Cher Monsieur,
J’ai procédé à l’analyse de votre dossier.
Sur le fond, la répartition du prix de vente n’a pas été ventilée correctement.
Conformément à la clause insérée dans le titre de propriété des parties, le prix de
vente aurait dû être affecté au remboursement de l’emprunt immobilier restant
dû et le solde, réparti entre les parties conformément à leur droit sur le bien
immobilier.
Or, c’est l’inverse qui s’est produit.
Le prix de vente a été réparti entre les parties à hauteur de leur droit, à charge
pour elles de rembourser l’emprunt immobilier par moitié.
Si la répartition du prix de vente avait été faite après remboursement de
l’emprunt, vous auriez reçu :
- 64 457 € (247 000 € prix de vente – 94 148 € capital non amorti au jour de
la vente = 152 852 € x 42,17 % droit de Mr sur le bien immobilier =
64 457 €)
Du fait de la répartition inverse, vous percevez en théorie, la somme de
57 085 € (247 000 € x 42,17 % = 104 159 € - 47 074 € correspondant à votre
part de remboursement par moitié de l’emprunt restant dû, = 57 085 €)
Soit donc une perte de 7 372 € (64 457 € - 57 085 €).
Pour autant, je considère qu’aucune faute du Notaire n’a été commise.
L’emprunt immobilier n’était pas assorti d’une prise d’hypothèque.
Dès lors, le notaire n’avait pas à rembourser l’emprunt avec le prix de vente. S
Ce remboursement incombait exclusivement et obligatoirement aux parties.
Le notaire ne pouvait que répartir le prix de vente selon les droits des parties sur
le bien, faute d’un accord des parties l’autorisant à conserver les fonds, le temps
de la discussion ou d’une décision judiciaire autorisant le Notaire en ce sens.
Quant à la créance alléguée sur les mensualités de l’emprunt immobilier que
vous avez remboursé seul durant la vie commune, vous ne pouvez prétendre à
aucun remboursement.
est ce vrai?
L'analyse qui vous a été transmise appelle des nuances juridiques importantes. Si le raisonnement mathématique sur la perte de **7 372 €** semble exact, les conclusions sur la responsabilité du Notaire et sur le remboursement des échéances d'emprunt méritent d'être contestées ou, à tout le moins, approfondies.
Voici une analyse stratégique de votre situation selon la méthodologie de notre cabinet.
## 1. La répartition du prix de vente : une erreur de méthode ?
Le professionnel qui vous a répondu soutient que, faute d'hypothèque, le Notaire n'avait pas à solder l'emprunt. C'est une vision très restrictive de la mission notariale.
* **Le principe :** En cas d'indivision, le Notaire doit assurer l'efficacité des actes qu'il rédige. Si votre titre de propriété contenait une clause de répartition spécifique (précisant que le solde s'entend "après remboursement du prêt"), le Notaire se devait de la respecter ou de vous mettre en garde contre une répartition dérogatoire.
* **La responsabilité :** En vertu de [l'article 1240 du Code civil](/articles/code-civil/1240), le notaire engage sa responsabilité s'il commet une faute. La jurisprudence rappelle régulièrement que le notaire a un devoir de conseil et doit veiller à l'équilibre des intérêts des parties.
* **Jurisprudence utile :** Dans une affaire récente ([Cour d'appel, chambre civile, 17/12/2024, n° 22/00531](/decisions/676266c72d51161747ccc641)), la responsabilité du notaire a été examinée sur le terrain du manquement au devoir de conseil concernant les garanties de remboursement d'un prêt immobilier. Si le notaire a laissé s'opérer une répartition mathématiquement défavorable au mépris des clauses du titre de propriété, sa responsabilité peut être recherchée.
## 2. Le remboursement des mensualités (Vie commune)
L'affirmation selon laquelle vous ne pouvez "prétendre à aucun remboursement" est **trop brutale**. Tout dépend de votre régime matrimonial ou de votre statut (PACS ou concubinage) :
* **Si vous étiez concubins (Union libre) :** La jurisprudence considère souvent que le paiement des échéances par un seul partenaire constitue une participation aux charges de la vie commune, non remboursable.
* **Si vous étiez mariés ou pacsés :** [L'article 815-13 du Code civil](/articles/code-civil/815-13) prévoit que lorsqu'un indivisaire a amélioré ou conservé un bien avec ses deniers personnels (ce qui est le cas du remboursement d'un emprunt), il doit lui en être tenu compte lors du partage.
* **L'exception :** Le remboursement peut être refusé si le juge estime que ce paiement correspondait à votre contribution aux charges du mariage ou de la vie commune, à proportion de vos facultés respectives.
## 3. Stratégie et "Coup d'après"
### L'argumentation de la partie adverse
Votre ex-partenaire soutiendra probablement que :
1. L'emprunt étant solidaire, la dette doit être divisée par deux (50/50) conformément à l'engagement bancaire, indépendamment de la répartition de la propriété (42/58).
2. Le Notaire n'était pas "juge" du litige et ne pouvait bloquer les fonds sans votre accord commun.
### La charge de la preuve
Pour contester cette répartition, vous devez réunir :
* Le **titre de propriété initial** (pour prouver la clause de répartition du prix).
* Les **tableaux d'amortissement** et les relevés bancaires prouvant que vous avez payé seul certaines échéances.
* Le **décompte de liquidation** du Notaire que vous ne devez signer qu'avec "réserves" ou refuser si vous entendez agir.
### Évaluation du risque (Go / No-Go)
Le préjudice est évalué à **7 372 €**.
* **Le risque :** Une procédure judiciaire pour ce montant peut durer 18 à 24 mois et coûter entre 2 500 € et 4 000 € d'honoraires d'avocat.
* **Le conseil :** Avant d'assigner, une mise en demeure argumentée visant la responsabilité professionnelle du Notaire (via son assurance) ou une médiation avec votre ex-conjoint est impérative.
## 4. Ce qu'il faut vérifier immédiatement
Vérifiez précisément la rédaction de votre titre d'acquisition. Si la clause dit : *"le prix sera réparti au prorata des apports après désintéressement des créanciers"*, le Notaire a commis une faute professionnelle en ventilant le prix brut.
Je peux, si vous le souhaitez, rédiger une lettre de mise en demeure circonstanciée à l'attention du Notaire pour contester sa responsabilité et solliciter une rectification de la répartition.
⚖️
Sources officielles Légifrance
📄 Article 1240 du Code civil
Tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.
📄 Article 815-13 du Code civil
Lorsqu'un indivisaire a amélioré à ses frais l'état d'un bien indivis, il doit lui en être tenu compte selon l'équité, eu égard à ce dont la valeur du bien se trouve augmentée au temps du partage ou de l'aliénation. Il doit lui être pareillement tenu compte des dépenses nécessaires qu'il a faites de ses deniers personnels pour la conservation desdits biens, encore qu'elles ne les aient point améliorés. Inversement, l'indivisaire répond des dégradations et détériorations qui ont diminué la valeur des biens indivis par son fait ou par sa faute.
MOTIFS Sur le principe de la responsabilité Moyens des parties Mme [G] soutient que M. [P], notaire, a commis une faute en déduisant du prix de vente l'intégralité de la somme de 39 168 euros dont elle réclamait le paiement, et en lui en imputant donc une partie, alors qu'il s'agissait d'une dette fiscale personnelle de M. [S], dont il devait seul répondre et à laquelle elle n'était quant à elle pas tenue, de sorte que le notaire ne pouvait l'imputer sur la part du prix de vente ayant vocation à...
MOTIFS Sur la responsabilité de M. [D] Moyens des parties Mme [O] reproche au notaire d'avoir manqué à son devoir d'information en ce que l'état liquidatif de communauté qu'il a rédigé ne mentionne pas le montant des sommes restant dues au [5] que M. [P] s'engageait à rembourser et ne rappelle pas à Mme [O] la possibilité pour la banque de se retourner contre elle en cas de défaillance de M. [P] dans le remboursement de l'emprunt, de sorte qu'elle ne pouvait pas comprendre la portée de son engag...
👤
REPARTITION DU PRIX EN CAS DE REVENTE
Les ACQUEREURS déclarent que la proportionnalité indiquée ci-dessus a été fixée d’un commun accord entre eux en fonction des éléments financiers de l’opération.
Sauf accord contraire des ACQUEREURS à l’époque de la revente et apurement des comptes pouvant subsister entre eux, la proportion de propriété convenue entre les ACQUEREURS sera celle qui sera utilisée pour la répartition du prix de revente, si tous les prêts sollicités pour le financement de la présente acquisition ont été remboursés comme il a été convenu.
Cependant, dans le cas où le BIEN présentement acquis ferait, pour quelque cause que ce soit, l’objet d’une mutation avant l’amortissement total des emprunts sollicités pour la présente acquisition, le prix sera réparti en fonction des proportions individuelles d’acquisition ci-dessus fixées, déduction faite des sommes dont ils pourront être redevables.
Cette convention est acceptée par les ACQUEREURS. Elle s’appliquera à défaut d’accord contraire de leur part à l’époque, et sous réserve de l’apurement des comptes de créances et dettes pouvant subsister entre eux.
C'est la clause de vente de l'acte d'achat
La lecture de cette clause **change radicalement la donne** et contredit l'analyse qui vous a été faite. Cette clause est ce qu'on appelle une "convention d'indivision" intégrée à l'acte d'achat, et elle a force de loi entre vous selon [l'article 1103 du Code civil](/articles/code-civil/1103).
Voici pourquoi l'analyse de votre précédent expert est juridiquement contestable au regard de ce texte :
## 1. Une erreur sur la méthode de répartition (Le "Net" vs le "Brut")
La clause stipule expressément : *« le prix sera réparti en fonction des proportions individuelles d’acquisition ci-dessus fixées, **déduction faite des sommes dont ils pourront être redevables** »*.
* **L'interprétation correcte :** Le Notaire devait calculer la part de chacun (42,17 % pour vous) sur le prix de vente, puis **déduire** de cette part votre part de dette.
* **Le problème :** En répartissant le prix total puis en vous laissant gérer le prêt par moitié, le Notaire a ignoré la mention "déduction faite". Si le prêt a servi à financer l'acquisition dans des proportions inégales, la "somme dont vous êtes redevable" au titre du prêt doit être corrélée à votre part de propriété pour que l'opération soit neutre.
* **La faute du Notaire :** Le Notaire a l'obligation d'assurer l'efficacité des actes qu'il reçoit. En ignorant une clause claire de l'acte d'achat qu'il avait sous les yeux, il a manqué à son obligation de conseil et d'exécution. La jurisprudence sanctionne le notaire qui ne respecte pas les modalités de répartition prévues au titre (voir par analogie : [Cour d'appel, chambre civile, 26/03/2025, n° 22/02466](/decisions/67e4ece5d0b796642373b83d)).
## 2. Le remboursement des mensualités : La clause vous donne raison
Votre expert prétendait que vous ne pouviez rien réclamer. Or, votre clause dit exactement l'inverse :
* *« Elle s’appliquera [...] sous réserve de **l’apurement des comptes de créances et dettes** pouvant subsister entre eux. »*
Cette mention renvoie directement à [l'article 815-13 du Code civil](/articles/code-civil/815-13). Si vous avez payé seul les mensualités, vous détenez une **créance** contre l'indivision (ou contre votre ex-partenaire). La clause prévoit que la répartition du prix ne peut se faire qu'une fois ces comptes apurés.
## 3. Analyse stratégique ("Le coup d'après")
### Ce que va dire la partie adverse (votre ex-partenaire)
Elle soutiendra que le prêt a été souscrit à 50/50 auprès de la banque (solidarité) et que la clause de l'acte ne précise pas que le remboursement du prêt doit suivre la quote-part de propriété. Elle dira que "redevable" signifie "redevable envers la banque par moitié".
### Comment contrer cet argument
Il faut invoquer le déséquilibre économique : si vous possédez 42,17 % mais que vous payez 50 % du prêt, vous subissez un appauvrissement sans cause au profit de l'autre. La mention *"en fonction des éléments financiers de l'opération"* au début de votre clause prouve que la volonté des parties était de lier étroitement le financement à la propriété.
### La charge de la preuve
Vous devez produire :
1. **L'acte d'achat complet** avec cette clause surlignée.
2. **L'historique des paiements** (relevés bancaires) montrant que vous avez payé seul.
3. **Le décompte de liquidation du notaire** pour démontrer qu'il n'a pas appliqué la "déduction" prévue.
## 4. Risque et Opportunité (Go/No-Go)
* **Le préjudice de 7 372 € est "sec"** (mathématique) sur la seule vente.
* **S'y ajoute la créance** sur les mensualités payées seul, qui peut représenter plusieurs milliers d'euros supplémentaires.
**Mon avis :** L'analyse que vous avez reçue semble avoir ignoré la spécificité de votre clause. Avec un tel texte, une action en responsabilité contre le Notaire ou une demande de rectification de la liquidation envers votre ex-partenaire a de **fortes chances de succès**.
Si vous le souhaitez, je peux rédiger un projet de courrier de contestation destiné au Notaire, en m'appuyant précisément sur les termes de cette clause pour exiger une rectification du projet de liquidation.
⚖️
Sources officielles Légifrance
📄 Article 815 du Code civil
Nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision et le partage peut toujours être provoqué, à moins qu'il n'y ait été sursis par jugement ou convention.
📄 Article 815-3 du Code civil
Le ou les indivisaires titulaires d'au moins deux tiers des droits indivis peuvent, à cette majorité : 1° Effectuer les actes d'administration relatifs aux biens indivis ; 2° Donner à l'un ou plusieurs des indivisaires ou à un tiers un mandat général d'administration ; 3° Vendre les meubles indivis pour payer les dettes et charges de l'indivision ; 4° Conclure et renouveler les baux autres que ceux portant sur un immeuble à usage agricole, commercial, industriel ou artisanal. Ils sont tenus d'en informer les autres indivisaires. A défaut, les décisions prises sont inopposables à ces derniers. Toutefois, le consentement de tous les indivisaires est requis pour effectuer tout acte qui ne ressortit pas à l'exploitation normale des biens indivis et pour effectuer tout acte de disposition autre que ceux visés au 3°. Si un indivisaire prend en main la gestion des biens indivis, au su des autres et néanmoins sans opposition de leur part, il est censé avoir reçu un mandat tacite, couvrant les actes d'administration mais non les actes de disposition ni la conclusion ou le renouvellement des baux.
📄 Article 1103 du Code civil
Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits.
MOTIFS Sur le principe de la responsabilité Moyens des parties Mme [G] soutient que M. [P], notaire, a commis une faute en déduisant du prix de vente l'intégralité de la somme de 39 168 euros dont elle réclamait le paiement, et en lui en imputant donc une partie, alors qu'il s'agissait d'une dette fiscale personnelle de M. [S], dont il devait seul répondre et à laquelle elle n'était quant à elle pas tenue, de sorte que le notaire ne pouvait l'imputer sur la part du prix de vente ayant vocation à...
📋 Other - 1/1/2 resp profess du drt - n°23/11621 - 11/06/2025
SUR CE, Sur la responsabilité du notaire 1. S'agissant de Me [N] L'article 1989 du code civil dispose que " le mandataire ne peut rien faire au-delà de ce qui est porté dans son mandat : le pouvoir de transiger ne renferme pas celui de compromettre ". En l'espèce, par procuration du 6 mars 2015, M. [L] a mandaté l'étude de Me [N] pour céder à [14], à titre de licitation faisant cesser l'indivision, les biens lui appartenant dans l'immeuble situé [Adresse 4], au prix de 700.000 euros, avec " en c...
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