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Succession après donation d'une maison en indivision Droit des successions Indivision et partage successoral

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Un père fait une donation simple d'une maison valant 150k€ a ses 2 seuls heritiers, qu'ils ont donc en indivision. 10 ans après, il meurt, la maison vaut 250k€, les 2 enfants m'ont toujours en indivision et il n'y a pas eu d'autres donations. Comment se passe la succession et en particulier quels impôts sur cette maison ?
Dans votre situation, il est essentiel de distinguer le **règlement civil** de la succession (le partage entre les héritiers) du **règlement fiscal** (le paiement des droits de succession à l'État). Voici l'analyse stratégique de votre dossier au regard du droit français. ### 1. Le règlement civil : Le "rapport" de la donation Le principe en droit français est que les donations sont considérées comme une avance sur la succession, sauf mention contraire. * **La règle de l'évaluation :** Selon [l'article 860 du Code civil](/articles/code-civil/860), le rapport d'un bien donné est dû à sa **valeur à l'époque du partage**, mais d'après son **état à l'époque de la donation**. * **Application à votre cas :** La maison vaut 250 000 € au décès. Puisque les deux enfants l'ont reçue ensemble en indivision et qu'ils la possèdent toujours, la valeur de 250 000 € est réintégrée fictivement à la masse de calcul. * **Conséquence :** Si le père n'avait pas d'autres biens, chaque enfant est réputé avoir déjà reçu 125 000 €. Comme ils sont les deux seuls héritiers à parts égales, l'équilibre est maintenu. ### 2. Le règlement fiscal : Les droits de succession C'est ici que la distinction entre "donation simple" et "donation-partage" est cruciale, tout comme le délai de 15 ans. * **Le rappel fiscal des donations :** Pour le calcul des impôts, l'administration fiscale "rappelle" les donations effectuées par le défunt. Toutefois, selon [l'article 784 du Code général des impôts](/articles/code-general-des-impots/784), seules les donations de **moins de 15 ans** sont réincorporées fiscalement pour le calcul des abattements. * **Calcul des droits :** * La donation ayant eu lieu il y a 10 ans, elle doit être déclarée dans la succession. * **L'abattement :** Chaque enfant bénéficie d'un abattement de 100 000 € sur la part reçue de son parent. Comme la donation date de 10 ans, cet abattement n'a pas été "rechargé" (il faut 15 ans). * Si lors de la donation initiale (150k€ soit 75k€ par enfant), l'abattement de 100k€ a été utilisé, il ne reste plus que **25 000 € d'abattement disponible** par enfant pour le reste de la succession. ### 3. Anticipation de l'adversaire : Le risque de requalification L'administration fiscale pourrait être tentée de vérifier si la valeur de 150 000 € déclarée il y a 10 ans n'était pas sous-évaluée. * **L'argument du fisc :** Si le fisc prouve que la maison valait déjà beaucoup plus il y a 10 ans, il pourrait réclamer un complément de droits et des pénalités. * **Votre défense :** La plus-value de 100 000 € (de 150k€ à 250k€) doit être justifiée par l'évolution du marché immobilier local ou des travaux. À noter qu'une jurisprudence récente souligne que si le décès était imprévisible, la sincérité de la valeur initiale est renforcée ([Tribunal judiciaire, 9ème chambre 2ème section, 04/11/2025](/decisions/690a620b43d68eab408b3dc1)). ### 4. La charge de la preuve et stratégie (Le "Go/No-Go") Si vous envisagez de vendre la maison maintenant pour sortir de l'indivision : 1. **Preuve de l'état du bien :** Si les enfants ont fait des travaux (ex: refaire la toiture) qui ont augmenté la valeur de la maison, ces travaux ne doivent pas profiter à la "masse partageable" civile. Il faut isoler la valeur des améliorations pour ne rapporter que la valeur de la maison "dans son état initial". 2. **Sortie de l'indivision :** Nul ne peut être contraint de demeurer dans l'indivision ([Article 815 du Code civil](/articles/code-civil/815)). Si l'un veut vendre et l'autre non, le juge peut autoriser la vente pour faciliter le partage ([Tribunal judiciaire, référés civil, 18/06/2026, n° 26/00835](/decisions/6a345e49cdc6046d47dcd562)). 3. **Coût fiscal :** Prévoyez le paiement des droits de succession sur la base de la valeur de 250 000 €, déduction faite de ce qu'il reste de vos abattements de 100 000 € (utilisés partiellement il y a 10 ans). **Conseil stratégique :** Vérifiez précisément dans l'acte de donation de 10 ans s'il y avait une clause de "non-rapport" ou si elle a été faite "hors part successorale". Cela changerait radicalement le calcul civil en favorisant les enfants au-delà de leur réserve héréditaire. Je peux, si vous le souhaitez, vous lister les documents précis à fournir au notaire pour prouver l'état initial de la maison et ainsi réduire la valeur rapportable.
Sources(8)
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Donc, du point de vue fiscal, le rapport n'engendrera pas de droits fiscaux si la maison a ette correctement évaluée lors de la donation ?
C'est une nuance technique fondamentale : **il ne faut pas confondre le "rapport civil" et le "rappel fiscal".** Pour répondre directement à votre question : **Si**, même si la maison a été parfaitement évaluée lors de la donation (150 000 €), il peut y avoir des droits de succession à payer aujourd'hui sur la valeur de cette maison. Voici pourquoi, selon la stratégie fiscale française : ### 1. Le principe du "Rappel Fiscal" (Art. 784 CGI) Fiscalement, l'administration fait comme si la donation de 150 000 € n'avait jamais eu lieu pour calculer vos abattements. Selon [l'article 784 du Code général des impôts](/articles/code-general-des-impots/784), toutes les donations de moins de 15 ans sont "rappelées". * **Il y a 10 ans :** Vous avez utilisé une partie de votre abattement de 100 000 € (soit 75 000 € par enfant sur les 150 000 € de la maison). * **Aujourd'hui :** Comme il s'est écoulé moins de 15 ans, vous n'avez pas le droit à un nouvel abattement de 100 000 €. Il ne vous reste que le "reliquat", soit **25 000 € d'abattement par enfant**. ### 2. Sur quelle valeur payez-vous l'impôt ? Contrairement au civil (où l'on prend la valeur de 250 000 €), la règle fiscale pour le rappel d'une donation est différente : * Pour la maison déjà donnée, l'impôt a déjà été "traité" sur la base de 150 000 € (souvent 0 € grâce aux abattements de l'époque). On ne repaye pas d'impôt sur la plus-value de la maison donnée (les 100 000 € de hausse) **SAUF** si le défunt laisse d'autres biens (argent liquide, comptes bancaires, voiture, autre immeuble). * **Le danger :** Si votre père laisse 100 000 € sur un compte bancaire aujourd'hui, vous ne pourrez déduire que les 25 000 € d'abattement restant. Vous paierez des droits sur les 75 000 € restants au tarif progressif. ### 3. L'exception du "Rapport Civil" taxé (Le droit de partage) Si vous décidez de mettre fin à l'indivision aujourd'hui (l'un rachète la part de l'autre ou vous vendez et partagez le prix), l'État perçoit une taxe appelée **"Droit de partage"**. * Ce droit est de **2,50 %** de la valeur nette du bien partagé. * Sur une maison de 250 000 €, cela représente **6 250 €** de taxes à payer au fisc, indépendamment des droits de succession. ### 4. Ce que le fisc va surveiller (Le "Coup d'après") L'administration fiscale pourrait invoquer [l'article 758 du Code général des impôts](/articles/code-general-des-impots/758) pour vérifier la cohérence des valeurs. * **Leur argument :** "La maison a pris 66% de valeur en 10 ans, c'est suspect." * **Votre risque :** Si le fisc estime que la maison valait en réalité 200 000 € il y a 10 ans, ils recalculeront la succession en considérant que vous avez déjà consommé tout votre abattement à l'époque, et vous réclameront des droits sur tout ce que vous recevez aujourd'hui, avec des intérêts de retard. ### Résumé stratégique 1. **Sur la maison elle-même :** Pas de nouveaux droits de succession sur la plus-value (les 100k€), car la transmission de la propriété a déjà eu lieu il y a 10 ans. 2. **Sur le reste de la succession :** Vous êtes lourdement taxés car vos abattements sont presque épuisés par la donation d'il y a 10 ans. 3. **Sur le partage :** 2,50 % de taxe si vous sortez de l'indivision. **Pragmatisme :** Si votre père n'avait aucun autre bien que cette maison, vous n'aurez quasiment aucun impôt de succession à payer (car la maison est déjà à vous). Mais si vous voulez vendre la maison pour récupérer l'argent, préparez-vous à payer le droit de partage de 2,50 %. Souhaitez-vous que je simule le calcul des droits de succession si votre père a laissé d'autres actifs (comptes bancaires, placements) en plus de cette maison ?
Sources(3)
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