Une salariée est à 80% dans le cadre d'un congé parental. Elle a obtenu un temps partiel thérapeutique de 40% d'un temps plein. Est-ce normal ?
Cette situation est tout à fait possible juridiquement, mais elle nécessite une distinction claire entre le **droit au temps partiel** (congé parental) et la **modalité de reprise du travail** (temps partiel thérapeutique).
Voici l'analyse stratégique de cette situation.
### 1. Le cumul des dispositifs : Une règle de calcul logique
Il est normal qu'un temps partiel thérapeutique s'exprime par rapport à un temps plein de référence, même si la salariée était déjà à temps partiel.
* **Le principe :** Le temps partiel thérapeutique (souvent appelé "mi-temps thérapeutique") est une modalité de reprise du travail pour motif médical. Il est prescrit par le médecin traitant et validé par le médecin du travail.
* **L'articulation :** Si la salariée est à 80 % dans le cadre d'un congé parental ([Article L1225-47 du Code du travail](https://www.google.com/search?q=Article+L1225-47+du+Code+du+travail)), son contrat est déjà réduit. Si le médecin prescrit un temps partiel à 40 % d'un temps plein, cela signifie qu'elle travaillera effectivement 40 % du temps de l'entreprise (soit environ 14h par semaine pour une base de 35h), et non 40 % de ses 80 %.
### 2. Anticipation de la partie adverse : Le risque de blocage de l'employeur
L'employeur pourrait être tenté de refuser cette organisation en invoquant une désorganisation du service ou l'incompatibilité entre le congé parental et l'état de santé.
* **L'argument de l'employeur :** "Le congé parental est déjà un aménagement, nous ne pouvons pas cumuler deux réductions de temps de travail."
* **La riposte :** L'employeur est tenu de suivre les préconisations du médecin du travail. Selon la jurisprudence ([Cour d'appel, chambre 4-7, 30/01/2026, n° 25/07474](/decisions/69837902cdc6046d47e6cdee)), l'employeur doit respecter les avis médicaux concernant la reprise d'activité. Un refus injustifié peut être considéré comme un manquement à l'obligation de sécurité.
### 3. La charge de la preuve et les démarches
Pour que ce passage à 40 % soit opposable et sécurisé, la salariée doit réunir les éléments suivants :
1. **Le certificat médical** du médecin traitant précisant le pourcentage de reprise (40 %).
2. **L'avis d'aptitude avec aménagements** du médecin du travail lors de la visite de reprise (obligatoire après 60 jours d'absence, ou fortement recommandée pour valider le temps partiel thérapeutique).
3. **L'accord de la CPAM** pour le versement des Indemnités Journalières (IJ) de sécurité sociale en complément du salaire.
### 4. Risques et évaluation (Go / No-Go)
* **Risque financier :** Si la salariée reste à 80 % contractuellement mais ne travaille que 40 %, l'employeur ne paie que les 40 % travaillés. Le reste (la différence entre 40 % et 80 %) doit être compensé par les IJ de la Sécurité sociale. **Attention :** Si la CPAM refuse le complément, la salariée subira une perte de revenus importante.
* **Risque sur le congé parental :** Le congé parental n'est pas suspendu par le temps partiel thérapeutique. Il continue de courir. À la fin du temps partiel thérapeutique, la salariée retrouvera son poste à 80 % (et non à 100 %), sauf si elle demande à mettre fin à son congé parental.
### Stratégie recommandée
1. **Vérifier l'avis du médecin du travail :** C'est le document pivot. Si le médecin du travail valide les 40 % sur un poste aménagé, l'employeur ne peut pas s'y opposer sans motif sérieux et légitime.
2. **Avenant au contrat :** Il est fortement conseillé de signer un avenant temporaire mentionnant que la durée du travail est fixée à 40 % pour motif thérapeutique, sans que cela ne remette en cause le droit au congé parental à 80 % à l'issue de la période médicale.
Si vous le souhaitez, je peux rédiger un modèle de mail pour informer l'employeur de cette prescription médicale tout en rappelant ses obligations de maintien du contrat.
⚖️
Sources officielles Légifrance
📄 Article L1225-61 du Code du travail
Le salarié bénéficie d'un congé non rémunéré en cas de maladie ou d'accident, constatés par certificat médical, d'un enfant de moins de seize ans dont il assume la charge au sens de l'article L. 513-1 du code de la sécurité sociale. La durée de ce congé est au maximum de trois jours par an. Elle est portée à cinq jours si l'enfant est âgé de moins d'un an ou si le salarié assume la charge de trois enfants ou plus âgés de moins de seize ans.
📄 Article L1226-1 du Code du travail
Tout salarié ayant une année d'ancienneté dans l'entreprise bénéficie, en cas d'absence au travail justifiée par l'incapacité résultant de maladie ou d'accident constaté par certificat médical et contre-visite s'il y a lieu, d'une indemnité complémentaire à l'allocation journalière prévue à l'article L. 321-1 du code de la sécurité sociale, à condition : 1° D'avoir justifié dans les quarante-huit heures de cette incapacité, sauf si le salarié fait partie des personnes mentionnées à l'article L. 169-1 du code de la sécurité sociale ; 2° D'être pris en charge par la sécurité sociale ; 3° D'être soigné sur le territoire français ou dans l'un des autres Etats membres de la Communauté européenne ou dans l'un des autres Etats partie à l'accord sur l'Espace économique européen. Ces dispositions ne s'appliquent pas aux salariés travaillant à domicile, aux salariés saisonniers, aux salariés intermittents et aux salariés temporaires. Un décret en Conseil d'Etat détermine les formes et conditions de la contre-visite mentionnée au premier alinéa. Le taux, les délais et les modalités de calcul de l'indemnité complémentaire sont déterminés par voie réglementaire.
📄 Article L1226-2 du Code du travail
Lorsque le salarié victime d'une maladie ou d'un accident non professionnel est déclaré inapte par le médecin du travail, en application de l'article L. 4624-4 , à reprendre l'emploi qu'il occupait précédemment, l'employeur lui propose un autre emploi approprié à ses capacités, au sein de l'entreprise ou des entreprises du groupe auquel elle appartient le cas échéant, situées sur le territoire national et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. Pour l'application du présent article, la notion de groupe désigne le groupe formé par une entreprise appelée entreprise dominante et les entreprises qu'elle contrôle dans les conditions définies à l'article L. 233-1 , aux I et II de l'article L. 233-3 et à l'article L. 233-16 du code de commerce. Cette proposition prend en compte, après avis du comité social et économique lorsqu'il existe, les conclusions écrites du médecin du travail et les indications qu'il formule sur les capacités du salarié à exercer l'une des tâches existantes dans l'entreprise. Le médecin du travail formule également des indications sur la capacité du salarié à bénéficier d'une formation le préparant à occuper un poste adapté. L'emploi proposé est aussi comparable que possible à l'emploi précédemment occupé, au besoin par la mise en oeuvre de mesures telles que mutations, aménagements, adaptations ou transformations de postes existants ou aménagement du temps de travail.
⚖️
Jurisprudences rendues par la Cour de Cassation
📋 Arret - Chambre 4-7 - n°25/07474 - 30/01/2026
MOTIFS : Sur la demande de Mme [F] : La société conclut à l'infirmation de l'ordonnance en faisant valoir qu'elle a contesté judiciairement l'avis du médecin du travail du 7 mars 2025, que cet avis a expiré puisque sa durée était limitée à 1 mois, que Mme [F] a été déclarée apte et a repris ses fonctions et qu'elle n'était pas tenue d'accepter le mi-temps thérapeutique préconisé par le médecin du travail dès lors que cet aménagement était incompatible avec la nature des fonctions exercées par la...
Nous utilisons des cookies pour améliorer votre expérience sur notre site. Acceptez-vous leur utilisation ?
Nouveau projet
Un projet regroupe vos conversations et vos documents juridiques en un seul endroit.
Posez des questions à l'IA en bénéficiant de toutes vos sources uploadées — contrats, jugements, courriers — disponibles dans chaque conversation du projet.
Installer l'App JustiwebAccédez à vos conversations juridiques depuis votre écran d'accueil.
Ajouter l'App à l'écran d'accueilAppuyez sur puis « Sur l'écran d'accueil »