Un couple avait une nounou agréé qui a fait subir des violences physiques à leur enfant. Le couple attaque en justice et obtient 5000€ de dommages et intérêts. Ils vont voir un commissaire de justice qui leur dit que c'est à eux à payer les frais du professionnel. Comment peuvent-ils faire pour récupérer l'argent de la condamnation ?
C'est une situation malheureusement classique où, après avoir obtenu gain de cause, les victimes se heurtent à la réalité du recouvrement. Le principe en droit français est pourtant clair : **c'est au débiteur (celui qui a perdu) de supporter les frais d'exécution**, et non aux victimes.
Voici l'analyse stratégique pour débloquer la situation.
### 1. Le principe légal : Qui paie le commissaire de justice ?
L'affirmation du commissaire de justice doit être nuancée. S'il vous demande une "provision" (une avance) pour commencer le travail, c'est légal. En revanche, le coût final des actes ne doit pas rester à votre charge.
* **Les frais d'exécution :** Selon [l'article L111-8 du Code des procédures civiles d'exécution](/articles/code-des-procedures-civiles-d-execution/L111-8), les frais de l'exécution forcée sont à la charge du débiteur, sauf s'il est manifeste qu'ils n'étaient pas nécessaires.
* **Les dépens :** Les émoluments des officiers publics (commissaires de justice) font partie des dépens selon [l'article 695 du Code de procédure civile](/articles/code-de-procedure-civile/695). Votre jugement doit normalement préciser que la partie adverse est condamnée aux dépens.
**Le "Coup d'après" :** Le commissaire de justice peut toutefois vous réclamer un **honoraire de résultat** (appelé droit d'engagement des poursuites ou émolument proportionnel). Cet honoraire spécifique reste légalement à la charge du créancier (vous), sauf si le juge en a décidé autrement. C'est peut-être de cela dont il parlait.
### 2. Les leviers pour récupérer les 5 000 €
Puisque vous avez un titre exécutoire (le jugement), vous pouvez contraindre la nounou par plusieurs moyens prévus à [l'article L111-2 du Code des procédures civiles d'exécution](/articles/code-des-procedures-civiles-d-execution/L111-2) :
1. **La saisie-attribution (sur compte bancaire) :** C'est la méthode la plus rapide. Si vous avez les coordonnées bancaires de la nounou (via vos anciens bulletins de salaire ou virements), donnez-les au commissaire. Cela bloque immédiatement les sommes dues sur son compte.
2. **La saisie des rémunérations :** Si elle a retrouvé un emploi, vous pouvez faire saisir une partie de son salaire.
3. **La saisie-vente :** Saisie de ses meubles à son domicile pour vente aux enchères. C'est souvent plus un moyen de pression qu'une source réelle de fonds, mais c'est efficace psychologiquement.
### 3. La solution de secours : Le SARVI
Si la nounou est insolvable (elle n'a pas d'argent, pas de biens, pas de salaire), ne dépensez pas de frais inutiles en poursuites vaines.
Comme il s'agit de violences physiques, vous pouvez solliciter le **SARVI** (Service d'Aide au Recouvrement des Victimes d'Infractions).
* **Conditions :** Avoir obtenu une décision de justice pénale définitive.
* **Avantage :** Le SARVI peut vous verser une partie ou la totalité de la somme (selon le montant et vos ressources) et se chargera ensuite de poursuivre la nounou à votre place.
* **Délai :** Vous avez 1 an après que le jugement soit devenu définitif pour saisir le SARVI.
### Stratégie recommandée
1. **Vérifiez votre jugement :** Assurez-vous qu'il est bien revêtu de la "formule exécutoire". Sans cela, le commissaire ne peut rien faire.
2. **Mise en demeure :** Si ce n'est pas fait, envoyez une mise en demeure par LRAR à la nounou de régler sous 8 jours, en mentionnant qu'à défaut, l'exécution forcée sera engagée à ses frais exclusifs (Art. L111-8 CPCE).
3. **Changement de professionnel :** Si votre commissaire de justice actuel semble peu enclin à agir ou exige des frais qui vous semblent indus, vous avez le droit d'en changer. Les honoraires de recouvrement sont tarifés par la loi.
**Risque à anticiper :** Si la nounou organise son insolvabilité (don de ses biens à des proches, travail au noir), le recouvrement sera complexe. Dans ce cas, la piste du SARVI est votre meilleure option stratégique.
Si vous le souhaitez, je peux vous rédiger un modèle de mise en demeure formelle à envoyer à la nounou pour tenter un règlement amiable avant d'engager des frais de commissaire.
⚖️
Sources officielles Légifrance
📄 Article L111-2 du Code des procédures civiles d'exécution
Le créancier muni d'un titre exécutoire constatant une créance liquide et exigible peut en poursuivre l'exécution forcée sur les biens de son débiteur dans les conditions propres à chaque mesure d'exécution.
📄 Article L111-7 du Code des procédures civiles d'exécution
Le créancier a le choix des mesures propres à assurer l'exécution ou la conservation de sa créance. L'exécution de ces mesures ne peut excéder ce qui se révèle nécessaire pour obtenir le paiement de l'obligation.
📄 Article 695 du Code de procédure civile
Les dépens afférents aux instances, actes et procédures d'exécution comprennent : 1° Les droits, taxes, redevances ou émoluments perçus par les greffes des juridictions ou l'administration des impôts à l'exception des droits, taxes et pénalités éventuellement dus sur les actes et titres produits à l'appui des prétentions des parties ; 2° Les frais de traduction des actes lorsque celle-ci est rendue nécessaire par la loi ou par un engagement international ; 3° Les indemnités des témoins ; 4° La rémunération des techniciens ; 5° Les débours tarifés ; 6° Les émoluments des officiers publics ou ministériels ; 7° La rémunération des avocats dans la mesure où elle est réglementée y compris les droits de plaidoirie ; 8° Les frais occasionnés par la notification d'un acte à l'étranger ; 9° Les frais d'interprétariat et de traduction rendus nécessaires par les mesures d'instruction effectuées à l'étranger à la demande des juridictions dans le cadre du règlement (UE) 2020/1783 du Parlement européen et du Conseil du 25 novembre 2020 relatif à la coopération entre les juridictions des Etats membres dans le domaine de l'obtention des preuves en matière civile et commerciale (obtention des preuves) (refonte) ; 10° Les enquêtes sociales ordonnées en application des articles 1072 , 1171 et 1221 ; 11° La rémunération de la personne désignée par le juge pour entendre le mineur, en application de l'article 388-1 du code civil ; 12° Les rémunérations et frais afférents aux mesures, enquêtes et examens requis en application des dispositions de l'article 1210-8 .
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