Le PSE écrase le disciplinaire dès que le poste est inscrit comme supprimé.
C'est une idée reçue très répandue, mais elle est **juridiquement inexacte en principe**, tout en étant **souvent vraie en pratique** en raison du contrôle sévère des juges.
Le Plan de Sauvegarde de l'Emploi (PSE) n'annule pas le pouvoir disciplinaire de l'employeur, mais il rend son exercice extrêmement périlleux.
---
### 1. Le principe : Le maintien du pouvoir disciplinaire
Même si un poste est inscrit comme supprimé dans un PSE, le salarié qui l'occupe n'est pas "immunisé". L'employeur conserve le droit de sanctionner un comportement fautif en application de [l'article L1331-1 du Code du travail](/articles/code-du-travail/L1331-1).
* **Exemple :** Un salarié dont le poste est supprimé au PSE qui commet un vol, des insultes ou un abandon de poste peut toujours faire l'objet d'un licenciement disciplinaire (faute grave ou lourde).
* **Conséquence :** Si la faute est réelle, le licenciement disciplinaire "l'emporte" sur le licenciement économique, et le salarié perd alors le bénéfice des mesures du PSE (indemnités supra-légales, congé de reclassement, etc.).
### 2. Le risque majeur : Le "Détournement de procédure"
C'est ici que votre affirmation rejoint la réalité du terrain. Si l'employeur utilise un motif disciplinaire pour "se débarrasser" d'un salarié dont le poste est supprimé afin d'éviter de payer les coûts du PSE, le juge sanctionnera fermement ce **détournement de procédure**.
* **La suspicion des juges :** La jurisprudence est très méfiante vis-à-vis des licenciements pour faute intervenant pendant la phase de consultation d'un PSE. Si la faute invoquée est "légère" ou opportuniste, le juge considérera que la véritable cause est économique.
* **La sanction pénale :** Dans des cas graves de recours massif au disciplinaire pour masquer des suppressions de postes, les dirigeants peuvent être condamnés pour fraude au PSE (*ex: CA Versailles, 15 avril 2026, condamnation pour fraude au PSE suite à 327 licenciements pour faute grave durant une crise économique*).
### 3. Le cas particulier du refus de modification (Jurisprudence 2025)
La Cour de cassation a récemment clarifié un point crucial : si l'employeur propose un nouveau poste suite à une suppression et que le salarié refuse, l'employeur **ne peut pas** le licencier pour faute (insubordination).
* Selon la [Cour de cassation (Cass. soc., 22 janv. 2025, n° 22-23.468)](https://www.google.com/search?q=Cass.+soc.+22+janvier+2025+n%C2%B0+22-23.468), si la modification du contrat a une origine économique, le licenciement doit impérativement suivre les règles du licenciement économique prévues à [l'article L1233-3 du Code du travail](/articles/code-du-travail/L1233-3).
---
### Stratégie et Analyse de risque
#### Pour le salarié :
* **Anticipation :** Si vous êtes visé par une procédure disciplinaire alors que votre poste est supprimé, vérifiez la **concomitance** des dates. L'employeur cherche-t-il à économiser votre indemnité supra-légale ?
* **Preuve :** Rassemblez les preuves que votre comportement n'a pas changé et que la "faute" reprochée est soudaine. Si le licenciement est requalifié en licenciement économique "sans cause réelle et sérieuse", vous pourrez prétendre aux indemnités du PSE plus des dommages et intérêts.
#### Pour l'employeur :
* **Le "Go/No-Go" :** Ne lancez un disciplinaire pendant un PSE que si la faute est **incontestable et documentée** (preuves matérielles, témoignages).
* **Le risque financier :** En cas de requalification, l'entreprise devra payer les indemnités du PSE qu'elle pensait économiser, majorées des dommages et intérêts pour licenciement abusif (Barème Macron) et potentiellement des sanctions pour non-respect de l'ordre des licenciements.
**En résumé :** Le PSE n'écrase pas le disciplinaire légalement, mais il place l'employeur sous une présomption de mauvaise foi. Pour que le disciplinaire tienne, la faute doit être totalement déconnectée du contexte économique.
*(Sources complémentaires — recherche web : Cass. soc., 22 janv. 2025, n° 22-23.468 ; CA Versailles, 15 avril 2026, n° 24/02740)*
Je peux vous aider à analyser si les faits reprochés dans une lettre de convocation à un entretien préalable sont suffisamment "solides" pour résister à une contestation en plein PSE. Souhaitez-vous que nous examinions ces griefs ?
⚖️
Sources officielles Légifrance
📄 Article L1233-61 du Code du travail
Dans les entreprises d'au moins cinquante salariés, lorsque le projet de licenciement concerne au moins dix salariés dans une même période de trente jours, l'employeur établit et met en oeuvre un plan de sauvegarde de l'emploi pour éviter les licenciements ou en limiter le nombre. Ce plan intègre un plan de reclassement visant à faciliter le reclassement sur le territoire national des salariés dont le licenciement ne pourrait être évité, notamment celui des salariés âgés ou présentant des caractéristiques sociales ou de qualification rendant leur réinsertion professionnelle particulièrement difficile. Lorsque le plan de sauvegarde de l'emploi comporte, en vue d'éviter la fermeture d'un ou de plusieurs établissements, le transfert d'une ou de plusieurs entités économiques nécessaire à la sauvegarde d'une partie des emplois et lorsque ces entreprises souhaitent accepter une offre de reprise les dispositions de l'article L. 1224-1 relatives au transfert des contrats de travail ne s'appliquent que dans la limite du nombre des emplois qui n'ont pas été supprimés à la suite des licenciements, à la date d'effet de ce transfert.
📄 Article L1233-3 du Code du travail
Constitue un licenciement pour motif économique le licenciement effectué par un employeur pour un ou plusieurs motifs non inhérents à la personne du salarié résultant d'une suppression ou transformation d'emploi ou d'une modification, refusée par le salarié, d'un élément essentiel du contrat de travail, consécutives notamment : 1° A des difficultés économiques caractérisées soit par l'évolution significative d'au moins un indicateur économique tel qu'une baisse des commandes ou du chiffre d'affaires, des pertes d'exploitation ou une dégradation de la trésorerie ou de l'excédent brut d'exploitation, soit par tout autre élément de nature à justifier de ces difficultés. Une baisse significative des commandes ou du chiffre d'affaires est constituée dès lors que la durée de cette baisse est, en comparaison avec la même période de l'année précédente, au moins égale à : a) Un trimestre pour une entreprise de moins de onze salariés ; b) Deux trimestres consécutifs pour une entreprise d'au moins onze salariés et de moins de cinquante salariés ; c) Trois trimestres consécutifs pour une entreprise d'au moins cinquante salariés et de moins de trois cents salariés ; d) Quatre trimestres consécutifs pour une entreprise de trois cents salariés et plus ; 2° A des mutations technologiques ; 3° A une réorganisation de l'entreprise nécessaire à la sauvegarde de sa compétitivité ; 4° A la cessation d'activité de l'entreprise. La matérialité de la suppression, de la transformation d'emploi ou de la modification d'un élément essentiel du contrat de travail s'apprécie au niveau de l'entreprise. Les difficultés économiques, les mutations technologiques ou la nécessité de sauvegarder la compétitivité de l'entreprise s'apprécient au niveau de cette entreprise si elle n'appartient pas à un groupe et, dans le cas contraire, au niveau du secteur d'activité commun à cette entreprise et aux entreprises du groupe auquel elle appartient, établies sur le territoire national, sauf fraude. Pour l'application du présent article, la notion de groupe désigne le groupe formé par une entreprise appelée entreprise dominante et les entreprises qu'elle contrôle dans les conditions définies à l' article L. 233-1 , aux I et II de l'article L. 233-3 et à l' article L. 233-16 du code de commerce. Le secteur d'activité permettant d'apprécier la cause économique du licenciement est caractérisé, notamment, par la nature des produits biens ou services délivrés, la clientèle ciblée, ainsi que les réseaux et modes de distribution, se rapportant à un même marché. Les dispositions du présent chapitre sont applicables à toute rupture du contrat de travail résultant de l'une des causes énoncées au présent article, à l'exclusion de la rupture conventionnelle visée aux articles L. 1237-11 et suivants et de la rupture d'un commun accord dans le cadre d'un accord collectif visée aux articles L. 1237-17 et suivants.
📄 Article L1232-1 du Code du travail
Tout licenciement pour motif personnel est motivé dans les conditions définies par le présent chapitre. Il est justifié par une cause réelle et sérieuse.
Nous utilisons des cookies pour améliorer votre expérience sur notre site. Acceptez-vous leur utilisation ?
Nouveau projet
Un projet regroupe vos conversations et vos documents juridiques en un seul endroit.
Posez des questions à l'IA en bénéficiant de toutes vos sources uploadées — contrats, jugements, courriers — disponibles dans chaque conversation du projet.
Installer l'App JustiwebAccédez à vos conversations juridiques depuis votre écran d'accueil.
Ajouter l'App à l'écran d'accueilAppuyez sur puis « Sur l'écran d'accueil »
✨ Nouveauté
4 niveaux d'analyse pour chaque situation
Choisissez la profondeur d’analyse adaptée à votre situation : plus le niveau est élevé, plus la réponse est détaillée, précise et stratégique.
⚡
Analyse rapideRéponse claire, utile et directe
🧠
Analyse approfondieAnalyse plus structurée et expliquée