Je suis le créateur, réalisateur, interprète et producteur d'un podcast indépendant intitulé « le beau rôle. ». Il s'agit d'une œuvre sonore consistant en la lecture et la mise en voix d'extraits de textes littéraires tombés dans le domaine public, accompagnée d'une création sonore (composition/habillage sonore, montage et réalisation). Ce projet est entièrement autofinancé, sans contrat de production, d'édition ou de cession de droits conclu avec un tiers.
Les épisodes sont hébergés et diffusés sur les plateformes d'écoute en ligne. Par ailleurs, ils font l'objet d'une diffusion radiophonique sur une radio associative (Radio RGB 99.2), sous forme de « capsules » intégrées dans la grille de programmes (1 à 2 diffusions par jour, sans émission contenante fixe).
Dans le cadre de ma demande d'adhésion et de déclaration d'œuvres auprès de la Scam, je me heurte à deux difficultés. L'outil en ligne impose des contraintes techniques (durée unitaire fixe, titre d'émission) mal adaptées à un format de capsules/série avec des durées variables (entre 6 et 17 min). La gestionnaire du pôle radio m'a indiqué que « la lecture de textes édités n’ouvre pas de droits », soulevant une réserve sur la prise en charge de mon répertoire.
Q1 : Quelle est la qualification juridique exacte attribuée à la création, au montage et à la mise en ondes d'une capsule sonore associant la voix parlée d'un texte du domaine public et une réalisation sonore originale ? Dans quelle mesure ces créations relèvent-elles du droit d'auteur par opposition aux droits voisins de l'artiste-interprète ?
Q2 : Le refus implicite (ou la réserve) de la Scam quant à l'ouverture de droits pour la lecture de textes du domaine public est-il juridiquement fondé si la déclaration porte notamment sur la réalisation/mise en ondes sonore de l'œuvre ? La Scam peut-elle refuser d'enregistrer ces œuvres sonores alors même que ses statuts/conditions d'adhésion incluent les « œuvres sonores et radiophoniques » ?
Votre situation est emblématique de la frontière entre la simple **exécution** (interprétation) et la **création** (réalisation sonore). Pour la Scam (Société civile des auteurs multimédia), l'enjeu est de déterminer si vous agissez en tant qu'auteur d'une œuvre sonore ou "seulement" en tant que lecteur.
Voici l'analyse stratégique de votre dossier pour débloquer votre adhésion et la déclaration de vos œuvres.
### Q1 : Qualification juridique : Œuvre de l'esprit vs Interprétation
Votre création ne se limite pas à une prestation vocale ; elle constitue une **œuvre radiophonique ou sonore**.
#### 1. La qualification d'œuvre composite
Puisque vous incorporez un texte préexistant (le domaine public) dans une création nouvelle (votre réalisation), votre podcast est juridiquement une **œuvre composite** au sens de l'article L113-2 du Code de la propriété intellectuelle [Article L113-2 du Code de la propriété intellectuelle](/articles/code-de-la-propriete-intellectuelle/L113-2).
* Le fait que le texte soit dans le domaine public signifie simplement que vous n'avez pas de droits à reverser à l'auteur original, mais cela ne prive pas votre "apport nouveau" de protection.
#### 2. Droit d'auteur (La Réalisation)
Le droit d'auteur protège la "mise en ondes". Ce point juridique doit être confirmé par une source officielle plus explicite avant de pouvoir être affirmé avec une référence précise.
* **Votre apport protégé :** Le choix des extraits, le rythme du montage, la composition de l'habillage sonore, le mixage et la direction artistique globale. C'est cette "originalité" (l'empreinte de votre personnalité) qui fait de vous un **auteur-réalisateur**.
#### 3. Droits voisins (L'Interprétation)
En tant que voix du podcast, vous êtes également un **artiste-interprète** au sens de l'article L212-1 du Code de la propriété intellectuelle [Article L212-1 du Code de la propriété intellectuelle](/articles/code-de-la-propriete-intellectuelle/L212-1).
* Cette casquette relève effectivement des droits voisins (gérés par l'Adami ou la Spedidam), et c'est sur ce point que la gestionnaire de la Scam fonde son refus : la lecture seule n'est pas une "œuvre" au sens de la Scam.
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### Q2 : Analyse du refus de la Scam et stratégie de défense
Le refus de la Scam est fondé sur une interprétation restrictive de votre activité, vous assimilant à un simple lecteur de livres audio.
#### 1. Le fondement du refus vs les Statuts
La Scam a pour mission de percevoir les droits des auteurs d'œuvres "sonores et radiophoniques". Si votre déclaration mentionne uniquement "Lecture de textes", elle sera rejetée. Si elle mentionne **"Réalisation et création sonore"**, la Scam ne peut juridiquement pas refuser l'enregistrement au motif que le texte support est libre de droits.
* **L'argument stratégique :** L'œuvre déclarée n'est pas le texte de Victor Hugo, mais la **composition sonore originale** qui l'intègre. Le texte n'est qu'un élément de la matière première, au même titre que les sons ou la musique.
#### 2. L'obstacle technique (Capsules et Durées)
Les outils de déclaration sont souvent calibrés pour des émissions de flux. Cependant, la Scam gère parfaitement les "formes courtes" (documentaires de création, poésie sonore).
* **Le "Coup d'après" :** La Scam risque de vous opposer que la diffusion sur une radio associative (souvent couverte par des forfaits globaux) génère des droits trop faibles pour justifier la complexité administrative. C'est un argument de gestion, pas un argument de droit.
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### Stratégie opérationnelle (Go/No-Go)
Pour forcer l'adhésion, vous devez déplacer le curseur de la "lecture" vers la "création".
1. **Repenser la terminologie :** Ne vous présentez plus comme "lecteur", mais comme **"Auteur-Réalisateur de créations sonores"**. Vos épisodes ne sont pas des lectures, mais des **"fictions ou créations radiophoniques"**.
2. **La preuve de l'originalité :** Préparez une note d'intention artistique pour vos œuvres. Expliquez vos choix de montage, de textures sonores et de mise en ondes. Cela prouve que vous n'êtes pas un simple exécutant (artiste-interprète) mais le créateur d'une œuvre de l'esprit.
3. **Le dossier d'adhésion :**
* Utilisez le terme "Série de créations sonores" pour regrouper vos capsules sous un titre chapeau (ex: "Le beau rôle - Saison 1"). Cela règle le problème du "titre d'émission" dans l'outil Scam.
* Indiquez la durée totale de la série ou une durée moyenne, en précisant en commentaire la nature de "capsules".
**Risque identifié :** Si vous insistez uniquement sur la lecture, la Scam vous renverra systématiquement vers l'Adami. Or, l'Adami ne perçoit pas de droits sur la diffusion radio associative de la même manière que la Scam pour les auteurs.
**Conseil pragmatique :** Demandez un rendez-vous (ou un échange écrit formel) en précisant que vous demandez l'adhésion au titre de la **Réalisation sonore** (répertoire Radio de la Scam) et non au titre de l'écrit. Si le blocage persiste, invoquez l'égalité de traitement entre les auteurs : un réalisateur de documentaire radio utilisant des archives du domaine public est admis à la Scam ; il n'y a aucune raison juridique de vous exclure.
Je peux, si vous le souhaitez, vous aider à rédiger le courrier de réponse à la gestionnaire du pôle radio pour requalifier officiellement votre demande.
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Sources officielles Légifrance
📄 Article L112-2 du Code de la propriété intellectuelle
Sont considérés notamment comme oeuvres de l'esprit au sens du présent code : 1° Les livres, brochures et autres écrits littéraires, artistiques et scientifiques ; 2° Les conférences, allocutions, sermons, plaidoiries et autres oeuvres de même nature ; 3° Les oeuvres dramatiques ou dramatico-musicales ; 4° Les oeuvres chorégraphiques, les numéros et tours de cirque, les pantomimes, dont la mise en oeuvre est fixée par écrit ou autrement ; 5° Les compositions musicales avec ou sans paroles ; 6° Les oeuvres cinématographiques et autres oeuvres consistant dans des séquences animées d'images, sonorisées ou non, dénommées ensemble oeuvres audiovisuelles ; 7° Les oeuvres de dessin, de peinture, d'architecture, de sculpture, de gravure, de lithographie ; 8° Les oeuvres graphiques et typographiques ; 9° Les oeuvres photographiques et celles réalisées à l'aide de techniques analogues à la photographie ; 10° Les oeuvres des arts appliqués ; 11° Les illustrations, les cartes géographiques ; 12° Les plans, croquis et ouvrages plastiques relatifs à la géographie, à la topographie, à l'architecture et aux sciences ; 13° Les logiciels, y compris le matériel de conception préparatoire ; 14° Les créations des industries saisonnières de l'habillement et de la parure. Sont réputées industries saisonnières de l'habillement et de la parure les industries qui, en raison des exigences de la mode, renouvellent fréquemment la forme de leurs produits, et notamment la couture, la fourrure, la lingerie, la broderie, la mode, la chaussure, la ganterie, la maroquinerie, la fabrique de tissus de haute nouveauté ou spéciaux à la haute couture, les productions des paruriers et des bottiers et les fabriques de tissus d'ameublement.
📄 Article L113-2 du Code de la propriété intellectuelle
Est dite de collaboration l'oeuvre à la création de laquelle ont concouru plusieurs personnes physiques. Est dite composite l'oeuvre nouvelle à laquelle est incorporée une oeuvre préexistante sans la collaboration de l'auteur de cette dernière. Est dite collective l'oeuvre créée sur l'initiative d'une personne physique ou morale qui l'édite, la publie et la divulgue sous sa direction et son nom et dans laquelle la contribution personnelle des divers auteurs participant à son élaboration se fond dans l'ensemble en vue duquel elle est conçue, sans qu'il soit possible d'attribuer à chacun d'eux un droit distinct sur l'ensemble réalisé.
📄 Article L212-1 du Code de la propriété intellectuelle
A l'exclusion de l'artiste de complément, considéré comme tel par les usages professionnels, l'artiste-interprète ou exécutant est la personne qui représente, chante, récite, déclame, joue ou exécute de toute autre manière une oeuvre littéraire ou artistique, un numéro de variétés, de cirque ou de marionnettes.
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