Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite
← Licenciement

Cour d'appel, chambre sociale, 6 juillet 2026 — n° 24/01157

Other

Synthèse de la décision

Question juridique

Le licenciement pour faute sérieuse d'un salarié étranger est-il abusif en l'absence de preuve de travail dissimulé et de rappels de salaire justifiés ?

Principe retenu

Le licenciement pour faute sérieuse est justifié si l'employeur apporte la preuve de griefs précis et matériellement vérifiables. Le salarié qui invoque un travail dissimulé doit démontrer l'intention de l'employeur de dissimuler l'emploi. Les rappels de salaire doivent être étayés par des éléments objectifs.

Faits clés

  • Salarié de nationalité haïtienne embauché par CDD puis CDI en tant qu'ouvrier exécutant
  • Blâme notifié le 30 septembre 2020
  • Convocation à entretien préalable le 13 octobre 2020
  • Licenciement pour faute sérieuse notifié le 10 novembre 2020
  • Demande de rappel de salaire de mars 2019 à juillet 2020 sans justificatif précis

Articles cités

article 945-1 du code de procédure civile article 450 al 2 du code de procédure civile article 700 du code de procédure civile article 954 du code de procédure civile

Dispositif

PAR CES MOTIFS ': La cour, statuant publiquement, par arrêt contradictoire, mis à disposition au greffe et en dernier ressort, Confirme le jugement rendu le 3 décembre 2024 par le conseil de prud'hommes de Basse-Terre, sauf en ce qu'il a condamné la Sarl [2] à verser à M. [N] [W] une somme de 1052,48 euros au titre de la prime de transport, Infirmant et statuant à nouveau sur ce chef de demande, Déboute M. [N] [W] de sa demande tendant au paiement d'une somme au titre de la prime de transport, Dit n'y avoir lieu à application de l'article 700 du code de procédure civile au titre des frais irrépétibles de l'instance d'appel, Condamne la Sarl [2] aux dépens de l'instance d'appel. Le greffier, La présidente,

Exposé du litige

****** FAITS ET PROCEDURE': La Sarl [2] a adressé à la préfecture de la Guadeloupe une demande d'autorisation de travail pour conclure un contrat de travail avec un salarié étranger, datée du 4 juillet 2016, concernant M. [N] [W], de nationalité haïtienne, pour un emploi d'ouvrier exécutant, suivant un contrat de travail à durée déterminée pour accroissement d'activité d'une durée de six mois. Les parties ont ensuite signé un contrat de travail à durée déterminée à compter du 12 mars 2018 jusqu'au 11 septembre 2018, relative à l'embauche de M. [N] en qualité d'ouvrier d'exécution position 2. Ce contrat de travail a été prolongé jusqu'au 11 septembre 2019 par un avenant du 12 septembre 2018, puis a été poursuivi sous la forme d'un contrat de travail à durée indéterminée à compter du 16 novembre 2019. Par lettre du 30 septembre 2020, l'employeur notifiait à M. [N] un blâme. Par lettre du 13 octobre 2020, l'employeur convoquait M. [N] à un entretien préalable à son éventuel licenciement, fixé le 30 octobre 2020. Par lettre du 10 novembre 2020, l'employeur notifiait au salarié son licenciement pour faute sérieuse. M. [N] saisissait le conseil de prud'hommes de Basse-Terre le 8 février 2022, aux fins de voir': - juger que la rupture de son contrat de travail à durée indéterminée est abusive, - condamner la Sarl [2] à lui payer les sommes suivantes': * 12895,20 euros au titre de l'indemnité forfaitaire pour travail dissimulé, * 23659,20 euros au titre de rappels de salaires de mars 2019 au 31 juillet 2020, * 2000 euros au titre de provision sur salaires d'août et septembre 2020, * 3796,80 euros au titre de l'indemnité compensatrice de congés payés, * 4298,40 euros au titre de l'indemnité compensatrice de préavis, * 429,84 euros au titre des congés payés sur préavis, * 3761,10 euros au titre de l'indemnité de licenciement, * 15000 euros à titre de dommages et intérêts pour congés non pris, * 1052,48 euros au titre de la prime de transport, * 2000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile, - ordonner à l'employeur de lui délivrer sous astreinte de 150 euros par jour de retard un certificat de travail, une attestation Pôle emploi, ainsi qu'une fiche de paie récapitulative. Par jugement rendu contradictoirement le 3 décembre 2024, le conseil de prud'hommes de Basse-Terre a': - déclaré recevable la requête de M. [N] [W], - dit le licenciement de M. [N] [W] avec cause réelle et sérieuse fondé, - condamné la Sarl [2] à payer à M. [N] [W] les sommes suivantes': * 22340,37 euros au titre des salaires dus pour la période de mars 2019 à juillet 2020, * 2000 euros au titre des salaires d'août et septembre 2020, * 1052,48 euros au titre de la prime de transport, * 3796,80 euros au titre des congés payés, - dit que les sommes allouées supporteront, s'il y a lieu, le prélèvement des cotisations et contributions sociales, - condamné la Sarl [2] à remettre à M. [N] [W] dans les 6 semaines du prononcé du jugement les documents de fin de contrat et un dernier bulletin de salaire dûment rectifiés au vu des dispositions du jugement et ce sous astreinte de 30 euros par jour de retard, - condamné la Sarl [2] à payer à M. [N] [W] la somme de 1000 euros en application de l'article 700 du code de procédure civile, - condamné la Sarl [2] aux entiers dépens, - débouté toutes demandes plus amples ou contraires, - ordonné l'exécution provisoire du jugement. Par déclaration du 18 décembre 2024, la Sarl [2] formait régulièrement appel dudit jugement, en ces termes': «'L'appelante demande à la cour de réformer le jugement du conseil des prud'hommes de [Localité 3] en date du 03 décembre 2024'qui': - déclare recevable la requête de M. [N] [W], - dit le licenciement de M. [N] [W] avec cause réelle et sérieuse fondé, - condamne la Sarl [2] à payer à M. [N] [W] les sommes suivantes': * 22340,37 euros au titre des salaires dus pour la période de mars 2019 à juillet 2020,

Motivations de la décision

MOTIFS': Sur le rappel de salaires': Aux termes de l'article L. 8252-2 du code du travail, le salarié étranger a droit au titre de la période d'emploi illicite : 1° Au paiement du salaire et des accessoires de celui-ci, conformément aux dispositions légales, conventionnelles et aux stipulations contractuelles applicables à son emploi, déduction faite des sommes antérieurement perçues au titre de la période considérée. A défaut de preuve contraire, les sommes dues au salarié correspondent à une relation de travail présumée d'une durée de trois mois. Le salarié peut apporter par tous moyens la preuve du travail effectué ; 2° En cas de rupture de la relation de travail, à une indemnité forfaitaire égale à trois mois de salaire, à moins que l'application des règles figurant aux articles L. 1234-5, L. 1234-9, L. 1243-4 et L. 1243-8 ou des stipulations contractuelles correspondantes ne conduise à une solution plus favorable. 3° Le cas échéant, à la prise en charge par l'employeur de tous les frais d'envoi des rémunérations impayées vers le pays dans lequel il est parti volontairement ou a été reconduit. Lorsque l'étranger non autorisé à travailler a été employé dans le cadre d'un travail dissimulé, il bénéficie soit des dispositions de l'article L. 8223-1, soit des dispositions du présent chapitre si celles-ci lui sont plus favorables. Le conseil de prud'hommes saisi peut ordonner par provision le versement de l'indemnité forfaitaire prévue au 2°. Ces dispositions ne font pas obstacle au droit du salarié de demander en justice une indemnisation supplémentaire s'il est en mesure d'établir l'existence d'un préjudice non réparé au titre de ces dispositions. Il résulte des motifs non contestés du jugement déféré que l'employeur s'est retrouvé confronté à la situation d'un salarié dépourvu de titre de séjour régulier. Dès lors, les dispositions précitées de l'article L. 8252-2 du code du travail sont applicables. En ce qui concerne le rappel de salaires de mars 2019 à juillet 2020': Il résulte des fiches de paie versées aux débats que le salarié a été amené à accomplir un travail à temps plein, situation au demeurant non contestée par l'employeur. Le taux horaire mentionné sur les bulletins de paie du salarié à compter du mois d'avril 2019 est de 13,56 euros. Alors que le salarié conteste le règlement de ses salaires par l'employeur, celui-ci ne justifie pas s'être acquitté de son obligation de paiement en se prévalant des mentions portées sur les fiches de paie, d'un paiement en espèces assorti cependant d'aucune pièce sur ce point et de l'absence de réclamation du salarié. Le jugement devra être confirmé en ce qu'il a condamné la Sarl [2] à payer la somme de 22340,37 euros au titre des salaires dus pour la période de mars 2019 à juillet 2020. En ce qui concerne le rappel de salaires des mois d'août et septembre 2020': Le jugement sera également confirmé en ce qu'il a condamné la Sarl [2] à verser à M. [N] la somme de 2000 euros à titre de rappel de salaires des mois d'août et septembre 2020, l'employeur ne justifiant pas, pour les mêmes motifs que précédemment exposés, s'être acquitté de son obligation de paiement, alors qu'il résulte des pièces du dossier que le salarié a travaillé durant cette période et qu'il a été tenu compte de 81,67 heures d'absence au mois d'août 2020. Sur la prime de transport': L'accord du 4 juin 2009 conclu dans le cadre de la convention collective des ouvriers du bâtiment et des travaux publics de la Guadeloupe stipule qu'il est alloué une indemnité mensuelle de remboursement de frais de transport à tous les ouvriers pour couvrir les frais de déplacement du domicile au lieu de travail. L'employeur soutient sans être utilement contredit qu'il a assuré les différents transports du salarié entre son domicile et son lieu de travail, celui-ci étant par ailleurs dépourvu de permis de conduire. Le salarié, qui se borne à faire valoir une erreur manifeste d'interprétation des dispositions applicables, ne justifie pas avoir exposé des frais de déplacements entre son domicile et son lieu de travail. Infirmant le jugement déféré, M. [N] sera débouté de sa demande présentée à ce titre. Sur l'indemnité compensatrice de congés payés': L'employeur, qui ne conteste pas le décompte mentionné dans le jugement déféré, mais se borne à faire valoir un paiement des congés payés en espèces, sans verser de pièces au dossier sur ce point, ne justifie pas s'être acquitté de son obligation de paiement des congés payés dus. Par suite, le jugement ne pourra qu'être confirmé en ce qu'il a accordé au salarié une somme de 3796,80 euros au titre de l'indemnité compensatrice de congés payés. Sur l'indemnité pour travail dissimulé': Aux termes de l'article L. 8221-5 du code du travail, est réputé travail dissimulé par dissimulation d'emploi salarié le fait pour tout employeur : 1° Soit de se soustraire intentionnellement à l'accomplissement de la formalité prévue à l'article L. 1221-10, relatif à la déclaration préalable à l'embauche ; 2° Soit de se soustraire intentionnellement à la délivrance d'un bulletin de paie ou d'un document équivalent défini par voie réglementaire, ou de mentionner sur le bulletin de paie ou le document équivalent un nombre d'heures de travail inférieur à celui réellement accompli, si cette mention ne résulte pas d'une convention ou d'un accord collectif d'aménagement du temps de travail conclu en application du titre II du livre Ier de la troisième partie ; 3° Soit de se soustraire intentionnellement aux déclarations relatives aux salaires ou aux cotisations sociales assises sur ceux-ci auprès des organismes de recouvrement des contributions et cotisations sociales ou de l'administration fiscale en vertu des dispositions légales. En l'espèce, si l'employeur a manifesté dès l'année 2016 sa volonté de recruter le salarié, il appert que la relation de travail a été formalisée à compter du mois de mars 2018, par plusieurs contrats de travail. Il est également établi par les pièces versées aux débats que l'employeur a procédé aux déclarations d'emploi de M. [N]. Si celui-ci a été embauché alors qu'il était en situation irrégulière, il n'est pas démontré que l'employeur en avait connaissance. Le salarié n'établit pas davantage que les mentions portées sur ses bulletins de salaires, dont il ne précise au demeurant pas lesquels, ne correspondraient pas aux nombres d'heures de travail réellement accomplies. Dès lors, M. [N] ne justifie pas de l'existence d'un travail dissimulé. Par suite, il convient de confirmer le jugement en ce qu'il a débouté le salarié de ce chef de demande. Sur les autres demandes': Le jugement sera confirmé en ce qu'il a dit que les sommes allouées supporteront, s'il y a lieu, le prélèvement des cotisations et contributions sociales et en ce qu'il a ordonné à la société la remise dans les six semaines de la décision des documents de fin de contrat et d'un dernier bulletin de salaire rectifiés, sous astreinte de 30 euros par jour de retard. En application du 3ème alinéa de l'article 954 du code de procédure civile, et en l'absence de prétentions formulées sur ce point, il n'y a pas lieu de statuer sur la rupture du contrat de travail. Compte tenu de l'issue du présent litige, le jugement sera confirmé en ce qu'il a condamné la Sarl [2] à verser à M. [N] une somme de 1000 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile au titre des frais irrépétibles de première instance. Il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile au titre des frais irrépétibles d'appel. Les dépens de première instance et d'appel sont mis à la charge de la Sarl [2].

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une faute sérieuse justifiant un licenciement ?
Une faute sérieuse est un fait ou un ensemble de faits imputables au salarié qui rendent impossible son maintien dans l'entreprise, sans pour autant constituer une faute grave. Dans cette affaire, l'employeur a notifié un blâme puis un licenciement pour faute sérieuse, mais le salarié n'a pas contesté le motif.
Comment prouver un travail dissimulé ?
Le salarié doit démontrer l'intention de l'employeur de dissimuler l'emploi, par exemple en ne déclarant pas toutes les heures travaillées. En l'espèce, M. [N] n'a pas apporté de preuve suffisante, sa demande a été rejetée.
Puis-je obtenir un rappel de salaire sans justificatif ?
Non, le salarié doit fournir des éléments précis (comme des fiches de paie, des relevés d'heures) pour étayer sa demande. Dans cette décision, le salarié n'a pas précisé les mois concernés ni les heures réellement travaillées, donc sa demande a été rejetée.
La prime de transport est-elle due à tous les salariés ?
Non, la prime de transport n'est pas obligatoire sauf si elle est prévue par la convention collective ou le contrat. En l'espèce, le salarié n'a pas démontré son droit, sa demande a été rejetée en appel.
Quels sont les recours en cas de licenciement abusif ?
Le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes pour contester le licenciement et demander des dommages et intérêts. Dans cette affaire, le salarié a saisi le conseil mais n'a pas obtenu gain de cause sur le fond du licenciement.
Un salarié étranger a-t-il les mêmes droits qu'un salarié français ?
Oui, sous réserve de disposer d'une autorisation de travail valide. En l'espèce, M. [N] avait une autorisation de travail et a été traité comme tout salarié.

Décisions liées

💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.