je suis locataire depuis plusieurs années (2009)L'appartement est mis en vente par une agence.Je reçois des visites, j'ai demandé oralement de ne faire aucune photo sans mon accord..l'affichette de l'agence a été sortie. mais sur le site immobilier se trouve la photo de mon salon. Petite précision : sur mon bail il y a aucune clause ni pour les modalités des visites ni pour prendre des photos. je peux envoyer une lettre recommandée au sujet de cette photo sur le fondement de l'atteinte à la vie privée? et sous quel modèle de lettre.
La situation que vous décrivez est un cas classique de conflit entre le droit de propriété du bailleur (vendre son bien) et le droit au respect de la vie privée du locataire.
En l'absence de clause spécifique dans votre bail concernant les photos, et malgré votre interdiction orale, l'agence a commis une faute. Voici l'analyse stratégique de votre situation.
## 1. Le fondement juridique : l'atteinte à la vie privée
Même si le bailleur est propriétaire des murs, vous avez la jouissance exclusive des lieux. Votre domicile est le sanctuaire de votre vie privée.
* **Le principe :** Selon [l'article 9 du Code civil](https://www.google.com/search?q=Article+9+du+Code+civil), chacun a droit au respect de sa vie privée. La jurisprudence française est constante : la photographie de l'intérieur d'un domicile, sans l'accord de l'occupant, constitue une atteinte à la vie privée, car elle révèle des éléments de votre intimité (décoration, meubles, objets personnels).
* **L'absence de clause :** Le fait que votre bail de 2009 ne mentionne rien joue en votre faveur. Même si une clause existait, elle ne pourrait pas autoriser l'agence à diffuser des photos de vos meubles et de votre organisation intérieure sans un accord spécifique sur les clichés pris.
* **La responsabilité :** En diffusant cette photo malgré votre refus, l'agence engage sa responsabilité civile sur le fondement de [l'article 1240 du Code civil](https://www.google.com/search?q=Article+1240+du+Code+civil) (faute causant un dommage).
## 2. Anticipation de l'argumentaire de l'agence
L'agence ou le propriétaire risquent de vous répondre :
1. **"C'est indispensable pour vendre" :** Cet argument est inopérant face au droit constitutionnel du respect de la vie privée. Ils peuvent vendre sans photos ou avec des photos "vides" (si le bien était vacant).
2. **"On ne voit pas votre visage" :** Peu importe. L'aménagement intérieur d'un lieu habité est protégé.
3. **"Vous avez laissé entrer le photographe" :** Autoriser une visite ne vaut pas autorisation de captation d'image et encore moins de diffusion publique sur internet.
## 3. Stratégie et Risques
* **Preuve :** Avant toute démarche, faites une **capture d'écran** de l'annonce sur le site immobilier (avec l'URL visible et la date) pour prouver la diffusion.
* **Risque de dégradation des relations :** Si vous souhaitez rester dans les lieux (en cas de rachat par un investisseur), une procédure agressive peut tendre les rapports. Toutefois, le retrait d'une photo est une demande simple et légitime.
* **Le "Go/No-Go" :** Une action en justice pour dommages et intérêts serait longue et coûteuse pour un préjudice moral qui pourrait être évalué à quelques centaines d'euros seulement. La priorité est le **retrait immédiat**.
---
## 4. Modèle de lettre de mise en demeure
Voici un modèle à adapter et à envoyer en **Recommandé avec Accusé de Réception (LRAR)** à l'agence, avec copie simple au propriétaire.
***
**Objet : Mise en demeure - Atteinte au droit au respect de la vie privée - Demande de retrait immédiat de photographie**
Madame, Monsieur,
Locataire du logement situé au [Votre Adresse] depuis 2009, j'ai constaté que votre agence a publié sur le site [Nom du site immobilier] une annonce pour la vente de ce bien (référence : [Numéro de l'annonce]) incluant une photographie de mon salon.
Je vous rappelle que lors des visites, j'avais expressément et oralement manifesté mon opposition à toute prise de vue de mon intérieur.
Cette diffusion, effectuée sans mon consentement écrit et préalable, constitue une violation manifeste de mon droit au respect de la vie privée, protégé par **l'article 9 du Code civil**. La jurisprudence considère de manière constante que la publication de l'image de l'intérieur d'un domicile habité, révélant l'intimité du locataire par son mobilier et sa décoration, est fautive.
Mon bail ne comportant par ailleurs aucune clause m'obligeant à accepter de telles prises de vue, cette pratique est abusive.
**En conséquence, je vous mets en demeure par la présente de :**
1. Procéder au retrait immédiat de toute photographie montrant mon mobilier et mon aménagement intérieur de l'ensemble de vos supports de diffusion (site internet, vitrine, portails immobiliers) ;
2. Me confirmer par écrit le retrait effectif de ces clichés sous 48 heures.
À défaut de retrait immédiat, je me réserve le droit de saisir la juridiction compétente pour faire cesser ce trouble et solliciter des dommages et intérêts sur le fondement de l'article 1240 du Code civil.
Je vous prie d'agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.
[Signature]
***
### Ce que je peux faire pour vous maintenant :
Si vous le souhaitez, je peux vous lister les **preuves complémentaires** à réunir au cas où l'agence refuserait d'obtempérer, ou vous expliquer comment **encadrer juridiquement les prochaines visites** pour éviter que cette situation ne se reproduise.
⚖️
Sources officielles Légifrance
📄 Article 9 du Code civil
Chacun a droit au respect de sa vie privée. Les juges peuvent, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que séquestre, saisie et autres, propres à empêcher ou faire cesser une atteinte à l'intimité de la vie privée : ces mesures peuvent, s'il y a urgence, être ordonnées en référé.
📄 Article 1240 du Code civil
Tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.
📄 Article L631-7 du Code de la construction et de l'habitation
La présente section est applicable aux communes dont la liste est fixée par le décret mentionné au I de l'article 232 du code général des impôts. Dans ces communes, le changement d'usage des locaux à usage d'habitation peut être soumis, sur décision de l'organe délibérant, à autorisation préalable dans les conditions fixées à l'article L. 631-7-1. Constituent des locaux à usage d'habitation toutes catégories de logements et leurs annexes, y compris les logements-foyers, logements de gardien, chambres de service, logements de fonction, logements inclus dans un bail commercial, locaux meublés donnés en location dans les conditions de l'article L. 632-1 ou dans le cadre d'un bail mobilité conclu dans les conditions prévues au titre Ier ter de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs et portant modification de la loi n° 86-1290 du 23 décembre 1986. Pour l'application de la présente section, un local est réputé à usage d'habitation s'il était affecté à cet usage soit à une date comprise entre le 1er janvier 1970 et le 31 décembre 1976 inclus, soit à n'importe quel moment au cours des trente dernières années précédant la demande d'autorisation préalable au changement d'usage ou la contestation de l'usage dans le cadre des procédures prévues au présent livre, et sauf autorisation ultérieure mentionnée au quatrième alinéa du présent article. Cet usage peut être établi par tout mode de preuve, la charge de la preuve incombant à celui qui veut démontrer un usage illicite. Toutefois, les locaux construits ou ayant fait l'objet de travaux après le 1er janvier 1970 sont réputés avoir l'usage pour lequel la construction ou les travaux ont été autorisés, sauf autorisation ultérieure mentionnée au même quatrième alinéa. Lorsqu'une autorisation administrative a été accordée après le 1er janvier 1970 pour changer l'usage d'un local mentionné au troisième alinéa, le local dont le changement d'usage a été autorisé et, dans le cas où cette autorisation a été accordée contre compensation, le local ayant servi à compensation sont réputés avoir l'usage résultant de l'autorisation. Une autorisation d'urbanisme ayant pour conséquence de changer la destination de locaux à usage d'habitation ne constitue un mode de preuve valable que si elle est accompagnée d'une autorisation de changement d'usage. L'usage d'habitation s'entend de tout local habité ou ayant vocation à l'être même s'il n'est pas occupé effectivement, notamment en cas de vacance ou lorsqu'il a fait l'objet d'un arrêté pris sur le fondement du livre V du présent code. Sont nuls de plein droit tous accords ou conventions conclus en violation du présent article. Le fait de louer un local meublé à usage d'habitation en tant que meublé de tourisme, au sens du I de l'article L. 324-1-1 du code du tourisme, constitue un changement d'usage au sens du présent article.
Nous utilisons des cookies pour améliorer votre expérience sur notre site. Acceptez-vous leur utilisation ?
Nouveau projet
Un projet regroupe vos conversations et vos documents juridiques en un seul endroit.
Posez des questions à l'IA en bénéficiant de toutes vos sources uploadées — contrats, jugements, courriers — disponibles dans chaque conversation du projet.
Installer l'App JustiwebAccédez à vos conversations juridiques depuis votre écran d'accueil.
Ajouter l'App à l'écran d'accueilAppuyez sur puis « Sur l'écran d'accueil »