière.
Réponse de la cour
Pour la clarté du litige, il convient au préalable d'exposer les dispositions applicables en matière de salubrité des immeubles, locaux et installations sur lesquelles est fondé l'arrêté préfectoral du 23 juin 2021 portant notamment interdiction de mise à disposition à usage d'habitation du bien acquis par la SCI Investimmo.
Aux termes de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique en sa rédaction issue de l'ordonnance n° 2020-1144 du 16 septembre 2020 applicable aux arrêtés pris à compter du 1er janvier 2021, « Tout local, installation, bien immeuble ou groupe de locaux, d'installations ou de biens immeubles, vacant ou non, qui constitue, soit par lui-même, soit par les conditions dans lesquelles il est occupé, exploité ou utilisé, un danger ou risque pour la santé ou la sécurité physique des personnes est insalubre.(') »
L'article L. 1331-23 du même code dispose que « Ne peuvent être mis à disposition aux fins d'habitation, à titre gratuit ou onéreux, les locaux insalubres dont la définition est précisée conformément aux dispositions de l'article L. 1331-22, que constituent les caves, sous-sols, combles, pièces dont la hauteur sous plafond est insuffisante, pièces de vie dépourvues d'ouverture sur l'extérieur ou dépourvues d'éclairement naturel suffisant ou de configuration exiguë, et autres locaux par nature impropres à l'habitation, ni des locaux utilisés dans des conditions qui conduisent manifestement à leur sur-occupation. »
L'article L. 1331-22 disposait, en sa rédaction en vigueur du 1er mars 2019 au 1er janvier 2021, soit au moment de la formation du contrat de vente du 9 mai 2019, que « Les caves, sous-sols, combles, pièces dépourvues d'ouverture sur l'extérieur et autres locaux par nature impropres à l'habitation ne peuvent être mis à disposition aux fins d'habitation, à titre gratuit ou onéreux. Le représentant de l'Etat dans le département met en demeure la personne qui a mis les locaux à disposition de faire cesser cette situation dans un délai qu'il fixe. Il peut prescrire, le cas échéant, toutes mesures nécessaires pour empêcher l'accès ou l'usage des locaux aux fins d'habitation, au fur et à mesure de leur évacuation.