Validité d'une clause de vente liée de carried interest dans un pacte d'associés
Droit des sociétés
?
est ce que une clause insérée dans un pacte d'associés de la holding d'une société de gestion de portefeuille, clause qui dit que les associés (les salariés) sont obligés à partir du moment où ils acquièrent les actions de la holding, d'acheter également toutes les parts de carried interest des fonds gérés qu'on leur proposera, est une clause qui est abusive au regard de la législation sur la vente liées de produits financiers (code monétaire et financier) et éventuellement de la vente liée en droit de la consommation ?
L'analyse de votre situation nécessite de distinguer le cadre du droit financier (Code monétaire et financier) de celui du droit de la consommation, tout en intégrant la dimension contractuelle spécifique aux pactes d'associés dans le secteur du Private Equity.
Voici l'analyse stratégique de la validité de cette clause d'achat forcé de *carried interest*.
### 1. L'angle du Droit de la Consommation : La vente liée
L'interdiction de la vente liée (ou subordonnée) est prévue par [l'article L121-11 du Code de la consommation](https://www.google.com/search?q=Article+L121-11+du+Code+de+la+consommation).
* **Le risque pour la société :** Si l'associé est qualifié de "consommateur", la clause qui oblige à acheter un produit (le *carried*) pour obtenir l'accès à un autre (les actions de la holding) pourrait être contestée.
* **La réalité juridique :** Dans votre cas, cet argument est **fragile**. La jurisprudence considère généralement que les salariés ou dirigeants souscrivant à des instruments financiers dans le cadre de leur activité professionnelle ou de leur intéressement au capital ne bénéficient pas de la protection du droit de la consommation. Ils sont considérés comme des investisseurs avertis ou des professionnels du secteur.
### 2. L'angle du Code Monétaire et Financier (CMF) : La vente liée de services financiers
Le CMF encadre strictement les pratiques de vente liée pour les services financiers. [L'article L341-10 du Code monétaire et financier](https://www.google.com/search?q=Article+L341-10+du+Code+monétaire+et+financier) interdit certaines formes de démarchage et de subordination d'offres.
Cependant, l'interdiction de la vente liée de services financiers (transposée de la directive MIF) vise principalement à protéger le client final contre des packages forcés (ex: un crédit lié à une assurance spécifique). Dans le cadre d'un pacte d'associés d'une société de gestion :
* Le *carried interest* est un outil d'alignement d'intérêts.
* L'obligation de souscription est souvent justifiée par la structure même du modèle économique (tous les partenaires doivent partager les risques et les profits des fonds gérés).
### 3. Le risque de qualification en "Clause Abusive" (Droit commun)
Le juge peut écarter une clause créant un "déséquilibre significatif" entre les droits et obligations des parties.
Récemment, la jurisprudence a montré une vigilance accrue sur les clauses de déchéance ou d'obligation automatique dans les contrats financiers. Par exemple, le [Tribunal judiciaire, 01/12/2025, n° 25/00191](/decisions/694724d575782d5f060fee99) rappelle que le juge doit veiller à l'équilibre des prestations, même si cette décision concernait un prêt à la consommation.
Dans votre cas, le risque majeur n'est pas tant la "vente liée" que le **caractère indéterminé de l'obligation** :
* Si la clause oblige à acheter "toutes les parts qu'on leur proposera" sans plafonnement de prix, sans critère de performance ou sans visibilité sur l'exposition financière, elle pourrait être attaquée sur le fondement de **l'indétermination de l'objet** ([Article 1163 du Code civil](https://www.google.com/search?q=Article+1163+du+Code+civil)).
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### Stratégie et Risques (Le "Coup d'après")
**1. L'argument de la partie adverse (La Société de Gestion) :**
La société soutiendra que cette clause est une condition de l'affectio societatis. Elle arguera que le salarié n'est pas "forcé" d'acheter, mais que l'accès au capital de la holding est indissociable de l'engagement dans les fonds (principe du "skin in the game").
**2. La charge de la preuve :**
Si vous souhaitez contester cette clause, vous devrez prouver :
* Le caractère disproportionné de l'investissement requis par rapport à votre rémunération.
* L'absence de liberté de choix (pression hiérarchique assimilable à un vice du consentement).
**3. Évaluation du risque (Go/No-Go) :**
* **Risque de nullité :** Si la clause est jugée abusive ou indéterminée, elle pourrait être réputée non écrite.
* **Risque professionnel :** Contester une telle clause revient souvent à rompre le lien de confiance avec les autres associés. C'est une stratégie de "sortie" plus que de "maintien" dans la société.
**Recommandation :**
Avant toute action judiciaire, vérifiez si le pacte prévoit un mécanisme de plafonnement des appels de fonds pour le *carried*. Si le montant est discrétionnaire et illimité, la clause est juridiquement très vulnérable.
Je peux, si vous le souhaitez, analyser les termes précis de votre clause pour identifier s'ils respectent les critères de détermination du prix et de l'objet requis par le Code civil. Souhaitez-vous me soumettre le libellé de la clause ?
⚖️
Jurisprudences rendues par la Cour de Cassation
📋 Other - PCP JCP fond - n°25/03797 - 02/12/2025
MOTIFS DE LA DÉCISION En application des dispositions de l’article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée. En application de l'article L311-2 du Code de la consommation, la location-vente et la location avec option d'achat sont assimilées à des opérations de crédit quant au régime protecteur s'y appliquant. Selon l’article R.632...
📋 Other - JCP TANCREDE - n°25/00191 - 01/12/2025
MOTIFS En application des dispositions de l’article 472 du code de procédure civile, même en l’absence du défendeur, le juge peut faire droit aux prétentions du demandeur s’il les estime recevable et bien fondées. En application de l'article 12 du Code de procédure civile, le juge tranche le litige conformément aux règles du droit qui lui sont applicables. En vertu de l'article 16 du même code, il ne peut fonder sa décision sur des moyens de droit qu'il a relevé d'office sans avoir au préalable ...
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