mon père m'a donné un bien, en 1992. Cet acte stipule : Interdiction d’aliéner : en raison des charges et réserves stipulées aux présente, le donateur interdit formellement au donataire, qui s’y soumet, de vendre, hypothéquer et généralement d’aliéner le bien loué pendant le durée de vie du donateur et de son conjoint et sans son concours, à peine de :
- Nullité de ces aliénations ou hypothèques,
- Et révocation des présentes
il est mort en 2025. Ma père m'a cédé son usufruit à titre honéreux en 2011, cette clause n'a pas été évoquée dans cet acte. elle est encore vivante. je souhaite donner ce bien à mes enfants. Cette clause présente t elle une obsruction pour cette donation que je souhaite faire ?
Le blocage que vous rencontrez est une situation classique en droit des libéralités : la **clause d'inaliénabilité**. Elle vous interdit de disposer du bien (vendre ou donner) sans l'accord de certaines personnes ou avant un certain événement.
Voici l'analyse stratégique de votre situation au regard du droit français.
## 1. Analyse de la validité de la clause
Selon [l'article 900-1 du Code civil](https://www.google.com/search?q=Article%20900-1%20du%20Code%20civil), une clause d'inaliénabilité n'est valable que si elle remplit deux conditions cumulatives :
1. **Elle doit être temporaire** : Ici, elle est limitée à la vie du donateur (votre père, décédé) et de son conjoint (votre mère, vivante). Elle est donc légalement limitée dans le temps.
2. **Elle doit être justifiée par un intérêt sérieux et légitime** : L'acte mentionne "en raison des charges et réserves stipulées". Cela vise généralement à protéger l'usufruit ou le droit de retour du donateur.
**L'obstacle actuel :** Votre mère étant toujours en vie, la clause produit toujours ses effets. Le fait qu'elle vous ait cédé son usufruit en 2011 à titre onéreux ne supprime pas automatiquement l'interdiction d'aliéner la nue-propriété, sauf si l'acte de 2011 prévoyait expressément la levée de cette interdiction.
## 2. Anticipation : Le risque de révocation
Si vous donnez le bien à vos enfants sans respecter cette clause, vous vous exposez à deux sanctions majeures prévues dans votre acte et confirmées par [l'article 953 du Code civil](https://www.google.com/search?q=Article%20953%20du%20Code%20civil) :
* **La nullité de la donation** que vous ferez à vos enfants.
* **La révocation de la donation de 1992** : Le bien pourrait théoriquement retourner dans le patrimoine de votre mère (en tant qu'héritière ou via l'action des autres héritiers de votre père) pour inexécution des conditions.
## 3. La stratégie pour lever l'obstacle
### Solution A : Le concours de votre mère (La plus simple)
L'acte stipule que l'interdiction joue "**sans son concours**". Cela signifie que si votre mère intervient à l'acte de donation que vous faites à vos enfants pour donner son accord exprès, la clause est respectée.
* **Action :** Demandez à votre notaire de faire intervenir votre mère à l'acte de donation-partage ou de donation simple pour qu'elle consente formellement à l'aliénation. C'est la solution la plus sûre et la moins coûteuse.
### Solution B : La mainlevée judiciaire
Si votre mère s'y opposait, [l'article 900-1 du Code civil](https://www.google.com/search?q=Article%20900-1%20du%20Code%20civil) prévoit que le juge peut autoriser l'aliénation si :
* L'intérêt qui justifiait la clause a disparu (ex: votre mère n'a plus besoin de la protection du bien puisqu'elle vous a déjà cédé l'usufruit).
* Un intérêt plus important l'exige (ex: transmission patrimoniale nécessaire).
La jurisprudence récente confirme que la levée judiciaire est possible si les conditions légales sont remplies ([Cour d'appel, pôle 3 - chambre 1, 06/05/2026](/decisions/69fc224ecdc6046d47e15b4f)). Toutefois, comme rappelé dans l'arrêt [Cour d'appel, chambre civile 1-1, 27/05/2026, n° 24/06697](/decisions/6a17cd9ccdc6046d47305197), l'accord du donateur reste la voie privilégiée.
## 4. Risques et charge de la preuve
Si vous passez outre sans l'accord de votre mère :
* **Charge de la preuve :** Ce serait à ceux qui contestent la donation (votre mère ou vos éventuels frères et sœurs) de prouver que la clause est toujours justifiée par un intérêt sérieux.
* **Risque financier :** Le notaire refusera probablement d'instrumenter l'acte sans l'accord de votre mère, car sa responsabilité professionnelle serait engagée en cas de nullité de l'acte.
**Conseil stratégique :**
Vérifiez précisément l'acte de cession d'usufruit de 2011. Si cet acte stipulait que votre mère renonçait à toutes les charges de l'acte de 1992, l'interdiction pourrait être tombée. Dans le cas contraire, la présence de votre mère à l'acte de donation à vos enfants est la seule voie sécurisée.
Je peux, si vous le souhaitez, vous aider à rédiger un projet de courrier à destination de votre notaire pour lui demander de vérifier si l'acte de 2011 emporte renonciation implicite à cette clause.
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Sources officielles Légifrance
📄 Article 900-1 du Code civil
Les clauses d'inaliénabilité affectant un bien donné ou légué ne sont valables que si elles sont temporaires et justifiées par un intérêt sérieux et légitime. Même dans ce cas, le donataire ou le légataire peut être judiciairement autorisé à disposer du bien si l'intérêt qui avait justifié la clause a disparu ou s'il advient qu'un intérêt plus important l'exige. Les dispositions du présent article ne préjudicient pas aux libéralités consenties à des personnes morales ou mêmes à des personnes physiques à charge de constituer des personnes morales.
📄 Article 953 du Code civil
La donation entre vifs ne pourra être révoquée que pour cause d'inexécution des conditions sous lesquelles elle aura été faite, pour cause d'ingratitude, et pour cause de survenance d'enfants.
Sur ce point, statuant à nouveau, - Condamner M. [J] [Q] à verser à M. [Z] [Q] la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile au titre des frais exposés en première instance ; Y ajoutant, - Condamner M. [J] [Q] à verser à M. [Z] [Q] la somme de 3 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile en cause d'appel ; - Débouter M. [J] [Q] de l'ensemble de ses demandes ; - Condamner M. [J] [Q] aux entiers dépens. La clôture de l'instruction a été ...
📋 Décision - Pôle 3 - Chambre 1 - 06/05/2026
La clause d'inaliénabilité insérée dans un acte de donation peut-elle être levée judiciairement ? — La clause d'inaliénabilité d'un bien donné par donation est valable et ne peut être levée que dans des conditions strictes. La mainlevée judiciaire de cette clause peut être ordonnée si les conditions légales sont remplies.
?
il m'est difficile de communiquer avec ma mère, nos relations sont rompues. Si nous passons outre cette obligation de prendre en compte cette aliénation qui n'a pas été levée, est ce que le service d'enregistrement (conservation des hypothèques) risque de refuser cette donation ? Par ailleurs, je confirme que l'acte de cession de l'usufruit ne fait pas apparaitre de renonciation à la clause d'aliénation.
La situation de rupture familiale rend la solution amiable (le "concours" de votre mère) complexe, mais elle ne change pas la rigueur du droit de la publicité foncière.
Voici l'analyse des risques et le blocage administratif auquel vous allez faire face.
### 1. Le blocage au Service de la Publicité Foncière (ex-Conservation des Hypothèques)
Si vous tentez de passer outre, le risque ne vient pas seulement de votre mère, mais de l'administration elle-même.
* **Le contrôle du notaire :** Le notaire est l'officier public garant de la sécurité juridique des actes. S'il constate qu'une clause d'inaliénabilité figure dans votre titre de propriété (l'acte de 1992) et qu'elle n'a pas été levée, il refusera de signer l'acte de donation à vos enfants. Sa responsabilité civile professionnelle serait engagée s'il instrumentait un acte qu'il sait frappé de nullité potentielle.
* **Le refus de publication :** Même si un notaire acceptait de signer, le Service de la Publicité Foncière (SPF) exerce un contrôle de forme et de fond. Si la clause d'inaliénabilité a été correctement publiée en 1992, le SPF peut rejeter la publication de votre nouvelle donation. Le transfert de propriété vers vos enfants ne serait alors pas opposable aux tiers.
### 2. Le risque du "Coup d'après" : L'action des tiers
Même si l'acte était publié, il resterait "fragile" pendant toute la vie de votre mère :
* **Action en nullité :** Votre mère pourrait demander la nullité de la donation à tout moment.
* **Action des cohéritiers :** Si vous avez des frères et sœurs, ils pourraient avoir un intérêt, au décès de votre mère, à faire constater la révocation de la donation de 1992 pour non-respect des charges, afin de réintégrer le bien dans la succession globale.
### 3. La stratégie de contournement : La voie judiciaire
Puisque le dialogue est rompu, vous ne pouvez pas obtenir son accord. Votre seule option légale est de demander la **mainlevée judiciaire** de la clause sur le fondement de [l'article 900-1 du Code civil](https://www.google.com/search?q=Article%20900-1%20du%20Code%20civil).
**Votre argumentaire stratégique devant le tribunal :**
1. **Disparition de l'intérêt sérieux :** La clause visait à protéger les "charges et réserves" (probablement l'usufruit). Or, votre mère vous a cédé son usufruit en 2011. Elle n'a donc plus aucun droit de jouissance sur le bien. L'intérêt qui justifiait l'interdiction de vendre ou donner a donc disparu.
2. **Intérêt supérieur :** La volonté de transmettre votre patrimoine à la génération suivante (vos enfants) est un motif légitime de gestion patrimoniale.
### 4. Évaluation du risque et coût (Go/No-Go)
* **Risque de refus judiciaire :** Faible, si l'usufruit a effectivement été cédé et que la clause n'avait pour but que de protéger cet usufruit.
* **Délai :** Une procédure judiciaire prend généralement entre 10 et 18 mois.
* **Coût :** Avocat obligatoire. Cependant, c'est le seul moyen de rendre le bien "propre" à la transmission sans dépendre du bon vouloir de votre mère.
### Recommandation pratique
Ne tentez pas de "passer outre" clandestinement : aucun notaire sérieux ne vous suivra et vous créeriez une insécurité juridique majeure pour vos enfants (qui pourraient perdre le bien dans 10 ans suite à une action en justice).
**La démarche à suivre :**
1. Faites analyser l'acte de 1992 par un avocat pour confirmer que l'intérêt de la clause était lié à l'usufruit.
2. Faites signifier par huissier une demande d'autorisation à votre mère (pour acter son refus ou son silence).
3. Assignez en mainlevée judiciaire de la clause d'inaliénabilité.
Si vous le souhaitez, je peux vous lister les documents précis qu'un avocat vous demandera pour engager cette procédure de mainlevée judiciaire.
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Sources officielles Légifrance
📄 Article 900-1 du Code civil
Les clauses d'inaliénabilité affectant un bien donné ou légué ne sont valables que si elles sont temporaires et justifiées par un intérêt sérieux et légitime. Même dans ce cas, le donataire ou le légataire peut être judiciairement autorisé à disposer du bien si l'intérêt qui avait justifié la clause a disparu ou s'il advient qu'un intérêt plus important l'exige. Les dispositions du présent article ne préjudicient pas aux libéralités consenties à des personnes morales ou mêmes à des personnes physiques à charge de constituer des personnes morales.
📄 Article 894 du Code civil
La donation entre vifs est un acte par lequel le donateur se dépouille actuellement et irrévocablement de la chose donnée en faveur du donataire qui l'accepte.
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Jurisprudences rendues par la Cour de Cassation
📋 Décision - Pôle 3 - Chambre 1 - 06/05/2026
La clause d'inaliénabilité insérée dans un acte de donation peut-elle être levée judiciairement ? — La clause d'inaliénabilité d'un bien donné par donation est valable et ne peut être levée que dans des conditions strictes. La mainlevée judiciaire de cette clause peut être ordonnée si les conditions légales sont remplies.
📋 Décision - 3ème Chambre civile - 07/10/2025
La clause d'inaliénabilité dans un acte de donation est-elle valable et peut-elle être annulée ? — La clause d'inaliénabilité dans un acte de donation doit respecter les conditions de validité prévues par l'article 900-1 du code civil. En l'absence de demande de nullité fondée sur un vice de consentement ou une irrégularité, cette clause est réputée valable.
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